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Le moineau, ce mal aimé

Dans l’histoire humaine, il y a des bêtes qui furent mal aimées, de tout temps ou par poussées, par «bourrées». Nous avons eu de ces montées de fièvre contre tel ou tel animal. Parlez-en à la corneille, au loup, au chat et au renard. Le Moineau domestique (Passer domesticus, House Sparrow) aussi n’y a pas échappé. Au sujet de ce dernier, voici un texte non signé, sans doute d’origine française, paru dans La Patrie du 26 avril 1902.

Il existe une question du moineau, comme il existe une question d’Orient, ou une question des sucres, et la solution de l’une, pas plus que celles des autres, ne semble facile à trouver.

Le moineau a des détracteurs enragés qui ont mis sa tête à prix; il a des défenseurs obstinés qui en font un petit saint. La vérité est entre ces deux opinions extrêmes.

Écoutons plusieurs cloches afin d’entendre plusieurs sons et de nous faire une opinion.

M. d’Harmonville, dans sa «Vie des Oiseaux», se montre hostile à ce gavroche aérien. «Il est hardi, batailleur, quoique sachant s’éloigner quand il n’est pas le plus fort; rusé, ne donnant presque jamais dans le piège et disposé surtout à vivre sur le compte d’autrui; doué d’un appétit robuste, il est presque omnivore dans le voisinage de l’homme. Il aime tous les insectes, happe le papillon et broie le hanneton avec bonheur, et, sans mépriser la miette de pain qu’il ramasse en passant, surveille le blé qui mûrit, pille la semence du jardinier et gobe jusqu’à la dernière les cerises qui rougissent dans le voisinage.

Aussi mauvais architecte que détestable chanteur, il fait grossièrement un nid sans art, qu’il place tantôt dans le creux des murailles ou sous les tuiles d’un toit, tantôt au sommet d’un arbre ou même dans celui d’une hirondelle qu’il a expulsée.» 

Une note plus clémente nous est donnée par le sénateur Bonjean, dans son rapport lu le 24 juin 1861 sur la protection aux petits oiseaux.

«Le plus mal famé de ces oiseaux suspects est, sans contredit, le moineau, si souvent flétri comme un pillard effronté. Eh bien, si les faits mentionnés dans les pétitions sont exacts, à la différence de beaucoup de gens, cet oiseau vaudrait mieux que sa réputation. On raconte, en effet, que sa tête ayant été mise à prix en Hongrie et dans les pays de Bade, cet intelligent proscrit avait abandonné complètement ces deux pays, mais bientôt on reconnut que lui seul pouvait soutenir la guerre contre les hannetons et les mille insectes ailés des basses terres; et ceux-là même qui avaient établi des primes pour le détruire durent en établir des plus fortes pour opérer le rapatriement : ce fut double dépense, châtiment ordinaire des mesures précipitées.»

Depuis quelques années, le moineau, d’ailleurs, a une «bonne presse». Il est certain que, tout compte fait, il est, en général, plus utile que nuisible, et doit être protégé. Mais, à toute règle, il est des exceptions.

Aussi lui tend-on des pièges de toutes sortes, auxquels d’ailleurs il se laisse rarement prendre.

On se trouve bien, dans tous les cas, de l’emploi du panier reproduit par notre gravure [l’article nous montre une sorte de panier tourné à l’envers, avec une petite ouverture au sommet]. C’est, en réalité, une sorte de nasse analogue à celle employée par les pêcheurs. L’ouverture conique laisse aisément pénétrer le pillard attiré par les graines mises au fond, mais la sortie est plus difficile.

Ceux qui sont déjà capturés attirent les autres par leurs cris et leurs batailles. Une douzaine de ces gourmands est bientôt en prison et n’en sortira que pour passer dans la poêle à frire, ou pour entrer dans la confection d’un excellent pâté, digne de rivaliser avec les fameux pâtés d’alouettes du temps jadis.

 

Le Moineau domestique ci-haut est une création de Julienne et René Dandurand, mes amis de Valleyfield. René sculpte l’objet et Julienne y appose les couleurs. On trouvera sur ce site deux autres créations de moineau, celle de Berchmans Charest et l’autre de Claude Lamontagne.

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