Skip to content

Appel à visiter le cimetière

Vous savez, nous dénonçons souvent le peu de soin que nous mettons à nos champs des morts. Moi qui les fréquente, je crois pouvoir dire qu’il ne faut pas y aller de généralités. Certains cimetières sont fort bien entretenus et on arrive à lire la présence des vivants passés récemment. Il est dommage toutefois qu’à l’occasion, dans certains d’entre eux, sous prétexte de ne pas nuire à la tonte de la pelouse, on défende de laisser une fleur ou deux au pied de la pierre tombale d’un être aimé.

Cela dit, le 8 août 1908, le journal Le Soleil sent le besoin de lancer un appel à une visite du cimetière Saint-Charles à Québec. Il écrit :

Le cimetière St-Charles, qui donc en parle et qui donc le visite ? C’est pourtant une ville de plus de 80,000 habitants située sur la rive de la belle rivière St-Charles et dans un endroit enchanteur. C’est une ville aux riches et splendides monuments, aux rues bien entretenues, etc., etc.

Le cimetière St-Charles, c’est le champ du repos, c’est le clos de la mort, et c’est pourquoi il est désert ou presque désert à toute époque de l’année.

C’est pourtant là où reposent ceux qui nous ont précédés, ceux qui comme nous ont lutté pour la vie, pour la conservation de leurs principes religieux et nationaux.

C’est pourtant là où reposent les restes mortels d’une mère aimée et vivement regrettée, un père chéri, un frère et que d’autres encore. Pourquoi, durant les beaux jours ensoleillés, faut-il que cette demeure soit si déserte alors qu’il y a tant de souvenirs à raviver, de leçons à recevoir ?

Nous devons cependant dire que les terrains et les fossés des particuliers sont bien entretenus et joliment décorés de fleurs et autres souvenirs, mais que d’autres sont oubliés.

À la louange du gardien du cimetière, nous devons dire que tout y est propre et à sa place.

Le Merle d’Amérique, qui coiffe cet article, est gravé sur la pierre tombale d’une dame dormant à ses pieds. Son époux m’a dit que sa femme prenait soin d’un merle à la maison, recueilli blessé, auquel elle était très attachée, et que celui-ci disposait d’une immense cage. Elle le nourrissait de vers de terre et de fruits. De son vivant, elle a fait venir le graveur de pierres pour lui passer la commande de ce qu’elle souhaitait retrouver sur sa pierre tombale. Il dut exécuter un dessin pour qu’elle soit sûre que ses volontés soient respectées. Ah, elle adorait les oiseaux, monsieur, c’est certain. Quelle histoire !

 

10 commentaires Publier un commentaire
  1. Une lectrice #

    Merci pour cette bien belle histoire…

    9 août 2011
  2. Normand Lacombe #

    Merci Jean, de nous rappeler qu’il y a de ces lieux qui méritent qu’on s’y arrête et qu’on s’y attarde. Il se trouve dans ce cimetière, des monuments qui sont de véritables oeuvres d’art.

    Je vais de temps à autres au Cimetière Saint-Louis de Trois-Rivières où reposent mes parents et d’autres proches. (C’est dans ce cimetière qu’a été inhumé Maurice Duplessis) Je remarque que les plus récentes pierres tombales de granit semblent maintenant gravées au laser, ce qui permet de belles reproductions, reliées aux champs d’intérêt du disparu, comme dans le cas de la dame au merle.

    Hier, à la télé de Burlington au Vermont, un reportage nous faisait visiter le cimetière de Barre (la municipalité dans laquelle Bombardier exploite une usine d’assemblage de matériel ferroviaire). Plusieurs des monuments récents sont des sculptures : ballon de foot, voiture et même un avion biplan qui émerge d’un bloc de granit. On peut même avoir une visite commentée sur téléphone portable.

    Reportage sur le cimetière de Barre WCAX-TV : http://www.wcax.com/story/15231211/hopes-high-tech

    Ça nous change des cimetières modernes qui n’autorisent qu’une plaque au sol pour faciliter l’entretien du terrain… Quand la “Grande Tondeuse” prend le dessus sur la “Grande Faucheuse”!

    9 août 2011
  3. Jean Provencher #

    Merci, cher Normand. Vous nous donnez à comprendre que les cimetières sont appelés à un avenir différent de celui d’aujourd’hui. Et c’est tant mieux, je trouve.

    9 août 2011
  4. Quelle belle histoire, oui.
    On a souvent des surprises dans les cimetières. J’ai remarqué récemment que dans celui de Neuville, par exemple, repose une princesse russe! La vie a de ces détours… Je me propose d’aller m’informer auprès de la Société d’histoire de Neuville sur cette dame.
    Une phrase de l’article que vous citez m’a frappé: “C’est pourtant là où reposent ceux qui nous ont précédés, ceux qui comme nous ont lutté pour la vie, pour la conservation de leurs principes religieux et nationaux.” Autres temps autre journalisme!
    Il est toujours surprenant de constater comment on projette nos propres valeurs, notre propre vision du monde, sur les morts, sur le passé. Ce doit être le pire danger qui guette les historiens comme vous. Mais en même temps, c’est une des grandes richesses de votre travail: nous rendre, par la perspective du temps, méfiants envers nous-mêmes. Que disons-nous aujourd’hui de semblable à cette phrase? Lesquelles de nos affirmations feront sourire les gens de demain? Notre conception de la liberté, peut-être? De la prospérité?
    Merci encore. C’est toujours intéressant de vous lire.

    10 août 2011
  5. Jean Provencher #

    Tout à fait, cher Victor. L’histoire doit servir à connaître d’où nous venons pour précisément savoir qui nous sommes aujourd’hui. Et, pour nous donner du recul par rapport à nous-mêmes, pour nous rendre plus critiques en regard de notre interprétation des choses qui se passent aujourd’hui, j’aime échapper, sorties de ces vieux journaux, les interprétations d’hier. Ça me plaît que nous puissions prendre du recul par rapport aux dires de nos ancêtres.

    Quand le curé de Saint-Anselme de Dorchester dit que la bibitte à patates est une malédiction du ciel pour punir ses ouailles du vécu d’alors dans sa paroisse, les jeux d’argent et la boisson, et qu’il leur demande de se rendre au pied des croix de chemin pour demander grâce à la divinité, nous sommes loin en diable du pourquoi de l’arrivée soudaine du Doryphore dans la vallée du Saint-Laurent, qui n’avait rien à voir avec Dieu le Père. Et les beaux étés comme celui de 1906 qui nous venaient des taches solaires, comme l’éruption du Vésuve et le grand tremblement de terre de San Francisco, la même année… Il a fallu un scientifique alors pour dire «Attention, les amis».

    J’aime beaucoup l’histoire pour ça. Et comme vous l’écrivez si bien, lesquelles de nos affirmations d’aujourd’hui feront sourire les gens de demain ? Vraiment, soyons prudents face à nous-mêmes, à nos interprétations du monde.

    10 août 2011
  6. Je prends connaissance de ce blogue grâce à un message diffusé sur Facebook par votre fils – quel plaisir! Communicatrice de profession mais historienne de formation (et de passion), non seulement votre série 1900 m’intrigue beaucoup, je constate que je ne suis pas seule à hanter les cimetières ;) J’ai un projet en tête à ce sujet, justement – si jamais je décide de le réaliser, je me permettrai de communiquer avec vous dans l’espoir que vous acceptiez de me rencontrer. Je sens que vous seriez une précieuse source de connaissances. Au plaisir!
    Michelle

    18 août 2011
  7. Jean Provencher #

    Merci, chère Michelle. Bien oui, si vous croyez que je peux vous être utile, causons cimetières. Mais je vous préviens que je n’en suis pas un spécialiste, je les aime tout bonnement. D’ailleurs, suis-je spécialiste de quelque chose à la fin, je me le demande. Peut-être simplement du temps qui passe et des couleurs qu’il prend alors. J’aime le temps passé pour le recul qu’il nous donne par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui.

    18 août 2011
  8. André Garant #

    Plusieurs cimetières ont enlevé leurs barrières ; serait-ce pour démonter qu’il y a peu de chance déchapper à la grande faucheuse, comme on disait jadis!

    Une visite dans plusieurs cimetières nous indique des rues, des boulevards et des avenues qui sillonnent à leurs façons chaque recoin de ces sites de derniers repos, comme disait monsieur le curé…des colonnades de pierres pointent vers le ciel, des monuments crient la richesse et la pauvreté.

    Un tel a fait inscrire contracteur sur son monument gris glacé, un autre: médecin, avocat en grosses lettres. Des rescapés des guerres mondiales affichent fièrement Ancien combattant (Pte…private ou soldat).

    Je ne sais la raison pour laquelle un rigolo a fait graver en toutes lettres blanches ce cri du coeur, dans son épitaphe: Célibataire…une grimace au notaire du voisinage?

    Plus poétique et arrache coeur: un petit monument montre qu’un jeune de 9 ans est décédé en 1942…49 ans plus tard, en 1991, et ce à chaque été, un membre de la dite famille fleurit ce monument du jeune noyé.

    Souvenirs de marches dans des cimetières de ma Beauce natale.

    30 septembre 2011

Trackbacks & Pingbacks

  1. Qu’on ne touche pas aux merles ! | Les Quatre Saisons
  2. La domestication du Merle d’Amérique | Les Quatre Saisons

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS