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Ce que nous savons de la coulée des érables et des sucres, il y a cent ans

erabliere camille bouchard chateau richerDepuis quelques jours, le printemps s’efforce de détruire les derniers vestiges de l’hiver. Sous l’influence de la chaleur douce du soleil, dont la force s’accentue de jour en jour, la neige fond lentement.

La sève qui s’est formée dans les racines des arbres monte à l’intérieur des tiges, se distribue dans les branches et les feuilles [sans doute que l’auteur voulait plutôt parler de bourgeons], pour redescendre ensuite, modifiée, par des canaux particuliers. 

C’est l’époque de la récolte de l’eau d’érable, c’est la saison des «sucres». Tous les fabricants de sucre d’érable savent que la sève de cet arbre est surtout abondante quand le sol est encore gelé, pendant les journées de dégel, alors que le vent souffle du nord-ouest. Elle coule peu, au contraire, quand le ciel est nuageux avec vent de l’est ou du nord.

Il existe une centaine d’espèces d’érables, mais la plus précieuse est assurément l’érable à sucre (acer saccharum), le roi de nos forêts. Cet arbre atteint souvent 120 pieds [37 mètres] de hauteur, et par la symétrie de ses formes, par la beauté de ses feuilles qui, de vertes, passent au rouge et au mordoré en automne, par l’excellence de ses bois et du sucre qu’il produit, il est, certes, bien digne de notre admiration.

L’industrie du sucre et du sirop d’érable au Canada n’est pas sans importance. La récolte de ces deux produits est, en effet, d’une vingtaine de millions de livres par année pour tout le pays. En 1901, la récolte de la seule province de Québec fut de 13, 643, 672 livres […].

Cette industrie pourrait cependant être beaucoup plus développée. Malheureusement, nombre de cultivateurs ne savent point profiter de la ressource que leur offre l’érable et, par ignorance ou insouciance, ruinent parfois de riches érablières.

D’autre part, le commerçant de bois et le colon n’ont souvent pas le moindre respect pour le plus précieux de nos arbres et l’abattent sans pitié. […]

À la Ferme expérimentale du Missouri, on a fait pendant trois ans des expériences dans le but de trouver la meilleure méthode à employer pour l’exploitation des érables […]. On a constaté que les érables exposés au soleil donnaient une eau plus abondante et plus riche que ceux qui végétaient dans les profondeurs du bois et étaient placés à l’ombre. Plus grand est le feuillage d’un érable, plus la quantité d’eau qu’il fournit augmente et meilleur elle est.

Quant à l’influence des branches sur la distribution du sucre, on a obtenu certains résultats inattendus ; la quantité de l’eau d’érable n’a été qu’un peu plus élevée du côté où l’arbre possédait le plus de branches. […]

Quel est le meilleur endroit, relativement aux points cardinaux, pour entailler l’érable ? D’après les expériences qui ont été faites, c’est au sud qu’il convient de faire l’entaille. Quand le soleil brillait, les entailles du nord ont fourni la plus grande quantité d’eau et de sucre, mais, par les temps nuageux ou brumeux, la production était presque uniforme. […]

Le maximum de la quantité et de la qualité de l’eau d’érable est généralement obtenu de 9 heures du matin à midi. Soixante-trois pour cent du sucre obtenu ont été récoltés le matin. En après-midi, la quantité diminue jusqu’à 3 heures, pour baisser ensuite beaucoup plus rapidement.

La meilleure hauteur pour l’entaillage est de 4 pieds [un peu plus d’un mètre]. L’entaille doit être large et nette. Il faut enlever tous les copeaux avant de mettre en place le tuyau d’écoulement.

 

La Patrie, 1er avril 1905.

La photographie de l’érablière de Camille Bouchard, à flanc de coteau à Château-Richer, fut prise en 1947 par J. W. Michaud. Elle est déposée à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec, Fonds ministère de la Culture et des Communications, Office du film du Québec, Document iconographiques, cote : E6, S7, SS1, P33913.

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