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Disparition d’un homme à la vie étonnante

Il est surprenant de constater que personne à ce jour ne se soit attaqué à une solide biographie d’Honoré Beaugrand. Sa vie ne manque pourtant pas d’intérêt et il y aurait de nombreuses avenues, fort originales, à documenter.

Fils de navigateur, il naît à Lanoraie en 1848. Il entreprend son cours classique à Joliette, mais est expulsé du collège en 1865. Il gagne alors Montréal pour fréquenter le collège militaire; mais, après quelques mois, il part pour le Mexique et s’enrôle dans l’armée française. Cependant les Français doivent quitter ce pays en 1867 et Beaugrand gagne la France avec eux.

Il passe deux années à visiter l’Europe, avant de retraverser l’océan pour s’établir à la Nouvelle-Orléans, où il entre dans le journalisme. Bientôt, le voici comptable-interprète pour la compagnie mexicaine de chemin de fer Vera Cruz. En 1873, il s’installe à Fall River (Massachusetts), marie une jeune Américaine, Eliza Walker, et fonde un journal, L’Écho du Canada.

De retour à Montréal à l’automne 1878, il fonde en 1879 La Patrie. L’Album universel du 20 octobre 1906 écrit : Peu à peu, sous l’habile direction de M. Beaugrand qui avait un incontestable talent d’administrateur, la «Patrie» acquit un grand format et elle commença à compter parmi les journaux importants de la province.

En 1885, pressé par ses amis, Beaugrand se présente à la mairie de Montréal contre Jean-Louis Beaudry, qui détient le fauteuil de maire depuis une douzaine d’années et semble invincible. À la surprise générale, le voilà premier magistrat de la ville.

Et il arrive, dirait-on, au moment où l’histoire de Montréal n’a jamais été aussi mouvementée. L’Album universel raconte : C’est sous son administration qu’eut lieu le départ des troupes envoyées au Nord-Ouest contre les insurgés commandés par Riel. Plus tard se produisirent les grandes inondations de la ville, à la suite desquelles fut décidé de construire les digues de revêtement qui existent actuellement. Puis ce furent les troubles sérieux qui eurent lieu à Montréal, lors de l’exécution de Louis Riel et qui faillirent mettre aux prises les citoyens des deux races. Enfin survint l’épidémie de petite vérole qui donna lieu à des polémiques mémorables. Pour enrayer le fléau, M. Beaugrand prit sur lui de faire appliquer rigoureusement les lois de l’hygiène et il s’attira par là les critiques acerbes et la mauvais vouloir d’un grand nombre de citoyens qui comprenaient mal ses intentions.

En 1886, Honoré Beaugrand est réélu à la mairie de Montréal avec une substantielle majorité. L’année suivante, même vivement sollicité, il refuse de se représenter. Dorénavant, il préfère se consacrer à l’écriture, en particulier à de nombreux récits de ses propres voyages.

Fervent ami de la France, il sera décoré de la croix de la Légion d’honneur. Lors de la visite du comte de Paris à Montréal, il prend la tête d’un petit groupe de protestataires qui s’opposent à la réception par la municipalité du prétendant au trône de France. À la suite de cet incident, il est promu officier de la Légion d’honneur. Beaugrand est l’un des fondateurs et le premier président de la Montreal Folk Lore Society.

Il a écrit le roman Jeanne la fileuse. Épisode de l’émigration franco-canadienne aux États-Unis [1878]. Parmi les contes dont il est aussi l’auteur, je retiens personnellement La Chasse-galerie, parue d’abord dans La Patrie du 13 décembre 1891. L’auteur n’a pas inventé cette histoire qu’on retrouve dans de nombreux pays, mais il lui a donné une couleur tout à fait québécoise, si bien qu’encore aujourd’hui elle est fort aimée. Ses contemporains s’en emparent en l’illustrant, en en faisant des bronzes, et sa Chasse-galerie continue de vivre et de vivre.

Beaugrand décède à Montréal le 7 octobre 1906 et deux semaines plus tard, le 20 octobre, l’Album universel annonce même la pérennité de cette œuvre, la Chasse-Galerie. Comme littérateur, écrit-on, il avait un mérite incontestable et surtout comme conteur; sa superbe Chasse-galerie restera comme un monument dans notre littérature nationale.

 

Source de l’illustration parue dans Le Monde illustré du 14 mars 1885 : http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/illustrations/accueil.htm

Et voici une chasse-galerie du sculpteur Jean-Claude Bradet. Monsieur Bradet est de Saint-Urbain, dans la région de Charlevoix. Très souvent, aujourd’hui, on demande aux sculpteurs d’art populaire une «Chasse-galerie». C’est Beaugrand qui est au départ de cette renommée.

6 commentaires Publier un commentaire
  1. sylvie pontbriand #

    Honoré Beaugrand ,auteur de la Chasse -galerie !!!!!
    Je ne verrai plus la station de métro du même oeil.

    21 octobre 2012
  2. Jean Provencher #

    Bien oui, chère Vous, ce fut bien plus qu’une station de métro !
    Comme mon ami Jacques Bertin, auteur d’une biographie de Félix, avait dit : « Félix Leclerc, ce fut bien plus qu’une autoroute ! »

    21 octobre 2012
  3. Frank Guttman #

    Très bien. Je suis en train de combler ce trou dans notre histoire.
    En fait j’ai terminé une biographie sur Beaugrand actuellemnt, et je dois maintenant trouver un éditeur- c,est en anglais avec tous les citations fr. en fr.
    Avez- vous des suggestions?
    Frank Guttman
    (J’ai écrit un biographie sur la vie de TÉlesphore-Damien Bouchard, ‘Le diable de Saint-Hyacinthe’- publié en anglais qui serait publié au printemps 2013, par la maison Hurtubise.)

    21 octobre 2012
  4. Jean Provencher #

    Oh, formidable, Monsieur Guttman. Avez-vous approché les Éditions du Boréal ou les Éditions du Septentrion ?

    21 octobre 2012

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