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«La tuque et l’étoffe du pays»

bucheron henri julien fevrier 1902Voilà un texte fort étrange portant sur des pièces traditionnelles du vêtement québécois. On en vient à se demander où s’en va l’auteur de ces mots qui fait des liens tout à fait surprenants. La cherté des vêtements, par exemple, n’a jamais poussé les Québécois à émigrer aux États-Unis en grand nombre.

La tuque, la bonne vieille tuque de nos pères, est la mode au Canada. Pas dans les campagnes, dans les villes. Les Anglais font porter ce bonnet chaud à leurs enfants.

Autrefois, du temps de [Louis-Joseph] Papineau, les marchands et les hommes de profession portaient l’étoffe du pays. Les habitants en étaient tout heureux, et l’étoffe était en honneur chez eux.

Après l’union des deux Canadas, ceux qui avaient donné un si bel exemple pendant la tempête politique de 1837 changèrent d’habits et drapèrent leur loyauté dans les étoffes anglaises. Le pauvre habitant fut ridiculisé. On le traita de chausson, de pied plat, et autres. Il laissa son étoffe et se vêtit de drap. Il eut tort de ne pas laisser siffler les sots.

Il voulait paraître comme le citadin, et les fruits de son travail ne suffisant pas à la dépense, il hypothéqua sa terre au marchand et l’émigration devint à l’ordre du jour, ou plutôt à l’ordre du luxe.

La tuque portée par les enfants des Anglais est une leçon. Nos habitants ont établi le Canada, la tuque dans laquelle on amassait naguère les piastres françaises et mexicaines.

Aujourd’hui, les comptes et les hypothèques ne peuvent contenir dans le fond d’un chapeau — ou d’un casque en fourrure.

C’est différent sans être mieux. Avec sa bonne tuque ont disparu la confiance, la bonne entente, la fraternité de nos habitants.

Comme les enfants anglais, revenez à la tuque, braves gens, ou au moins au bon temps qu’elle illustra.

 

Le Sorelois, 13 février 1883.

L’illustration du bûcheron et de l’enfant, portant tous deux la tuque et l’étoffe du pays, est d’Henri Julien. Elle est parue dans La Patrie du 1er février 1902.

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    Liens étranges en effet ! N’aurait-il vécu qu’à la ville ? Et encore, dans un milieu clos sans voir plus loin que son proche environnement ? Aurait-il élaboré sa “thèse” sur des ouï-dire ? Ce texte me laisse sur un étrange malaise… Une impression de méconnaissance du sujet…
    Par ailleurs, tant de Québécois ont dû s’expatrier pour ne pas mourir de faim vers la fin du 19e siècle, travaillant dans les “fact’ries” de la Nouvelle-Angleterre, y compris de jeunes enfants, on était bien loin du luxe…

    27 février 2015
  2. Jean Provencher #

    Comment savoir ?

    Pa ailleurs, la saignée démographique s’est produite sur une longue période, bien davantage que la fin du 19e siècle. Cela a duré pendant une centaine d’années, de 1830 à 1930. Et on pense qu’entre 800 000 et 1 200 000 personnes sont parties. Certaines sont revenues, mais la grande majorité est demeurée aux États-Unis.

    À la vérité, toute cette histoire complexe ne se résume pas à une phrase si percutante soit-elle. Oui, certains sont partis pour les manufactures de la Nouvelle-Angleterre, mais d’autres ont gagné l’État de New-York, et même le Michigan et l’Illinois.

    28 février 2015

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