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Le chroniqueur Mathieu revient sur la vie à Sainte-Adèle

Une carriole, un sleigh

On ne s’y reconnaît pas ! s’écrie un ancien en parlant de la température. Pas de neige, messieurs, et un vrai temps des sucres à la fin de février. Ça ne s’est jamais vu.

Possible, brave homme, mais comme dit la fable, attendez la fin. Et quand cette correspondance prendra modestement place dans les colonnes de l’AVENIR DU NORD, vous aurez peut-être déjà la preuve que nous ne sommes pas encore au printemps, car les jours gras arrivent, et vous savez, la tempête des jours gras, elle n’est pas toujours commode. Pourtant, si elle nous faisait défaut cette année …!

À défaut de neige, nous avons de la glace.

Une glace polie, belle, dure, et au clair de lune elle produit un joli effet dans les champs, sur les rochers, à la cime des arbres, mais dans les chemins l’effet est déplorable et occasionne des scènes parfois très comiques. Jusqu’à ces jours derniers, près de notre gare, dans un chemin tournant au pied d’une côte, il y avait de quoi s’amuser.

Chaque voiture chargée était presque infailliblement renversée et on vit bientôt un amas considérable de bois carré, bois de sciage, bois de corde, le tout mêlé, enchevêtré à ne plus rien comprendre. Et le tas augmente toujours, s’élargit, promet de prendre des proportions imposantes. Les malheureux charretiers en ont pris leur parti et, en arrivant au point, versent comme par nécessité.

Mais voilà le père Cousineau qui arrive. On le reconnaît de loin celui-là, car c’est un homme au cœur large, très expansif. Il a le verbe haut, est solide sur ses jambes et dans ses affaires. Vous le voyez là , juché sur un énorme voyage de bois de corde, retenant avec peine ses chevaux, toujours ambitieux, toujours fringants, de vrais lions, quoi.

Il est déjà à la tête de la fameuse côte, il voit l’abîme qui l’attend au bas, mais ce n’est pas lui qui se laissera prendre. Voyez avec quelle ferme douceur, il parle à ses bêtes; il avance, le danger est proche mais, certain d’y échapper, il enfle la voix pour attirer l’attention… mais vlan ! le voilà à côté et sa charge sans dessus dessous. Ah ! mes amis, quelle noble colère, quelle sublime indignation !

Ce fut l’accident le plus comique et le dernier. Des mesures ont été prises aussitôt pour empêcher de nouveaux désastres. Il était bien temps car après avoir tant ri, rien de ce qui serait arrivé par la suite ne nous eût paru drôle.

Mathieu.

 

L’Avenir du Nord (Saint-Jérôme), 22 février 1900.

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    Voilà justement les jours gras qui arrivent tout bientôt… et, comme dans cette chronique de 1900, “À défaut de neige, nous avons de la glace.” Je m’ennuie de l’hiver ! Du vrai hiver et des bancs de neige !(et mes raquettes aussi…)

    6 février 2016
  2. Jean Provencher #

    Bien oui, les jours gras commencent aujourd’hui même ! Mardi, le 9 février, c’est le Mardi gras. Et Pâques sera bien tôt cette année : le 27 mars. Et, sans neige, il serait fort surprenant que nous ayons une saison des sucres généreuse. Merci beaucoup, Esther, de nous rappeler cette cohorte de jours.

    6 février 2016

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