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Arrêtons-nous au mot ” karma “

Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction de Alain Rey (Paris Dictionnaires Le Robert, 1998), définit ainsi ce mot : Concept central de l’hindouisme, le karma se rapporte à l’acte de l’être conscient, qui inscrit en lui un  effet qui mûrit soit dans cette vie, soit, par transmigration, dans une vie future ; il constitue ainsi le destin de l’être.

Reportons-nous maintenant à l’introduction de Walter Y. Evans-Wentz, du livre Bardo Thödol, Le livre des morts tibétain ou Les expériences d’après la mort dans le plan du Bardo.

Evans-Wentz cite un long texte bien éclairant de Thomas Henry Huxley (1825-1895), biologiste, paléontologue et philosophe britannique, sur la notion de karma. Et, de manière surprenante, cette réflexion, même remontant au 19e siècle, s’approche des discours tout à fait actuels de plusieurs chercheurs travaillant sur l’évolution et sur la place qu’occupe l’humain.

 L’expérience journalière nous familiarise avec les faits qui sont groupés sous le nom d’hérédité. Chacun de nous porte en lui des marques apparentes de son ascendance et peut-être de plus anciennes parentés. Plus particulièrement, la somme de tendance à agir d’une certaine façon que nous appelons « caractère » peut souvent être retrouvée au cours d’une longue série d’ascendants et de collatéraux.

Donc, nous pouvons dire justement que ce caractère — cette essence morale et intellectuelle d’un homme — passe véritablement d’un tabernacle de chair à l’autre et transmigre réellement de génération en génération. Dans l’enfant nouveau-né, le caractère de l’espèce demeure latent et l’égo est à peine un peu plus qu’un amas de potientalités [sic]. Mais très vite celles-ci deviennent actualisées.

De l’enfance à l’âge mûr, elles se manifestent en obscurités ou clartés, faiblesse ou force, vice ou vertu et avec chaque aspect modifié par contact avec un autre caractère, elles passent alors à ses incarnations en de nouveaux corps. Les philosophes hindous appellent ce caractère ainsi défini Karma…

Dans la théorie de l’évolution, la tendance d’un germe à se développer suivant un certain type spécifique — disons comme le grain de haricot qui pousse en plante ayant tous les caractères du Phaseolus vulgaris, — est son karma. C’est le dernier héritier et le dernier résultat de toutes les conditions ayant affecté une ligne d’ancêtres qui remonte à de nombreux millions d’années au temps où la vie apparut d’abord sur la terre… »

Comme le dit remarquablement le prof. [Thomas William] Rhys-Davids [1843-1922], « le perce-neige est perce-neige et non chêne, et justement ce perce-neige-là, parce qu’il est le résultat d’un karma d’une série infinie d’existences passées. »

 

Bardo Thödol, Le livre des morts tibétain ou Les expériences d’après la mort dans le plan du Bardo, Paris, Librairie d’Amérique et d’Orient, 1974, p. 52.

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