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Le bon vieux temps

Au Québec, même si beaucoup moins utilisée, l’expression «Le bon vieux temps» ne s’est pas complètement perdue. Il y a plus de 100 ans, c’est certain, on l’utilisait bien davantage. Je me suis amusé à relever quelques-unes des occasions où on y recourt. En vrac.

Est-ce chant de la nostalgie, du type «rappel d’un passé bien-aimé qui berçait» ? Coup de cravache à qui voudrait faire moderne ? Moquerie même ?

Les occasions varient.

Le Saint-Laurent, l’hebdo de Rimouski, du 3 février 1905 écrit : «Les citoyens de Rimouski se proposent de s’amuser comme au bon vieux temps, cet hiver. Il y aura d’ici au carême de nombreuses réunions mondaines et des bals.»

Le 18 février 1899, L’Écho des Bois-Francs prend exemple du mardi gras fêté à Sainte-Victoire (aujourd’hui Victoriaville) pour y aller d’un rappel. «Le mardi gras a été enterré joyeusement, cette année. Des mardi gras bien affublés ont fait la visite de nos demeures, effrayant les enfants et provoquant de joyeux éclats de rire chez les vieux qui se croyaient revenus au bon vieux temps. Ces vieilles coutumes sont bonnes à conserver et répétons les chaque fois que l’occasion s’en présentera.»

Le 18 février 1910, à Trois-Rivières, une lectrice se fait griffer par un chroniqueur dans Le Bien public. Il faut savoir qu’après le grand feu de 1908, il est maintenant question de changer le nom des rues du Platon et des Forges, qui ne forment qu’une seule rue, pour rue Saint-Laurent. Cette lectrice appuie ce changement. Elle se fait répondre sèchement : «Mais alors, direz-vous, si l’un ou l’autre n’est qu’une continuation, qu’un bout de rue plus ou moins long, supprimons-les toutes deux pour leur donner une seul nom plus «nouveau». Un nom «nouveau» ! Ah ! voilà, je pense bien, le mot décisif ! Avenue Saint-Laurent, ce serait plus «beau» parce que ce serait «nouveau». Rue Du Platon et rue Des Forges, c’est laid parce que c’est vieux. Est-ce cela ? Je vous demande pardon, madame, mais à mon âge, on ne croit plus guère au proverbe «Tout nouveau tout beau». Et quand il s’agit d’histoire, de traditions, de souvenirs du bon vieux temps, le goût du beau consiste plus à conserver qu’à détruire. Songez, Madame, que les Parisiens, qui passent pour avoir du goût, appellent Boulevard de la Madeleine, Boulevard des Italiens, Boulevard des Capucines, Boulevard Saint-Martin, etc., etc., des bouts de rues dont plusieurs ne sont guère plus longs que la rue Du Platon.» [http://jeanprovencher.com/2013/02/19/odonymie-quand-tu-nous-tiens/]

À Trois-Rivières toujours, Le Trifluvien du 3 avril 1889 déplore que le poisson d’avril batte de l’aile. «Lundi, premier avril, les farceurs se sont un peu amusés à faire courir leurs amis. Cette vieille coutume du poisson d’avril tend à disparaître. Il ne reste plus guère que les enfants que cela amuse. C’est une des gaietés du bon vieux temps qui s’en va.»

Retour à Trois-Rivières, cette fois-ci le 23 juillet 1890. Le Trifluvien y va d’une anecdote liée au temps où la Punaise, un tout petit vapeur, faisait la traversée sur le Saint-Laurent entre Trois-Rivières et la rivière Godefroy. «Une commère s’était levée de son siège pour aller prendre quelque chose dans son panier de l’autre côté du vapeur. Ce mouvement dérangea l’équilibre de la Punaise, ses aubes se mirent à battre l’air à tribord, pendant que ses roues de bâbord se noyaient jusqu’à l’essieu. Le capitaine lâcha un juron formidable et demanda à la femme si elle voulait faire périr tout le monde à bord. Le capitaine de la Punaise était un homme très complaisant pour ses voyageurs. Nous étions à une couple d’arpents du rivage, lorsque la brise, qui était un peu forte, emporta le vieux chapeau de paille d’un des passagers. De nos jours, dans une pareille circonstance, un voyageur aurait fait son deuil du couvre-chef, mais dans le bon vieux temps il en était autrement. Le capitaine cria à l’ingénieur d’arrêter la machine. La Punaise recula jusqu’à ce qu’elle fût à proximité du chapeau, alors le matelot le repêcha avec sa gaffe et le donna à son propriétaire.» (http://jeanprovencher.com/2013/10/19/laventure-de-la-punaise/)

À Québec, le 25 novembre 1908, on fête la Sainte-Catherine. Le Soleil du lendemain écrit : «Fête à la tire. Les commis-voyageurs qui ont leur quartier au Victoria ont fêté la Ste-Catherine hier soir comme au bon vieux temps. Par les soins de MM. J. H. Lessard et J. M. Bourque, il y eut de la tire pour dérouiller tous les gosiers et des chansons à profusion.»

À Joliette, L’Étoile du Nord du 11 novembre 1886 propose un texte quasi plaintif sur l’hiver qui vient. Pour adoucir l’envoi, l’auteur ajoute : «L’hiver a aussi ses joies. Qui ne se rappelle ces longues soirées passées au coin du feu, au milieu de ses parents et de ses amis. Le souvenir qu’elles ont laissé dans nos âmes nous procure encore un charme indescriptible. Assis autour du poêle dont la chaleur énervante nous causait des sensations douces et agréables les vieillards nous rappelaient les prouesses du bon vieux temps ou nous racontaient des histoires terribles, effrayantes qui faisaient frissonner de crainte les plus jeunes et les plus faibles. Leur imagination superstitieuse nous dépeignait le loup garou parcourant la campagne, le bête à grande queue, des feux follets poursuivant avec acharnement leur proie; mille et un faits semblables qui piquaient notre curiosité enfantine et nous faisaient trouver courtes ces longues soirées.» (http://jeanprovencher.com/2013/11/27/ah-hiver-que-na-t-on-pas-ecrit-en-ton-nom/)

La Patrie (Montréal) du 19 novembre 1892 raconte une des coutumes liées à la naissance d’un enfant. «Il y avait encore une autre coutume à laquelle le parrain ne pouvait se soustraire sans passer pour un malappris, un rustaud et un pingre. Avant de reporter l’enfant auprès de sa mère, le parrain devait conduire la commère chez un des marchands du village, qui, à cette époque, vendaient, outre les articles ordinaires d’un magasin de campagne, des liqueurs douces et fortes. Le compère demandait pour sa commère un bon sangris sucré, ou, si elle le préférait, un verre de monestroppe (lemon syrup), et, lui, ingurgitait un ou deux vers d’espérette (spirits), ou de cette bonne Jamaïque du bon vieux temps. Ainsi lesté, le compère, faisant un salut gracieux à la commère, disait : «Madame (ou mademoiselle, suivant le cas), choisissez ce qu’il vous plaira dans le magasin». Jamais commère ne prenait avantage de cette générosité devenue coutume. Elle se bornait à l’achat d’une paire de gants, d’un petit châle ou de quelques verges de calicot.» [http://jeanprovencher.com/2012/11/27/le-temps-dhier-seconde-partie/]

 

Contribution à l’histoire de l’expression québécoise «Le bon vieux temps».

L’illustration, parue dans Le Monde illustré du 15 juin 1895, se trouve sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, au descripteur«Baisers»

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