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Ces originaux qui égaient (première partie)

Dans toute communauté, habitent un certain nombre de personnages, particulièrement colorés, que l’on aime habituellement croiser sur son chemin. Dans Le Monde illustré du 28 février 1891, Ed. Aubé, de Québec, nous entretient de quelques-uns de ceux «qui ont contribué maintes fois à égayer les citoyens de la bonne vieille cité de Champlain où leur souvenir est encore vivace».

À tout seigneur, tout honneur. Le premier type qui se présente au lecteur vivait il y a une trentaine d’années. Son nom, ou plutôt son sobriquet de Grelot, est encore tout récent dans la mémoire de la plupart des Québecquois.

Grelot était trapu; grosse tête avec cheveux frisés ou plutôt mal peignés. Il portait continuellement des vêtements en étoffe du pays, et pour coiffure un chapeau de castor gris, à longs poils. On ne se rappelait pas de l’avoir vu neuf sur la tête de son propriétaire et l’histoire de cet antique couvre chef serait peut-être plus intéressante que celle du jovial compère qui le portait.

Grelot avait une manie qui consistait à rechercher les insultes ou plutôt les tracasseries. Du moment que son but était atteint, le grotesque personnage se fâchait rouge et gare alors à son bâton noueux, inséparable compagnon de ses courses.

C’étaient surtout les cochers de place du marché de la basse-ville qui s’acharnaient le plus à faire endêver le pauvre juif errant canadien. À peine la silhouette grise du vieux apparaissait-elle au détour d’une rue, que les cris se poursuivaient sur tous les tons de la gamme : Grelot, t’as bossé ton chapeau ! ….. Grelot ! tuyau, crapaud ! …. et ainsi de suite jusqu’à ce que le malheureux, complètement exaspéré, eût à son tour épuisé tout le dictionnaire de gros mots qui composait son langage habituel.

Grelot se plaisait à ce genre de vie. C’est tellement le cas que lorsque personne ne lui adressait la parole, il se campait au beau milieu du trottoir et, d’une voix de stentor, il criait aux passants : Vous avez envie de m’appeler Grelot, là, hein ! …. appelez-moi donc ! …. voir ….

Inutile de dire que l’invitation n’avait pas besoin d’être répétée. Et ces scènes se renouvelaient journellement au grand amusement des gamins, et Grelot n’en restait pas moins le joyeux boute-en-train de toute la ville.

Comme il y a déjà longtemps que ces choses se passaient !

* * *

Carron l’Outarde, autre type que pas un Québecquois n’a oublié. Ce surnom lui avait été donné parce qu’il avait le don tout particulier d’imiter le cri de tous les animaux. C’était celui de l’outarde qu’il réussissait le mieux, aussi le roucoulait-il du matin jusqu’au soir.

Carron se plaisait surtout à effrayer les femmes. Passait-il près d’une ou de plusieurs personnes, il contrefaisait à s’y méprendre le hurlement aigu d’un petit barbet à qui l’on vient d’écraser une patte, le hennissement du cheval ou le chant du coq. On s’imagine facilement les soubresauts avec accompagnements de petits cris et de vifs éclats de rire dont il était la cause.

Rencontrait-il un homme ou un petit garçon, tout bonnement il se baissait et leur pinçait le mollet, en faisant entendre un grognement sourd ou prolongé.

À part ce tic, Carron était l’homme le plus inoffensif du monde, et en aucune occasion que l’on sache il n’a fait usage du bâton ferré qui ne le quittait jamais.

* * *

Bezeau ! Voilà encore un type qui a dû laisser de bons souvenirs. Qui ne se rappelle de Bezeau ? Ce dernier pouvait être classé dans la catégorie des mendiants, mais des bons pauvres, comme on les appelle généralement.

On ne pouvait lui reprocher de fatiguer les gens puisqu’il ne faisait qu’une seule tournée par année. Durant les premiers jours de janvier, ponctuel comme une horloge, Bezeau faisait ses visites; le reste de l’année, on ne le revoyait plus. Où allait-il ? Je le laisse à deviner, ne l’ayant jamais su moi-même.

* * *

Crignon; autre type. Celui-là donnait dans le genre inventeur. Il voulait à tout pris faire mouvoir les moulins à eau dans les terrains les plus secs. Autre Don Quichotte, il aurait voulu abattre tous les moulins à vent pour faire place à ses moulins à eau. Génie inventif s’il en fut, il trépassa cependant sans avoir doté sa ville natale d’un de ses moulins au mouvement perpétuel. Sic transit gloria mundi !

* * *

Un nommé Chouinard avait pour spécialité de faire des messages; c’était une véritable poste ambulante. Avait-on une lettre à expédier, un paquet à porter, dans les limites de la ville ou en dehors, Chouinard était toujours prêt à nous servir et surtout peu chérant.

Pour un quinze sous, ce commissionnaire zélé pouvait aller faire le tour des comtés de Bellechasse ou de Lévis. Ses pérégrinations au Château-Richer, à Sainte-Anne de Beaupré, à Charlesbourg et à Beauport ne se comptaient pas; il eût été difficile de lui enseigner la route la plus courte ou le meilleur chemin à prendre. Il connaissait son pays, comme il se plaisait à le dire.

Ce curieux type n’a jamais trompé ceux qui l’employaient. Ces derniers recevaient toujours sa première visite à son retour. Couvert de poussière et de boue le plus souvent, Chouinard semblait fier d’annoncer qu’il avait fait le message avec ponctualité. On lui avait donné le surnom de la poste à Chouinard. Il ne l’avait pas volé.

 

L’image ci-haut montre Vannes et sa Femme. La carte postale ajoute : «Vieille maison ayant appartenu à Gilles de Bretagne». À vrai dire, il s’agit d’une enseigne datant peut-être du 16e siècle, intégrée à la façade d’une maison. À Vannes, en Bretagne, c’est là une attraction touristique.

3 commentaires Publier un commentaire
  1. Nous avons eu dans mon coin de village, Corneille qui lui prenait plaisir a se promener dans les petites rues de la place en criant comme une corneille !
    Les gens criaient ” Corneille” et lui de répondre Croahhh croahhh ….
    Ti- Charles le quêteux qui fidèle a ses bienfaiteurs passait de maison en maison mais qui pourtant malgré son allure de mendiant avait ” une des meilleurs job de la Paroisse”. Du temps de ma mère: L’accroche- t’on … Boiteux depuis toujours il prenait plaisir a semer la zizanie. Puis la loutre …. Cette pauvre femme qui vivait en solitaire pouvait a tout instant sortir son fusil a gros sel et tirer sur ceux qui osaient défier les limites de son terrain, puis la fouine … etc ….
    Des gens originaux qui malgré tout faisaient le charme de nos ville et villages

    31 janvier 2013
  2. Jean Provencher #

    Le couleur dans notre vie.

    31 janvier 2013

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