Skip to content

En voulez-vous de la neige ?

Le 25 janvier 1909, le journal Le Soleil nous livre, à la une, une bien belle description d’une formidable tempête de neige. Nous l’abrégeons à peine.

Une forte tempête fait rage depuis samedi dernier à Québec, et depuis quarante-huit heures le service des tramways est dans un complet désarroi. Les balais électriques travaillent sans interruption. Le vent de nord-est sévit avec violence. Le fleuve en face de la ville est couvert de glaces épaisses et les Québécois pourraient revoir les ponts de glace d’autrefois pour peu que cela se continue.

Tous les citadins se sont casanés, hier, attendant que les éléments en furie se calment. Les convois des compagnies de chemins de fer à destination de Québec ont été en panne à quelque distance de la ville. Les communications sont interrompues. C’est une des plus fortes tempêtes que l’on ait vues depuis longtemps à Québec. Les rues sont encombrées de montagnes de neige.

Le convoi de Montréal, sur la ligne du C.P.R., qui devait entrer en gare de Québec samedi soir, à 7 heures, n’est arrivé qu’aux petites heures à Saint-Malo, alors qu’une charrue qui s’était rendue au-devant dérailla. Le convoi avait été en panne entre les stations de Saint-Basile et Pont-Rouge. À minuit, on était encore là.

Les voyageurs qui n’avaient lunché qu’à l’heure du midi se trouvèrent fort affamés quand la nuit vint, eux qui s’attendaient de prendre un bon et rapide souper au retour à leur foyer ou sous le toit hospitalier du vieux Québec. La faim commande et les voyageurs à bord ne pouvaient plus tenir; c’est alors qu’il y eut évacuation presque complète des wagons quand l’un des passagers s’écria : “Nous sommes près d’une habitation !” On fit l’invasion du foyer de l’«habitant». Celui-ci n’attendait pas des visiteurs aussi nombreux et les provisions à la maison n’étaient pas abondantes.

— Trois œufs !
— Une tartine au sirop !
— Du pain et du beurre !
— Du thé !

L’un des voyageurs fit à lui seul l’acquisition des trois œufs; un autre dévora à lui seul toute la tartine. Et il restait aux autres du pain et du beurre, du beurre et du pain. La maîtresse de céans, fort embarrassée de voir son foyer envahi, dérangée peut-être au milieu des suavités conjugales, et dans une toilette anti-parisienne, commandait à son mari, qui avait réussi à passer une bretelle sur une de ses épaules tandis que l’autre était pendante, de passer le thé. Mais plusieurs des voyageurs n’avaient cure de boire du thé et partirent vers le convoi avec la beurrée à la bouche, après avoir glissé une pièce de monnaie dans la main de ceux qui leur donnaient ce qu’ils avaient. C’était pour eux une aubaine.

Le convoi partit enfin de Saint-Basile, et après avoir lutté pendant plusieurs heures contre les vents et le brouillard. Et quand il arriva à quelques arpents de la grève de Saint-Malo [en banlieue de Québec], il rencontra sur son chemin une charrue qui avait déraillé. Les voyageurs ne pouvaient aller plus loin sans attendre plusieurs heures. On leur dit que des cochers devaient être appelés et en effet plusieurs arrivèrent. Malgré les prix exorbitants exigés, qui tiennent plutôt de la rapacité que de l’équité, femmes et enfants exténués de fatigue, se rendirent dans les carrioles, mais un grand nombre de passagers, surtout les messieurs, préférèrent attendre encore quelques heures à sommeiller.

On raconte à ce sujet un incident. Un Français se trouvait à bord. Quand arrivèrent les cochers, lui-même prit ses malles.

— Une voiture, monsieur ?
— Oui, oui, certainement. Conduisez-moi à l’hôtel X.
— Vous ferez mieux de vous arranger du prix, dit un voisin.
— En effet ! En effet ! Très bien ! Et combien pour la course ?
— $3.00, monsieur.
— Trois dollars ! Nom d’un chien ! Ah ! Non ! Ah, mais non ! Par exemple ! Ah, certes non ! Je proteste ! C’est une véritable extorsion !

Et le Français voyageur d’arracher ses malles des mains du cocher et de rentrer dans le wagon en fulminant.

— Peste de cochers ! conclut-il.

Et vers 7 heures, on aperçut une voiture électrique qui circulait. Les voyageurs s’empressèrent d’y monter. Une pièce de cinq centins les conduisit à l’hôtel. Morale : tout arrive à point à qui sait attendre. Il ne sert de rien de vouloir exploiter les autres. L’un des passagers fit, à la suite de la réponse d’un cocher pour le prix de la course, la réflexion suivante : “On se croirait encore aux fêtes du Tricentenaire !” [Québec venait de fêter son 300e anniversaire l’année précédente.]

(…)

Il est midi. La neige tombe encore. Il vente. Les communications télégraphiques, téléphoniques sont rompues. On s’occupe de les réparer. Tout est un peu paralysé. Une tempête, c’est une trêve au travail, c’est une contrainte au repos… excepté pour le journaliste. Lecteur, et surtout lectrice, aimez-le !

3 commentaires Publier un commentaire
  1. Manon #

    Aujourd’hui ,j’ai découvert avec bonheur votre magnifique site.
    Vous partagez tellement de belles choses, que , bien modestement, je vous envoie un de mes écrits….

    2 fevrier

    Tout le jour il a neigé
    Danse des petits flocons
    Sur une piste déjà ouatée
    Infiniment blanc horizon

    Et tombent tombent les cristaux
    Au palais des glaces
    Et grelottent les arbrisseaux
    Qu’ils enlacent

    Tout le jour a chuté
    Ue pluie de nuages
    Les couleurs effacées
    Immaculé mirage

    Et volent volent blancs oiseaux
    Au ciel de février
    Et se posent sur ma peau
    Froide et glacée

    Tout le jour a dormi
    D’un sommeil sans rêve
    La marmotte qui s’est enfouie
    Sous sa couette de neige

    2 février 2012
  2. Jean Provencher #

    Voilà que l’hiver vous fait chanter, chère Vous !

    2 février 2012

Trackbacks & Pingbacks

  1. Pour une nouvelle histoire de Québec (2/3) | Les Quatre Saisons

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS