Skip to content

Nos chants patriotiques les plus populaires

Dans ma longue quête, j’aime apprendre soudain ce que chantaient les populations des temps passés. Toujours, je prends beaucoup plaisir à m’y arrêter. Belle voix ou non, nous sommes des bêtes chantantes aussi.

Le 21 juin 1902, à l’occasion du 60e anniversaire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, le journal Le Soleil publie cinq pages sur ce qu’il dit être nos chants patriotiques les plus populaires. Les voici dans le désordre :

Vive la Canadienne
En roulant ma boule
À la claire fontaine
Par derrière chez ma tante
Quand j’étais chez mon père
À Saint-Malo, beau port de mer
Fringue, fringue
Isabeau s’y promène

Ces vieux chants, sauf le Vive la Canadienne et le Fringue, fringue, nous sont venus de la vieille France, de temps assurément bien lointains. Séjournant au Canada de décembre 1836 au printemps 1838, la critique d’art et féministe anglaise, Anna Brownell Jameson, a l’occasion de voyager dans les Pays d’en Haut, avec les canotiers d’ici. Elle raconte : Les hommes chantaient leurs gaies chansons françaises, ceux de l’autre canot reprenant le refrain en chœur. […] Les voyageurs chantent à l’unisson, élevant la voix et marquant la mesure avec leurs avirons. Un seul entonne toujours la chanson, mais en cela ils manifestent une diversité de goût et de talent. Si je désirais entendre En roulant ma boule, roulant, je m’adressais à LeDuc. Jacques excellait dans La belle rose blanche et Louis était délicieux dans Trois canards s’en vont baignant. Ce texte, extrait de l’ouvrage de B. Dufebvre, Cinq femmes et nous (Québec, Bélisle Éditeur, 1950), est bien la preuve que nos canotiers possédaient tout un répertoire.

Mais attardons-nous à certains autres de ces chants patriotiques mentionnés par Le Soleil. À tout seigneur, tout honneur, Un Canadien errant composé en 1842 par Antoine Gérin-Lajoie, alors âgé de 18 ans, inspiré par le sort de la soixantaine de Patriotes condamnés à l’exil après l’insurrection de 1837-1838. À mes yeux, l’une des plus belles chansons d’ici, qui ne cesse d’ailleurs d’être reprise, ô bonheur, par nos contemporains. Et puis le O Canada, mon pays, mes amours de George-Étienne Cartier, chanté pour la première fois en 1834 lors du banquet de fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal; Cartier a 20 ans et deviendra plus tard l’un des Pères de la Confédération. Un autre, Avant tout je suis Canadien, toujours de Cartier, est chanté pour la première fois lors du banquet de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1835. Ce chant, imaginez, deviendra un chant de ralliement pour les Fils de la liberté, une organisation paramilitaire de jeunes partisans du Parti Patriote, fondée en 1837. Plusieurs d’entre eux participeront à la rébellion de 1837-1838

Le Soleil note aussi Le Drapeau de Carillon, un texte du poète Octave Crémazie, mis en musique par Charles W. Sabatier, Sol canadien, terre chérie d’Isidore Bédard composé en 1827, Chant de l’ouvrier (paroles de Charles Lévesque et musique de Roch Lyonnais), composé en 1891, Le Retour dans la patrie, de Pierre-Jean Béranger, sur l’air de Suzon sortant de son village, et Fanfan la tulipe d’Émile Debreaux, composé en 1819. Ces deux derniers, chansonniers français de la première moitié du 19e siècle, rivaux, se détestaient, semble-t-il, l’un l’autre, pour faire des remèdes.

Allez, échappez-vous avec certaines d’entre elles. C’est notre Fête nationale qui est là maintenant.

L’image coiffant cet article provient bien sûr de La Bonne Chanson, dix albums qu’on appelait Cahiers, parus de 1938 à 1951, du musicologue Charles-Émile Gadbois (1906-1981). Pour faire obstacle à l’invasion de la chansonnette française et américaine, Gadbois entreprenait de cette manière de revivifier le folklore québécois et les valeurs traditionnelles patriotiques. Le Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord (Montréal, Fides, 1989), de Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski, note : Son principal mérite est d’avoir fait entrer la bonne chanson dans tous les foyers, de lui avoir donné ses lettres de noblesse, écrit Raymond Dionne, qui souhaite qu’on accorde une bonne place au célèbre abbé Gadbois dans l’histoire de la musique québécoise.

 

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS