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Une toute petite plante de rien, mais incroyable

Les botanistes qui n’aiment guère les plantes venues de l’étranger qui se sont faites aux conditions de vie en Amérique, n’ont sans doute pas beaucoup de considération pour celle-ci.

Par ailleurs, quand ma grange s’est effondrée en février 2015, plutôt que franchement laisser la déprime me gagner, je me suis dit « Voyons voir la suite ». Et les jours passèrent et permirent au lieu de révéler des nouveautés.

Jamais n’ai-je aperçu à ce jour, chez moi, cette petite plante de rien, annuelle ou parfois bisannuelle. Que fait-elle donc là dans un milieu humide, elle qui pousse dans les terrains secs et arides, ou les éboulis ?

Après quelques heures de recherches, mon amie Christiane vient de trouver son nom ! Il s’agit de la Trifolium arvense, autrement appelée en Europe Trèfle Pied-de-Lièvre, Pied-de-Lièvre ou Patte-de-Lièvre. La page Wikipédia la dit commune, sauf dans les zones boréales, dans toute l’Europe, en plaine ou en moyenne montagne, appréciant « les terrains sablonneux et secs, lisière des champs, friches, bord des chemins, ou encore dunes ». En France, on la retrouve, par exemple, dans les Alpes, en Gironde, dans le Morbihan, et également en Corse. On dit qu’elle est épizoochore, c’est-à-dire que ses graines se dispersent par transport sur le plumage ou le pelage des animaux.

Dans sa Flore laurentienne (1964), Marie-Victorin, qui l’appelle Trèfle des champs (Stone Clover), n’est guère bavard. Il la dit abondante dans les districts sablonneux des Trois-Rivières, de la Baie-Saint-Paul, etc., qu’elle est sans importance économique et qu’il faut la classer parmi les mauvaises herbes.

En 1749, le Finlandais Pehr Kalm (Voyage de Pehr Kalm au Canada en 1749, Traduction annotée du journal de route par Jacques Rousseau et Guy Béthune avec le concours de Pierre Morisset, Montréal, Éditions Pierre Tisseyre, 1977, p. 212s.), se promenant aux alentours, dit-il, de la ville de Trois-Rivières « pour voir si je puis y découvrir quelques plantes particulières ou quelque autre chose de valeur », aperçoit la Trifolium arvense « en abondance sur les pentes ». Elle est donc rentrée sous le Régime français.

Dans son riche document — Histoire, habitat et distribution de 220 plantes introduites au Québec — le biologiste-agronome Camille Rousseau nous permet vraiment de faire du chemin au sujet de l’histoire de cette plante de ce côté-ci du monde. Voici la présentation qu’il en fait :

97. Trifolium arvense L. — Pursh (1814) signale la présence de cette plante depuis le Canada jusqu’à la Virginie. Hooker (1831) mentionne des récoltes de Mrs. Percival et Mrs. Sheppard (dans les environs de Québec). Macoun (1882), citant Thomas (circa 1860), la dit commune à Rivière-du-Loup. Elle se rencontre principalement dans les sols sablonneux et secs de même que le long des routes où elle forme des plates-bandes serrées. On la trouve parfois le long des voies ferrées. Dans notre province, elle se présente sous la forme de colonies isolées çà et là depuis le 45e de latitude nord jusque dans les comtés de Charlevoix et Kamouraska.

Mais comment la graine de cette petite plante, jolie, fut-elle apportée ici, dans ce milieu humide ? Est-ce par un des Dindons sauvages qui fréquentent les lieux, davantage en hiver, depuis l’effondrement de ma grange ?

Merci, chère Christiane, pour l’identification précieuse de la plante. Et merci, cher Camille, pour le chemin que tu nous fais faire au sujet de son histoire en Amérique.

Tout le document de Camille Rousseau est paru dans la revue Naturaliste canadien, no 95 (1968), p. 49-169.

Un commentaire Publier un commentaire
  1. Esther #

    Belle découverte ! Me semble en avoir vu en bordure de la route 116… à moins que ça soit ailleurs ? Mémoire, oh mémoire. Au moins, je saurai la nommer une prochaine fois. Merci !

    16 août 2017

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