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L’amour, la première fois

fleurs de groseillier

L’écrivain norvégien Johan Borgen (1902-1979) a décidé un jour de chanter le paradis. Extrait de sa nouvelle L’étoile.

Elle comprenait que c’était ici le paradis. Elle savait ce qui allait maintenant se passer et le désirait. Elle savait qu’il avait attendu ce moment et que cette couche d’herbe soyeuse vaudrait tous les lits. Mûrement décidée, elle sortit de l’eau en même temps que lui, foulant du pied cette herbe douce qui prenait le relais du sable.

Lorsqu’ils s’aimèrent dans la prairie, elle fut consciente que, pour la première fois, ils s’unissaient dans un même désir, qu’ils ne formaient plus qu’un seul être dans un de ces moments qui ne peuvent jamais se reproduire. Rien ne l’effrayait.

Elle se trouvait transportée dans les sphères d’un monde où toute frontière est abolie. Ils étaient seuls, unis à jamais dans cette étreinte. Elle en était consciente, et elle savait qu’il en était de même pour lui. Il la prit corps et âme et ses caresses semblaient exemptes de conquête et de violence.

Du plus profond d’elle-même, elle lui était reconnaissante d’avoir su éveiller en elle des richesses qu’elle avait ignorées jusqu’alors. Elle sentait que ce moment était l’accomplissement de tout ce qu’elle avait vécu, que tout pouvait finir maintenant, que l’«après» n’aurait plus de raison d’être, car seul le temps présent comptait.

Seuls ces moments méritaient d’être qualifiées d’éternité. Il en émanait des mots et des sons qui éclataient en fanfares triomphantes et s’évanouissaient ensuite au murmure du vent dans les feuilles des bouleaux. Et ces mots prenaient forme. Des mots comme «éternité» et «aimer» retrouvaient leur pureté originelle.

 

Le texte L’étoile, de Johan Borgen, traduit du norvégien par Elisabeth Eydoux, paraît dans un numéro spécial scandinave de Lettres Nouvelles, «Écrivains du Danemark, des Îles Féroé, d’Islande, de Norvège» (Paris, déc. 1973-janv. 1974).

Et comment ne pas vous proposer, tout à fait dans le même esprit, cet immense chant d’amour de l’auteure-compositeure-interprète, écrivaine, comédienne et dramaturge Brigitte Fontaine !

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    D’un romantisme éthéré, mais… “ces moments méritaient d’être qualifiés d’éternité”. Comment dire mieux… ? Tout est là.

    8 février 2015
  2. Jean Provencher #

    Un très beau texte, je trouve. Et, de surcroît, d’une excellente traductrice. Cette Elisabeth Eydoux, Norvégienne née en 1909 sous le nom de d’Elisabeth Nissen, fut correspondante à Paris de plusieurs journaux de son pays d’origine et a traduit en français quelques romans norvégiens.

    9 février 2015

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