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Dans la chronique «Épurons notre langue»

J’aime revenir sur les chroniques linguistiques de 1900 du type «Ne dites pas, mais dites plutôt». On y apprend comment se teinte le français québécois parlé d’alors.

AVEINDRE. — Est un vieux mot français tombé en désuétude, qu’on remplace avantageusement par TIRER DE. Ainsi, au lieu de dire : Jean vient d’AVEINDRE un écu de sa poche, dites : Jean vient de TIRER un écu DE sa poche.

AVISSE. — Est une corruption de VIS. Ne dites pas : Les AVISSES coûtent plus cher que les clous. Il faut dire : Les VIS coûtent plus cher que les clous.

AVRI. — Ne saurait remplacer à bon droit AVRIL, quatrième mois de l’année. Ajoutons que dans le mot AVRIL, la lettre L doit être prononcée. Au lieu de dire : Vive la coutume du poisson d’AVRI ! dites Vive la coutume du poisson d’AVRIL !

BADRANT, BADREMENT, BADRER. — Voilà trois mots qui, trop souvent, résonnent à nos oreilles; ils sont à eu près synonymes de ENNUYEUX, ENNUI, ENNUYER. Exemple : au lieu de dire : Épargnez-moi donc tout BADREMENT, vous pouvez dire : Épargnez-moi donc tout ENNUI.

BALANCILLE. — Ne peut s’employer pour BALANÇOIRE. Ne pas dire : Allons à la BALANCILLE, mais dire plutôt : Allons à la BALANÇOIRE.

BALIER. — Ne s’emploie plus pour BALAYER, depuis plus de deux siècles, en France. Au lieu de dire : Un cyclone a tout BALIÉ sur son passage, dites : Un cyclone a tout BALAYÉ sur son passage.

BAQUER. — Est un anglicisme qui s’emploie trop souvent dans le sens de soutenir, seconder. Ne dites pas, par exemple : Jean ferait banqueroute s’il n’était BAQUÉ par Pierre. Dites plutôt : Jean ferait banqueroute s’il n’était SOUTENU par Pierre.

BARAUDER. — N’est pas français, bien que ce verbe soit très souvent employé pour «SE PROMENER EN TOUT SENS». Au lieu de dire : Jacques ne fait que BARAUDER, il serait plus français de dire : Jacques ne fait que SE PROMENER EN TOUT SENS.

BARBEAU. — Ne saurait désigner convenablement un HANNETON ni une TACHE D’ENCRE, car ce mot a un tout autre sens. Dites, par exemple : J’ai peur des HANNETONS, mais non pas : J’ai peur des BARBEAUX. Autre exemple : Au lieu de dire : Votre cahier est rempli de BARBEAUX, dites plutôt : Votre cahier est rempli de TACHES D’ENCRE.

BARGAINE. — Provient de l’anglais «bargain», qui veut dire TRANSACTION, MARCHÉ. Guerre à cet anglicisme ! Ne dites donc pas : Je viens de conclure une bon BARGAINE, mais dites plutôt : Je viens de conclure un bon MARCHÉ.

BAROUETTE, BEROUETTE. — Tels sont les mots qui s’emploient à tort pour désigner une BROUETTE. Au lieu de dire : Pascal fut l’inventeur de la BEROUETTE, dites : Pascal fut l’inventeur de la BROUETTE.

BARRE. — Est un anglicisme, dès que ce mot s’emploie pour indiquer la tribune où comparaissent les témoins au Palais de Justice. Ne dites donc pas : Quel témoin est à la BARRE ? Dites plutôt : Quel témoin est à la TRIBUNE !

BASEMENT. — (On prononce BAISE-MENNE), anglicisme trop souvent employé pour désigner le SOUS-SOL d’un édifice. Au lieu de dire : Le BASEMENT de ma maison est inhabitable, dites : Le SOUS-SOL de ma maison est inhabitable.

BÂTISSE. — Encore un anglicisme qui a cours dans nos conversations comme dans nos écrits. On donne presque toujours à ce mot le sens de «ÉDIFICE», alors qu’on ne peut l’employer que pour désigner ce qui concerne la maçonnerie d’un bâtiment. Exemple : Ne dites pas : J’ai visité la BÂTISSE de «La Presse». Dites plutôt : J’ai visité l’ÉDIFICE de «La Presse».

BATISTAIRE. — S’emploie à tort pour indiquer l’extrait des registres du baptême où se trouvent inscrits la date de la cérémonie, l’état civil de l’enfant et les noms des témoins. Au lieu de dire : Ton BATISTAIRE établit que tu es une vieille fille, dites, par exemple : Ton extrait BAPTISTAIRE établit que tu es une vieille fille.

BAUCHE. — N’est pas français dans le sens de COURSE rapide. Ne dites donc pas : La peur me fit prendre une BAUCHE. Dites plutôt : La peur me fit prendre une COURSE.

BAVASSEMENTS, BAVASSAGES. — Voilà des mots qui courent les rues et qui ne sont pas français. Au lieu de dire : Vos BAVASSEMENTS ne sont guère charitables, dites, par exemple Vos RACONTARS ne sont guère charitable.

BAYETTE. — Ne peut s’employer pour BAGUETTE. Ainsi, ne dites pas : La BAYETTE de mon fusil est trop courte. Dites plutôt : La BAGUETTE de mon fusil est trop courte.

BAY-WINDOW. — Pourquoi substituer ce mot anglais au terme français FENÊTRE EN SAILLIE (ou FENÊTRE CINTRÉE) ? Ne disons donc pas : Le BAY-WINDOW est un réservoir de bon air et de santé. Disons, par exemple : La FENÊTRE CINTRÉE est un réservoir de bon air et de santé.

BENHEUREUX. — Cet adjectif se dit plutôt qu’il ne s’écrit, mais jamais il ne pourra remplacer à bon droit BIENHEUREUX. Au lieu de dire : Souvent les pauvres sont BENHEUREUX, dites : Souvent les pauvres sont BIENHEUREUX.

BEN SÛR. — Voilà une location adverbiale évidemment vicieuse qui se prononce souvent pour BIEN SÛR. Ne pas dire : Viendrez-vous BEN SÛR ? Il faut dire : Viendrez-vous BIEN SÛR ?

Ne dites pas; Nous aurons DAVANTAGE de plaisir. Dites : Nous aurons PLUS de plaisir.
Il a des gants En peau. Il a des gants DE peau.
La maison À mon frère. La maison DE mon frère.
UNE héliotrope. UN héliotrope.
UNE hôtel. UN hôtel.
Place HONORAIRE. Place HONORIFIQUE.
UNE BELLE ivoire. UN BEL ivoire.
Noir comme GEAI. Noir comme le JAIS.
Je suis allée à la MAIRRIE. Je suis allé à la MAIRIE.
Elle est très MALINE. Elle est très MALIGNE.
Une fièvre MALINE. Une fièvre MALIGNE.
Ce mur menace DE ruine. Ce mur menace ruine.
Une forêt OMBRAGEUSE. Une forêt OMBREUSE.
Il est arrivé AVEC le train de cinq heures. Il est arrivé PAR le train de cinq heures.
Tant PIRE. Tant PIS.
Prenez garde de NE PAS tomber. Prenez garde DE tomber.
Cette semaine ICI. Cette semaine-CI.

 

De celui qui signe L’Éducateur, dans L’Album universel, 6, 13, 20 juin et 4 juillet 1903.

Source de l’illustration : Mon troisième livre de lecture, Montréal, Librairie Granger Frères Limitée, 1956. Textes de Marguerite Forest et Madeleine Ouimet, Illustrations de Jean-Charles Faucher.

Voir aussi cet article : http://jeanprovencher.com/2012/08/04/gare-aux-locutions-vicieuses/, ainsi que celui-ci : http://jeanprovencher.com/2012/06/02/bien-parler-francais-au-quebec/

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Normand Lacombe #

    Peut-être y trouvons-nous la source de quelques expressions ou distorsions linguistiques d’aujourd’hui… J’ai déjà entendu dire « viendre » pour venir… Doit-on y voir une déformation de « viens’ ou d’aveindre?

    Balancille : dans ma Trifluvie natale, j’entendais « balancigne et se balancigner » : déformation évidente de Balancille et sans doute de balanciller.

    Déjà aux prises avec les anglicismes en 1900.. Il faut que le combat continusse !

    1 juillet 2013
  2. Normand Lacombe #

    Z’aurez compris que le continuesse est une blague!

    1 juillet 2013

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