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L’enfance du sculpteur Louis-Philippe Hébert

louis philippe hebertAvant d’être le grand sculpteur qu’il fut, celui qui est l’auteur, en particulier, des statues de la façade de l’hôtel du parlement de Québec, Louis-Philippe Hébert, fut un gosseux. Selon Louis-Philippe Geoffrion (Zigzags autour de nos parlers), le mot gosser fut apporté en Amérique par des Français de l’Anjou, de l’Aunis et de la Saintonge. Là-bas, comme ici maintenant, il signifiait : s’amuser à tailler du bois, à travailler le bois avec un couteau. Qui sait si ce mot a toujours cours en France ?

Chose certaine, Hébert a gossé avant de devenir célèbre. Arrêt sur son enfance grâce à un article de La Patrie du 22 novembre 1883.

M. Philippe Hébert est encore jeune homme, puisqu’il est né en 1850.

Il est le fils de M. Théophile Hébert, cultivateur de Ste-Sophie d’Halifax [à quelque 10 kilomètres au sud-est de Plessisville], comté de Mégantic, d’origine acadienne, et de Julie Bourgeois, descendante d’une famille française émigrée au Canada pendant la Révolution.

 Comme tous ceux qui naissent avec le feu sacré au front, M. Hébert a eu une enfance rêveuse, et, au lieu de s’amuser avec les enfants de son âge, il aimait à s’isoler et à errer sous les bois, dans les champs, au bord des eaux. Comme l’abeille qui fait son miel dans la retraite, le jeune Hébert allait dans la solitude écouter les bruits mystérieux de la nature, il en recueillait dans son âme des parfums et des harmonies.

Dès l’âge de sept ans, il ciselait avec un couteau des figures en bois qui dénotaient déjà de grandes aptitudes pour la sculpture.

Les travaux des champs n’allaient pas à cette nature nerveuse et enthousiaste, et ses parents étaient loin de vanter son assiduité. Comme les voisins le voyaient toujours assis à l’écart avec un canif à la main, ils l’avaient surnommé le gosseux, et plaignait fort M. Hébert, le père, d’avoir un pareil fainéant dans sa maison.

Voyant qu’il n’avait pas de disposition pour l’agriculture, son père se décida à le placer comme commis-marchand chez un de ses oncles maternels.

Son patron s’aperçut bientôt qu’il n’avait pas plus le goût pour le négoce que pour la charrue et, un jour, l’oncle flanqua le neveu à la porte.

Se trouvant sans appui, sans ressources, le pauvre gosseux fut obligé de se faire bûcheron dans les chantiers de bois de corde destiné au Grand-Tronc [la compagnie de chemin de fer]. Vous pouvez vous imaginer s’il eut à souffrir au contact de ses compagnons, hommes généralement ignorants et dépravés.

Comme l’aiglon qui veut s’élancer vers le soleil et que l’on retient captif, l’artiste en herbe étouffait dans cette sphère abrutissante. Cependant, un jour, il s’envola et traversa la mer avec ces jeunes d’élite qui volèrent offrir leurs bras pour la défense de Rome. Il quitta le Canada, rêvant des chefs-d’œuvres de l’Europe. Il vit le vieux Paris des arts, s’extasia devant ses merveilles et son imagination y embrassa les plus vastes horizons.

Après la prise de Rome, il revint au Canada, décidé enfin à suivre la carrière de son père. À peine fut-il de retour qu’il fit la connaissance de M. Édouard Richard, ancien député de Mégantic, qui lui conseilla d’étudier la sculpture et lui fournit des modèles.

En 1873, Hébert envoya à l’exposition provinciale un petit buste de [Pierre-Jean de] Béranger, fait au couteau, qui lui valut le premier prix de sculpture et le fit connaître d’un des Canadiens les plus distingués, M. Napoléon Bourassa […].

Et Louis-Philippe Hébert était lancé.

* * *

Par ailleurs, un visiteur de ce site, monsieur Sébastien Gauthier, me fait parvenir les images ci-bas et m’écrit : «J’aimerais avoir votre opinion sur une pièce en bois que j’ai trouvée. Pourrait-elle avoir été sculptée par M. Hébert ?»

Dans la biographie du sculpteur par Yves Lacasse (http://www.biographi.ca/fr/bio/hebert_louis_philippe_14F.html), on lit qu’après l’inauguration du monument à Edouard VII au carré Phillips à Montréal, le 1er octobre 1914, Hébert, qui mourra en 1917, écrit dans son journal que «c’est le dernier travail que j’ai exécuté». À mon avis, il est fort possible qu’Hébert, au milieu de la soixantaine, soit revenu alors à son amour premier, la petite sculpture sur bois. Notez que cette pièce est datée de 1915.

À noter que, sur ce site, nous avons parlé de Louis-Philippe Hébert à quelques reprises.

La photographie de Louis-Philippe Hébert est extraite du livre de Louyse de Bienville, Figures et Paysages, Montréal. Éd. Beauchemin, 1931.

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2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    Ce terme de “gosseux” a toujours eu dans mes oreilles et mon esprit une connotation très péjorative. Quand quelqu’un voulait vraiment m’insulter, me mépriser, il n’avait qu’à laisser entendre que mon père n’était qu’un gosseux de bois… C’est arrivé peu souvent, heureusement(mais j’en garde un frisson facile) et j’ai compris plus tard que se logeait derrière ses mots une sorte de jalousie pour la famille qui, principalement, avait mis par son activité de sculpture sur bois et l’ouverture d’une école, le village(St-Jean Port-Joli) “sur la carte”.
    Par ailleurs, Louis-Philippe Hébert avait toute l’admiration de mon père et mon grand-père…

    22 novembre 2014
  2. Jean Provencher #

    Oh, merci de ce témoignage, chère Vous ! Je ne savais pas que Vous étiez de cette grande famille; vous êtes née avec une cuiller d’argent dans la bouche ! Je blague, je vous agace.

    Et je suis tout à fait d’accord avec vous pour ce terme de gosseux. D’ailleurs, beaucoup de sculpteurs d’art populaire préfèrent ce mot au mot artisan. Et je leur dis : «En utilisant ce mot, vous dévaluez votre travail. Dans la tête du monde, gosseux est péjoratif»

    22 novembre 2014

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