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Johnny est mort

Jean Dionne

La nouvelle parvient de Lowell, Massachusetts.

Un jeune homme originaire de Saint-Pascal de Kamouraska.

John Dionne, le boxeur qui s’était fait mettre hors de combat à la neuvième reprise d’une bataille qui devait en durer vingt, avec Charles Armstrong, au club Knickerboker de cette ville, est mort ce matin à l’hôpital St-Jean des suites des coups qu’il avait reçus. Dionne souffrait d’une fracture du crâne. Il mourut sans avoir repris connaissance. […]

Dans la grande salle Union, avait lieu à Lowell, il y a quatre jours, une grande soirée athlétique, dont le principal événement était la bataille de vingt rondes entre Jean Dionne et Charles Armstrong. Une foule considérable s’était transportée en cet endroit afin d’encourager l’athlète canadien à triompher. Aussi comme bien on le pense, personne aurait douté un seul instant de ce qui était pour arriver. […]

Dans la seconde ronde, Dionne réussit à atteindre Armstrong à la mâchoire. À la troisième et la quatrième, Dionne fut littéralement roué de coups par tout le corps. Jusqu’à la neuvième ronde, les deux hommes ne se ménagèrent pas, au contraire. La fin fut rapide. Armstrong frappa Dionne au cœur de sa gauche et, relevant la droite, il l’atteignit à la mâchoire. Dionne tomba lourdement comme un bœuf qu’on assomme à l’abattoir.

Le referee compta les dix secondes d’usage et les admirateurs d’Armstrong accoururent le féliciter. Il n’y en avait pas un parmi cette foule de sports excités qui songeait qu’à côté d’eux sur l’estrade le malheureux Dionne avait perdu connaissance pour ne plus la recouvrer et que, quelques heures plus tard, il ne serait plus qu’un cadavre.

Ses seconds parmi lesquels se trouvait son frère lui prodiguèrent les premiers soins, lui appliquant de la glace sur la tête. Voyant que le cas était plus sérieux qu’on ne l’avait d’abord cru, on manda les Drs Wood, McCann et Burnham, qui sont membres du club et qui étaient présents. Voyant que leurs efforts étaient inutiles, ils décidèrent de faire venir l’ambulance de l’Hôpital St-Jean.

On avait dans le temps ouvert toutes les fenêtres et le capitaine Kew fit évacuer la salle afin de donner au patient une chance de respirer. […]

Il y avait près d’une heure qu’on essayait en vain de ranimer Dionne quand l’ambulance arriva. Jean Dionne a expiré à l’hôpital St-Jean à 4 hrs 35 ce matin, sans avoir repris connaissance.

* * *

Jean Dionne est né à St-Pascal, comté de Kamouraska, il y a 27 ans. Il avait toujours pratiqué la boxe depuis qu’il était tout petit garçon et c’était son sport favori. Il a toujours été d’une conduite exemplaire, ne faisant usage ni de boisson ni de tabac. Il a toujours joui d’une santé parfaite et sa mort tragique a causé autant de surprise que de regrets.

Depuis cinq ans, il était à l’emploi de Fletcher Bros, propriétaires de carrières à Westford, où il exerçait son métier d’ingénieur. Il avait abandonné son travail il y a quinze jours, afin de s’entraîner pour la joute d’hier qui devait être sa dernière.

 

La Patrie (Montréal), 19 août 1901.

manchette mort de Jean Dionne

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