Skip to content

Un fils, à l’âme lyrique, écrit un poème à sa mère

sur latlantiqueLa Patrie le publie dans sa page féminine du samedi.

 

Sur l’Océan. Le soir. Immensité de l’eau.

Immensité de ciel ! Le navire s’élance

Sur l’onde qui moutonne et, forte, le balance

Comme le vent des bois balance un nid d’oiseau.

 

Il fait beau. L’air est frais. Les ténèbres descendent

Sur l’infini des mers — et ce n’est pas la nuit —

Le soleil disparaît, la pleine lune luit.

On entend le bruit sourd des vagues qui se fendent.

 

Confusion de sons sinistres et divers,

Gémissements lointains, délires de fanfare,

Gamme en tous les tons. Grand Dieu, quel tintamarre !

Océan, pleures-tu les pleurs de l’Univers ?

 

La lune doucement s’avance éblouissante.

Les pics entrechoqués des flots tumultueux

Égrènent ses rayons en rubis somptueux !

Féérique spectacle, attraction puissante !

 

Par groupe, autour de nous, d’énormes cétacés

— Pieuvres et requins, plongeurs volants, baleines —

Nagent avec fracas. On entend leurs haleines

Et l’eau sort en longs jets de leurs naseaux pressés.

 

La vigie, en silence, à l’avant du navire,

Marche d’un pied très lent. D’un regard attentif,

Perdu dans l’horizon, elle cherche un récif

Ou voit une banquise où la lune se mire.

 

Sous la beauté du ciel de ce soir étoilé

Le temps passe vite à contempler la vague.

La prunelle s’en va dans l’inconnu, le vague,

Tandis que les poumons se grisent d’air salé.

 

J’aime l’enchantement des longues rêveries

Où nous jette la mer — et ses émotions !

J’aime son onde calme ou les convulsions

De ses flots déchaînés ainsi que des furies.

 

Mais j’aime mieux, au fond des bois en paix,

Les pensées où nous jette un chant d’oiseau qui passe

En frôlant de son aile active et jamais lasse

— Comme un léger zéphyr — les feuillages épais.

 

La mer a des soupirs qui bouleversent l’âme,

Des cris de désespoir entremêlés de pleurs.

Sa voix sensible semble clamer d’éternelles douleurs,

Elle a des râles durs de damné qui se pâme.

 

J’aime mieux le refrain du ruisseau gracieux,

La complainte du vent dans un pin solitaire

Ou la voix d’une amie ou celle d’une mère

Ces voix-là vont au cœur comme un écho des cieux !

Antonio Pelletier.

 

La Patrie (Montréal), 16 août 1902.

No comments yet

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS