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Retour sur « Les portes »

À force de nombreuses réflexions, mon ami Simon et moi sommes arrivés à constater qu’il peut y avoir des échanges, si minces soient-ils, entre l’humain et une grande variété de vivants sauvages. Il y a une catégorie sur ce site interactif visant à en enrichir la réflexion.

Si les conditions s’y prêtent — un moment de calme et de disponibilité — nous pouvons entrevoir une interrogation mutuelle, sans panique, étonnante, qui peut ne dépasser qu’un simple regard arrêté, partagé — la manifestation d’une pensée commune — jusqu’à un instant qui se prolonge à cause de l’intérêt de l’un pour l’autre.

Encore dernièrement, Simon le vivait en forêt avec un renard. Voyez ce billet.

Les réflexions à ce sujet ne fourmillent guère. En voilà une qui s’approche un peu de celle que nous essayons de préciser, Simon et moi. Elle vient d’une rencontre entre le philosophe, écrivain et essayiste Alain Finkielkraut, l’écrivain Jean-Christophe Bailly et le philosophe et traducteur Jacques Dewitte. Les extraits viennent d’un livre de retranscriptions d’une série d’entrevues à France Culture.

Cela dit, la conversation entre les trois hommes a pour thème « Ce que les animaux donnent à voir ». Dewitte rappelle l’existence d’un zoologiste suisse méconnu, Adolf Portmann et son livre, La Forme animale, qu’il vient de préfacer. Le philosophe français nous dit que l’une des inspirations fondamentales de Portmann est le thème de la rencontre.

Je cite Dewitte. Portmann n’est pas un scientifique qui s’imaginerait être dans une relation de pure objectivité avec ce qu’il étudie, n’étant en aucune manière impliqué par son objet — au contraire : sa démarche scientifique part d’une rencontre avec les animaux dans ce qu’ils ont d’étrange, de différents de nous, mais aussi où nous pouvons reconnaître en eux quelque chose de familier malgré l’éloignement, une sorte de complicité avec notre humanité. C’est ce que j’ai appelé la « proximité à distance ».

Jean-Christophe Bailly dit que cette attitude de Portmann est tout à fait remarquable de la part d’un scientifique et qu’on peut regretter qu’elle ne soit pas plus répandue. « Notre rencontre avec l’animal s’accompagne simultanément d’un sentiment puissant où est à l’œuvre quelque chose qui s’apparente à l’étonnement de l’enfant. […] … autour de nous existent des formes de vie grandes et petites dans lesquelles se sont réalisées d’autres possibilités du vivant qu’en nous, êtres humains. »

Plus loin, dans la rencontre, Dewitte reprend la parole. L’être humain, ou du moins certains êtres humains sont capables de s’ouvrir à ce qui est différent, d’essayer de comprendre de l’intérieur un non-humain. Je cite souvent un propos de Paul Ricœur sur le rapport à autrui qui peut s’appliquer aussi à notre rapport aux animaux : « Je crois qu’il est possible de comprendre par sympathie et par imagination l’autre que moi. (…) Je puis (…) me faire autre en restant moi-même. Être homme, c’est être capable de ce transfert dans un autre centre de perspective. »

Chère amie, cher ami, je crois que nous frappons à une porte en ce moment qui pourrait ouvrir sur un monde incroyable, celui de la pensée commune entre l’animal sauvage et l’humain, où l’un ne serait pas supérieur à l’autre.

 

La rencontre de ces deux philosophes et de l’écrivain provient de l’ouvrage Des animaux et des hommes, sous la direction d’Alain Finkielkraut, Éditions Stock et France Culture, 2018, p. 234-243.

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