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Articles de la catégorie ‘Phrases faisant naître réflexion’

J’ai noté au fil du temps plusieurs passages çà et là sur la création, l’étonnement, le sens du merveilleux et de la découverte.

Vous trouverez cette photographie d’Albert Einstein prise en 1904-1905 sur la page de Wikipédia qui lui est consacrée. Et voici.

« Einstein, paradoxalement, invente peu. Il met le doigt sur le défaut — souvent une incompatibilité légère, mais certaine, entre deux développements théoriques. Il réarrange tranquillement les morceaux du puzzle, tout s’emboîte, merveilleusement, et la vérité déconcertante apparaît. »

Maurice Arvonny, , Ce qui a changé en 1905, Le Monde (Paris), 14 mars 1979.

J’ai noté au fil du temps plusieurs passages çà et là sur la création, l’étonnement, le sens du merveilleux et de la découverte.

Voici l’historien, anthropologue et journaliste Emmanuel Todd, né à Saint-Germain-en-Laye le 16 mai 1951. Vous pouvez le retrouver à une page Wikipédia à son nom.

Critiquant l’ouvrage de Lewis S. Feuer, Einstein et le conflit des générations, Emmanuel Todd écrit : « Feuer met l’accent sur un point capital lorsqu’il souligne les fondements infantiles de la curiosité scientifique. Einstein donnait lui-même une explication à sa découverte : « L’adulte normal ne se casse jamais la tête au sujet des problèmes d’espace et de temps. À son sens, tout ce qu’il faut penser à ce propos a déjà été élaboré dans sa petite enfance. Mais moi je me suis développé si lentement que je n’ai commencé à m’interroger sur l’espace et le temps que quand j’étais déjà adulte. En conséquence, j’ai creusé le problème plus à fond que ne l’aurait fait un enfant ordinaire. »

Le Monde (Paris), 17 novembre 1978.

J’ai noté au fil du temps plusieurs passages çà et là sur la création, l’étonnement, le sens du merveilleux et de la découverte.

Voici ce texte de Colin Martindale (1943-2008), professeur à l’université du Maine pendant 35 ans.

Les artistes créateurs soulignent tous la nature spontanée et incontrôlable de leur inspiration, le caractère imprévisible des idées nouvelles. Il y a plusieurs années, en analysant certaines études, j’ai découvert que les sujets créatifs se décrivaient en employant des adjectifs qualifiant un état de non-inhibition (tels que « enthousiastes », « péremptoires », « impulsifs » alors que les non-créatifs se décrivaient comme satisfaits, conventionnels, vertueux, rationnels… Arthur Koestler a remarqué que les grands savants sont extrêmement sceptiques, « au point de se montrer souvent iconoclastes dans leurs attitudes envers les idées traditionnelles, les axiomes, les dogmes », alors qu’ils font preuve « d’une ouverture d’esprit qui les prédispose à une naïve crédulité envers les nouveaux concepts ». On peut observer ce phénomène dans n’importe quel musée, classe, jardin public ou salle de concert. Confrontés à la nouveauté — qu’il s’agisse de dessin, de musique ou d’idée — les individus créatifs se sentent excités et concernés, alors que les non-créatifs se montrent méfiants ou même hostile. »

Colin Martindale, Intelligence et créativité, Psychologie, 70 (novembre 1975) : 42.

Jean Onimus (1909-2007), professeur français, écrivain, spécialiste de Charles Péguy, frappe fort. J’aime ses réflexions. Le voici dans son ouvrage L’écartèlement, paru en 1979. Un passage.

Les hommes n’ont jamais eu de raisons de vivre. Je veux dire de raisons objectivement indiscutables. Ils n’ont vécu que d’espoir, d’illusions, de croyances dont le fondement ne saurait être établi en vérité. Mais ce qui, jadis, pouvait contenter des consciences moins exigeantes n’est plus acceptable. L’écartèlement se situe à ce niveau où l’instinct apporte sa vérité, une vérité d’un autre ordre et qui n’a pas cours dans le monde des vérités établies : l’écartèlement est d’autant plus atroce que ces « vérités » de l’instinct sont éminemment suspectes et ont causé dans le monde (y cause encore) d’effroyables dégâts. Faut-il donc ouvrir la porte à ce troupeau sauvage, hirsute, répugnant, des mythes, des idéologies devenues folles, des instincts collectifs ? (…)

Je ne sais si je réussis à faire sentir ce qui, depuis plusieurs années me trouble et je me demande si je suis seul à éprouver un tel écartèlement. Car de cette crise personne ne parle, comme si on refoulait l’évidence. Nous continuons instinctivement à honorer des valeurs que la réflexion critique a depuis longtemps démonétisées. Nous vivons deux vies et nous ne paraissons pas sensibles à ce qui les sépare. L’animal et le théoricien font bon ménage ; vie et réflexion coexistent alors que tout les oppose.

Une telle cohabitation est-elle durable ? N’est-elle pas dangereuse et fragile, vouée à quelque effondrement quand le robot et le sauvage se sépareront en brisant cette coquille vide qu’on appelle encore l’humanisme ? Prenons garde !

Mais,

« A chaque fois que je respire

Mon souffle est un bélier contre Babel»

prophétise Pierre Emmanuel. La vie, oui, le souffle de la vie finira bien par l’emporter : il a emporté de si formidables obstacles ! Mais quelle vie ! Et dans quel climat de désastre ?

Jean Onimus. L’écartèlement. Supplice de notre temps. Éditions Desclee de Brouwer, 1979, page 98s.

J’aime bien Jean-Marie Gustave Le Clézio, né à 1940 à Nice, en France, romancier et essayiste. Ses essais sont bien intéressants. Je suis dans L’inconnu sur la terre. Dans mon quartier, à Québec, il y a des couples qui passent avec leur jeune enfant. Et je m’arrête pour sourire, pour parler au jeune enfant. Et, souvent, celui-ci sourit.

Voici ce qu’écrit Le Clézio à leur sujet :

Les enfants éclairent, ils sont la lumière. Les enfants sont semblables aux pauvres, aux nomades. et d’eux vient le même sentiment de force, de vérité, le même pouvoir, la beauté. Il nous donnent tout cela et cela nous traverse. Les enfants sont magiques, les seuls êtres absolument magiques.

Quelle est cette lumière qui paraît tranquillement, qui rayonne, cette lumière de leurs yeux, de leur visage, de leur corps ? Elle vient d’eux naturellement, elle brille sans faiblir. Quand on regarde leur visage et leur corps, c’est comme si l’air devenait plus pur, plus frais, plus transparent, comme s’il n’y avait jamais rien de sale, de dangereux, de mauvais. Les enfants regardent le monde moderne : les avions, les autos, les hauts immeubles qui ressemblent à des prisons, et à travers eux. On voit alors d’autres choses apparaître, des choses neuves et belles, inimaginables, qui libèrent ce qui était caché. On voit mieux et plus loin, grâce à leur regard l’espace est devenu encore plus grand.

Ils savent faire cela, les enfants sans parole, sans idée. Dans leur corps, sur leur visage, la vie est présente tout entière. C’est une vie peut-être indestructible, une vie comme au jour du commencement.

L’avenir, cela ne veut pas dire grand-chose. Pourtant, c’est quelque chose comme l’avenir qui éclaire les yeux des jeunes enfants. Couleur de ciel, couleur d’eau de source, couleur de jeune herbe. Leur chair est de la même couleur, qui n’a pas de nom, qui ne ressemble à rien de déjà vu, mais que l’on reconnaît. Couleur de la lumière quand le jour vient de se lever, quand se forme la rosée sur les feuilles et sur les toiles d’araignée.

Ils savent quelque chose de grand et de vrai, les enfants; quelque chose qu’on n’apprendra plus, comme si l’expérience nous éloignait de cette première illumination. Le regard qui vient d’eux vers nous transperce, nous rend léger. Aucune cuirasse ne peut empêcher ce regard d’arriver.

J. M. G. Le Clézio, L’inconnu sur la terre, Éditions Gallimard, 1978, 225s.

J’aime bien Arthur Koestler (1905-1983), romancier, journaliste et essayiste hongrois, naturalisé britannique. J’aime beaucoup L’étreinte du crapaud, Le démon de Socrate, Le cheval dans la locomotive et Les racines du hasard. Sa grande œuvre dans le monde des essais est Le cri d’Archimède. Ce livre de plus de 450 pages ouvre des lumières sur « Qu’est-ce que la création ».

Échappons un premier passage. Nous ne pourrons tout mettre. Donnons-lui la parole à la page 73.

En disant de la découverte qu’elle est un art affectivement « neutre», je n’entendais pas par neutralité l’absence d’émotions — qui équivaudrait à l’apathie — mais ce mélange sublimé et équilibré de motivations dans lequel l’égotisme est utilisé, mis au travail, et dans lequel, d’autre part, les spéculations hardies sur les mystères de la nature doivent se soumettre aux rigueurs de la vérification objective.

Nous verrons que la manifestation des émotions au moment de la découverte revêt deux aspects, qui reflètent cette polarité de motivations. Il y a l’explosion triomphale de la tension soudain inutile puisque le problème est résolu — et l’on saute du bain, on court dans la rue en criant : Eurêka! Il y a aussi la chaude lumière qui s’assombrira lentement, la longue purification des émotions transcendantales au moi : la calme et voluptueuse contemplation de la vérité découverte, plaisir étroitement apparenté à celui de l’artiste en présence de la beauté.

L’Eurêka! est l’explosion des énergies qui doivent nécessairement trouver une issue puisque le motif de leur mobilisation n’existe plus; la réaction purificatrice est le déploiement intérieur d’une sorte de « sens océanique », suivi de son lent reflux. Le premier vient de ce que la découverte a été faite par « Moi »; la seconde, de ce qu’une découverte a été faite, une fraction de l’infini révélée. Le premier tend à provoquer un état d’agitation physique apparente au rire; la seconde tend à la quiétude, à l’apaisement, parfois à de paisibles larmes.

Arthur Koestler, Le cri d’Archimède. L’art de la découverte et la découverte de l’Art, Paris, Calmann-Lévy, 1965, p. 73.

Connaissez-vous Vladimir Jankélévitch (1903-1985), un philosophe et musicologue français, fils de parents intellectuels russes Juifs qui ont fui les pogroms. Il est de la génération de mon professeur de philosophie au Séminaire de Trois-Rivières, Jean-Albert Bordeleau que j’ai beaucoup aimé pendant ses deux années de cours. Ensemble, ils auraient été de bien sympathiques larrons.

Si vous avez la chance de mettre la patte sur sa série de trois petits livres « Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien » publiés aux Éditions du Seuil, à Paris, laissez-vous tenter.

Dans le premier ouvrage, il nous lance une invitation à parler, à prendre la parole, à dire et redire sans cesse, un appel toujours renouvelé à la communication. D’un mot : tout est à dire et surtout ce qui a déjà été dit ! Nous craignons qu’à force de parler de l’amour et de la mort les métaphysiciens et les poètes lyriques ne nous aient rien laissé à dire ? Autant craindre que le devenir, depuis si longtemps qu’il devient, ne finisse par actualiser tous les possibles, autant craindre que toute potentialité en ce monde ne soit condamnée à la totale déperdition. Ces craintes absurdes sont d’ailleurs apparentées à l’espérance non moins absurde de n’avoir un jour plus rien à faire, autrement dit de convertir tout le devoir en chose faite par prélèvement progressif de la res facta sur le faciendum. Toute cette eschatologie inspire à l’homme tantôt la hâte de s’acquitter, tantôt la phobie de consommer et la panique de l’épuisement et du marasme final ; tantôt l’éthique de la besogne finie, tantôt la manie de l’épargne et de la thésaurisation.

Après tout ce qui a été dit, depuis que le monde est monde, sur l’amour et sur la mort, comment l’intuition trouve-t-elle encore quelque chose à dire ? C’est que les mystères de l’homme sont aussi l’affaire personnelle de chacun, le sujet d’étonnement le plus ancien et le plus neuf et, en quelque sorte, l’éternelle jeunesse d’une expérience philosophique.

Aussi le principe de conservation et son corollaire, la loi d’économie, n’ont-il rien à voir avec un domaine où la générosité infinie, la plus folle prodigalité, la miraculeuse renaissance de chaque instant annoncent déjà l’ordre des choses surnaturelles. Le minuscule, l’immense presque-rien ne doit pas être traité comme le charbon ou le pétrole., dont les réserves s’épuisent peu à peu sans que nulle providence les reconstitue au fur et à mesure, mais plutôt comme l’infatigable recommencement de chaque printemps, de chaque aurore, de chaque floraison ; aucune dégradation d’énergie n’est ici à craindre : le presque-rien est aussi métaphysiquement inépuisable que le renouveau est inlassable, et celui qui l’entrevoit dans l’émerveillement d’un éclair l’accueille comme le premier homme accueillerait le premier printemps du monde : avec un cœur de vingt ans et une innocence de huit heures du matin.

Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. 1 La Manière et l’Occasion. Paris, Éditions du Seuil, 1980, 59s.

Je reviens à Satprem, chers vous autres. Rappelez-vous. Je Vous le présentais. Un sage d’origine bretonne, Bernard Enginger, né à Paris en 1923 et décédé en Inde le 9 avril 2007. J’aime beaucoup cet homme qui a longtemps vécu en Inde. J’ai mis la main sur quelques-uns de ses livres à Montréal durant les années 1970, des livres-joie, je dirais. Voilà c’est ce que je vous disais. Prenons un extrait de son livre Par le corps de la terre, un livre très riche. Allons à la page 420.

Un jour, j’étais parti en quête d’une vie plus vraie, et j’avais couru l’aventure de l’or, comme j’aurais couru l’aventure des oiseaux-lyres ou du pôle Nord, n’importe, pourvu qu’on respire le large ; et j’avais trouvé des frontières, des polices, des forêts mises en carte, des découvreurs qui découvraient seulement leur misère noire.

J’avais trouvé que l’aventure était ailleurs, sous nul tropique, et que toutes les routes du dehors finissaient dedans ; j’étais devenu Sannyasin, comme je serais devenu derviche-tourneur ou corybante, n’importe, mendiant couvert de cendres et nu, pourvu qu’on respire large, pourvu que la vie soit libre et vraie ; et j’avais trouvé les grands chemins d’en haut où la lumière rayonne, j’avais entendu la musique qu’on n’oublie plus, le Rythme qui rythme tout, j’avais bu la grande bolée qui délivre — et puis j’avais perdu la terre. Et chaque route se refermait sur son contraire, chaque aventure finissait sur une anti-aventure, comme si chaque oui conduisait à un non.

Ou était-ce seulement la fin d’une courbe, le passage à un oui plus grand, une aventure plus vraie ? Et peut-être n’y avait-il jamais eu de non, nulle part, à aucun moment, rien à nier, rien qui nie : seulement un Oui toujours plus large qui montait en vrille comme les spires des turritelles ?

Connaissez-vous Albert Brie, l’écrivain et humoriste québécois né à Québec (1925-2015). Il a fait sa vie lui-même, autant à la radio, à la télé, et dans les journaux.

Le voici ici dans le quotidien montréalais Le Devoir en 1983.

Je viens de lire que, de tous les gens du monde, les Canadiens sont ceux qui parlent le plus volontiers du temps qu’il fait.

J’entends de méchantes langues conclure que ce fait nous classe, qu’il est le signe que nous manquons d’imagination, d’originalité; ou encore que, méfiants, nous évitons d’aborder de but en blanc les sujets litigieux ou trop personnels.

C’est trop vite dit. La raison qui, à mon sens, explique notre bavardage intarissable sur la pluie et le beau temps, est d’ordre sociologique.

Lee experts en climatologie vous diront que nous vivons sous l’un des ciels les plus changeants et les plus excessifs qui se puissent voir. C’est sans doute le prix que nous payons pour habiter un territoire à l’abri des grands cataclysmes.

À force de questionner la météorologie, j’ai observé la récurrence, depuis le début de l’hiver, de cette prévision : « Ciel variable ». « Souvent ciel varie, bien fol qui s’y fie ! » soit dit en passant, pour pasticher Hugo. (…)

Qui s’est déjà employé à calculer les heures d’un journée requises pour composer avec le temps qu’il fait au cours d’une année ? Il en arriverait à un chiffre effarant. Et quatre fois par an, c’est à recommencer. on n’a pas le temps de se conditionner, de s’harmoniser aux impératifs de nos cieux éphémères, incertains, inconsistants. C’est comme en amour : tout passe, tout lasse, tout casse.

Comment voulez-vous qu’ayant à lutter avec un climat aussi dérangé, asymétrique, convulsif, on ne fasse pas du temps le grand sujet de notre conversation. Le chaud, le froid, la neige, la pluie, le gel à pierre fendre, la chaleur d’étuve, la chaussée glissante, les pannes de courant, les factures de vêtement, du chauffage, les mesures de défense contre les offensives des intempéries cycliques, etc… autant de traces, de désagréments, de mauvaises surprises qui sollicitent notre énergie, usent nos résistances, hypothèquent nos loisirs, grèvent nos ressources d’argent.

Impossible de ne pas être obsédé par le temps qu’il fait, qu’il fera et qu’il pourrait faire. Il est heureux qu’il en soit ainsi. Toute cette dépense de salive belliqueuse contre notre climat impossible est un dérivatif. Sans lui, ce serait la guerre civile.

Le premier mot de la chatte au jeune chat à mon arrivée, cet avant-midi.