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La maison, le refuge, le retrait, la protection

Dans ma bibliothèque de livres parfois étonnants, j’attrape d’Olivier Marc, Psychanalyse de la maison (Paris, Seuil, 1972). L’auteur ouvre son ouvrage avec une citation du livre Le Prophète, de Kahlil Gibran.

Alors un maçon s’avança et dit : Parlez-nous de maison.
Et il répondit et dit :
Bâtissez de vos rêves une retraite dans le désert avant de bâtir une maison dans l’enceinte de la ville.
Car de même que vous avez des retours au foyer en votre crépuscule, ainsi le voyageur en vous, celui qui est toujours loin et seul.
Votre maison est votre plus grand corps.
Elle grandit dans le soleil et dort dans le silence de la nuit; et elle n’est pas sans rêves. Votre maison ne rêve-t-elle pas ? Et en rêve ne quitte-t-elle pas la ville pour le bosquet ou la colline ?

 

Maintenant chamarrés passages de cet ouvrage.

Naître est un arrachement à l’unité dont l’angoisse est la première conséquence inéluctable.

L’enfant, aussitôt mis au monde, commence d’œuvrer avec acharnement à une seconde naissance, celle de son âme avec l’aide indispensable et secourable du monde adulte; son drame d’enfant est celui de sa propre survie, de sa propre création, chacun de nous est son créateur et à ce titre on ne finit jamais de naître; à celui qui grâce au milieu, a pu s’épanouir en grandissant, est laissé le pouvoir de création.

Pour s’exprimer, l’enfant utilise le langage symbolique dont nous avons perdu le sens. C’est le langage primordial et essentiel sans lequel ni l’enfant, ni le primitif, ni le sage ne sont audibles.

Toute chose au premier jour geste son contraire; tout devenir, son passé; tout arrachement, l’unité. Et la fleur de la philosophie chinoise, dans son union des opposés, prend, comme toute connaissance, racine au premier jour de l’humanité. Mais la «conscience-mère» universelle, profonde et immémoriale, dont est issue la conscience humaine, continue de nous faire dire que le chemin du retour à l’unité mène au soleil qui brille au ciel, et la plante, restée vive en nous, nous fait tourner le regard dans sa direction; et cet appel à sortir de nous-mêmes implique confusément l’image d’une unité à atteindre au ciel.

Faire sa maison veut dire créer un lieu de paix, de calme et de sécurité à l’image du ventre de la mère, où l’on peut se retirer du monde pour sentir battre son cœur; créer un lieu où on ne risque pas l’agression, un lieu dont on soit l’âme.

À travers le monde se fait sentir en l’homme le besoin d’un lieu intime, à sa dimension, qui soit comme une expiration face à la plénitude universelle, dans une respiration avec elle; un micro-climat dans l’immensité, un espace propice à révéler le dedans de soi dans la contemplation du dehors. Ce «lieu magique» réduit l’univers à la dimension de notre intimité, en même temps qu’il nous introduit dans son immensité.

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    “chacun de nous est son créateur et à ce titre on ne finit jamais de naître”… Comme si on en finissait jamais d’ouvrir de nouvelles portes… Merveilleux, non ?
    Pour la suite du texte, j’y vois la différence marquée de ces mots anglos, “house” et “home”… que je n’aime pas traduire, pour le second, par “foyer” sans pour autant avoir en tête un terme plus approprié…

    17 mai 2014
  2. Jean Provencher #

    Assez merveilleux merci, en effet, chère Esther.
    Et c’est bien vrai qu’on arrive à lire une différence entre «house» et «home». House est le bâti, alors qu’home est un cœur de vie, un repli qui, paradoxalement, favorise, facilite «la contemplation du dehors».

    17 mai 2014

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