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J’aime ces petits livres échappés

Qui tiennent davantage du simple sourire, de l’instant, que de l’épopée. Mais quels sourires, quels instants ! Celui-ci, par exemple : Le temps et les saisons en poésie. En poche. Folio Junior. Chez Gallimard. 1980. Extraits.

 

 

Suivez-moi

Je soussigné, poète-roi
lucide et plein d’été
déclare que je vais
droit vers l’éternité.
Je n’ai pas ajouté
la haine sur la haine
ni porté au malheur
le fagot du mépris.
J’ai suivi le ruisseau
de lait et de bonté.
Suivez-moi vous serez
vêtus de feuille et de santé.

Pierre Boujut

 

Treize vers à danser

Un accordéon dans l’été
Ah ! que la peine s’ensommeille
Un accordéon dans l’été :
Tous les vergers pris à l’étoile…

De vrais cavaliers vont passer
Joueur d’accordéon, ma vieille !
De vrais cavaliers dans l’été,
Masqués de chaleur et de blé.

Ils mettront le pied sur la terre
Ils délivreront les oiseaux
Le fermier ne dansera guère
Mais la bergère, dans l’enclos
Effeuillera la lune claire.

Luc Bérimont

 

Matin d’été

J’arrache l’herbe
qu’on dit mauvaise
Je ramasse les escargots
que j’envoie par avion
dans l’herbe haute
Je déplace un pied
de Monnaie du Pape
Je coupe les roses fanées
et la branche de giroflée
qui dépasse
J’en sème la graine
que le vent sèmerait mieux que moi
Je pense
que le soleil chauffe
comme il chauffait dans mon enfance
Je regarde le ciel :
il ne pleuvra pas aujourd’hui
Je tire l’eau du puits
pour arroser ce soir
avec de l’eau tiédie
comme faisait ma tante
ma tante
qui refait ce geste en moi
Et je pense
qu’elle est heureuse
si elle me voit…

Clod’ Aria

 

Temps béni

C’est ce qu’on appelle
un temps délicieux
un soleil léger
cuit à point
une brise légère
salée juste
un océan pur
un horizon droit.
Au milieu de ça
un homme invisible
qui ne se voit pas
qui ne se sent pas
qui n’a plus de poids.

Cet homme sans corps
à peine frôlé d’âme
aujourd’hui c’est moi
et j’entends la vie
qui glisse éternelle
entre mes vingt doigts.

Pierre Boujut

 

Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux.

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise.

Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises.

Guillaume Apollinaire

 

Demain

Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

Robert Desnos

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    “J’ai suivi le ruisseau
    de lait et de bonté.
    Suivez-moi vous serez
    vêtus de feuille et de santé.”

    Charmante invitation de saison !

    (En passant…. j’ai pu observer hier un grimpereau brun de la fenêtre de ma cuisine ! Le premier qu’il m’est donné de voir…)

    22 avril 2014
  2. Jean Provencher #

    Chanceuse êtes-vous de votre Grimpereau, chère Esther. Je me demande si mon milieu est propice à attirer le grimpereau. Il faudrait que je vois dans mes guides. Qui sait, peut-être que ça ne me donne rien d’espérer.

    22 avril 2014

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