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Cap sur Trois-Rivières

Nous partons pour l’exposition de Trois-Rivières. Vous le savez, au début du 20e siècle, la fin de l’été est consacrée aux expositions, la plupart essentiellement agricoles. Mais certaines d’entre elles se distinguent. À Sherbrooke ou à Saint-Jean-sur-Richelieu, par exemple, on assiste à la naissance des expositions «modernes».

Et la ville de Trois-Rivières, ne voulant pas être en reste, met le paquet en 1903. Allez gagnons les terrains de l’exposition, «sur le coteau». Accompagnons le correspondant du journal Le Canada, le 29 août.

 

En dehors de l’exposition — L’agitation en ville

Nous étions bien quatre ou cinq ainsi, qui désiraient aller faire un tour à l’exposition et, comme la course est un peu longue du bas de la ville aux terrains, d’un commun accord nous décidâmes de prendre une voiture.

— Allo, cocher, pouvez-vous nous conduire ?

— Impossible, mes bons amis, j’sus déjà engagé, et j’attends mes pratiques.

Et toutes les voitures qui passent sont occupées. Après maints essais, tous infructueux, pour essayer de nous faire mener, nous revenons à notre premier homme.

— Elles viennent pas vite, dites donc, vos pratiques, vous auriez le temps de nous monter et de redescendre les chercher. Voulez-vous revenir nous prendre ?

— Impossible encore, j’ai un autre engagement après celui-là.

— Et après ? nous pouvons attendre, vous savez, nous.

— Après, et bien après j’irai faire reposer mon cheval.

Et le charretier s’esclaffe d’un bon gros rire en voyant nos mines.

Bon gré, malgré, nous dûmes nous rendre à pied, ne sachant trop si nous devions nous réjouir ou nous fâcher du succès de l’exposition, mais maudissant fort la pénurie de charretiers, ce qu’ils en ont dû encaisser de dollars !

— Et les hôteliers ?

— Oh les hôteliers, ce furent eux les véritables maîtres de la situation, les rois de l’exposition.

Ainsi, à l’hôtel X (on comprendra que nous ne pouvons pas le nommer sans lui faire une importante réclame), un client se présente, il s’adresse au bureau.

— Je désirerais une chambre.

— Nous n’en avons plus, Monsieur.

— Je me contenterais d‘une petite, c’est seulement pour la nuit, et…

— Nous n’avons plus ni petites, ni grandes, Monsieur.

— Cependant je voudrais me reposer, ne pourrait-on m’installer un lit, dans un couloir, sur un pallier ?

— Tout est comble, pris-archipris, Monsieur.

— Mais enfin voyons, je ne puis cependant pas coucher dans la rue, vous n’avez pas un canapé, où je pourrais m’étendre ?

— Un canapé, nous allons voir, Monsieur.

Une minute plus tard :

— Canapés tous retenus, il y a encore un fauteuil.

Et le voyageur s’inscrit, trop heureux du fauteuil qu’il n’a même pas pu trouver dans les autres hôtels.

La foire à l’exposition

Entrez, mesdames et messieurs, entrez, venez voir. Le phénomène est vivant, extraordinaire. Entrez, si vous voulez voir, rire, vous amuser et vous instruire. C’est un spectacle de première classe que nous vous offrons. Les prix sont à la portée de toutes les bourses.

C’est 10 cents, 10 cents seulement et en avant la musique.

Un bruit assourdissant de grosses caisses, de tambours, de cymbales, emplit ce côté de l’exposition où je me suis réfugié pour échapper aux rigueurs d’entendre les discours officiels.

Ici, c’est la foire, l’éternelle foire qui ne sait varier et qui reste la même sur tous les continents.

C’est toujours des danseuses aux jupes trop amples pour leurs corps trop frêles, des pitres qui se distribuent généreusement des taloches, des jocrisses qui débitent des boniments sans fin, des musiques nègres, des diseuses de bonne aventure, des exhibitions de phénomènes, etc., etc.

Et les badauds sont insatiables; ils restent les yeux écarquillés sur la parade, le boniment les retient et souvent les décide à entrer quand ce ne sont point les danseuses qui les tentent.

Partout, le public s’amuse, sa joie est naïve, bon enfant, tout exubérante, et s’il s’en trouve un qui veut paraître plus fin, laisse échapper une plaisanterie plus ou moins spirituelle, ceux qui l’entourent l’acceptent gaiement et c’est un chorus de rires, d’exclamations étouffées ou bruyantes.

Et demain, quand ceux-là seront rentrés chez eux, ils conteront à ceux qui restèrent, avec force détails et peut-être un peu d’amplification, tous les incidents et tous les plaisirs de leur visite à l’exposition.

Dans l’exposition

Partout du monde; depuis deux jours seulement, les tourniquets compteurs ont accusé plus de 25,000 visiteurs.

Il faut dire aussi, tout à la louange des organisateurs, que l’exposition, cette année, fut de beaucoup supérieure aux précédentes. De grands avantages offerts aux exposants avaient attiré ces derniers et plusieurs d’entre eux ont mérité, par leur installation, les compliments du public.

 

L’illustration ci-haut montre une partie du Parc de l’exposition à Trois-Rivières après 1940.

4 commentaires Publier un commentaire
  1. Normand Lacombe #

    Ah… l’Expo… notre expo à nous autres, ses manèges (les plus beaux jusqu’à ce qu’on découvre la Ronde!), ses pommes au “caramel rouge”, les barbes-à-papa et ses spectacles de cirque au stade de baseball. Mais la piscine était malheureusement fermée à la baignade durant l’expo car on y tenait des démonstrations de … ski nautique ! Oui, du ski nautique, dans une piscine, avec un bateau équipé d’un moteur de 600 forces. (Je crois qu’un accident dans les années 70 a mis fin à cette activité.)
    J’ai travaillé à la piscine au guichet et au vestiraire et me suis retrouvé “veilleur de soir” pendant l’expo. Certains sautaient la clôture pour se payer un bain de minuit… j’allumais alors les projecteurs, geste qui inévitablement, résultait en un tonitruant «Tab…nak, farme ça!»
    PS : la piscine est toujours en opération, mais la ville n’en fait pas la promotion pour les touristes. Pour moi, elle demeure l’une des particularités de la ville… La largeur de la piscine équivaut à une longueur de dimension olympique…
    La légende voulait qu’elle ait été creusée par des soldats allemands détenus dans les baraques du Parc de l’expo durant la deuxième guerre mais un livre du trifluvien Yves Bernard, (Trop loin de Berlin) qui raconte les camps de détention de guerre au Québec, nous apprend qu’il y avait un problème avec les pompes et que des soldats allemands, qui étaient ingénieurs, se sont proposés pour corriger le problème à condition de pouvoir utiliser la piscine.
    Merci Jean de ce rappel de la petite histoire de notre Trifluvie natale!

    31 août 2012
  2. Jean Provencher #

    Je t’en prie, cher Normand. Tu parles de la piscine. C’est précisément là que j’ai appris à nager. Dans la portion plus claire, au nord-est, là où c’était très peu profond.

    31 août 2012
  3. Normand Lacombe #

    C’est vrai, que nous avons à peu près tous appris à nager dans ce lac de béton qui était jusqu’au début des années 60 divisé par une clôture ; les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Même que tous les parcs de la ville avaient deux piscines. Diantre! Ce que l’Église nous faisait faire de dépenses publiques!

    Quant à l’Expo, c’était non seulement le lieu de rencontre des ruraux et des urbains mais on y trouvait aussi un “Salon” extérieur de la maison mobile et de la roulotte. Et tous les vendeurs de “cossins” étaient réunis dans la “Bâtisse industrielle.” Comme jadis à Expo-Québec, les principaux vendeurs de meubles, (Ameublements trifluviens et Clément Boisvert meubles) y occupaient de larges espaces… Cette partie “foire commerciale” de nos expositions régionales est pratiquement disparue au profit des différents salons qui écument la saison morte et qui sont devenus une industrie en soi. Faut croire que trop de monde venait user les fauteuils et pas assez en achetait.

    Comme le souligne l’article, même si certains peinaient à se loger, ces vendeurs itinérants offraient tous un “bon show” y trouvaient un public en or et faisaient des affaires du même métal.

    Et surtout, ne jamais oublier qu’une des attraction majeure de cette expo, c’ était le célèbre bingo du légendaire J.E » Prud’homme.

    1 septembre 2012
  4. Jean Provencher #

    Diable, Normand, tu as vraiment conservé tous tes souvenirs de ta tendre enfance. Moi, je ne me souviens même pas de ce bingo de Prud’homme. C’est vrai que ni alors, ni maintenant, contrairement à ma mère, je n’ai jamais été amoureux du bingo. Ma mère, dans son CHSLD, à 93 ans, bientôt 94, gagne encore ses parties de bingo. D’après moi, au départ, elle a pactisé avec le diable.

    1 septembre 2012

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