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La Chandeleur (2 février)

Une tradition qui s’est perdue, me semble bien, est celle de la Chandeleur et de tout ce qui l’entoure.

La Chandeleur, comme la Toussaint, compte parmi les fêtes chrétiennes venues directement du monde païen. Pour souligner le retour de la lumière, les Celtes allaient par les chemins en brandissant des torches enflammées. Les Romains, eux, faisaient une course aux flambeaux en hommage à Cérès, la déesse des Moissons.

À la direction de l’Église catholique de 492 à 496, le pape Gélase 1er, un adepte du culte marial, imagine placer le 2 février la commémoration de la Purification de la Vierge. En vertu de la loi de Moïse, toute femme ayant enfanté était tenue pour impure et devait par la suite se présenter au temple pour se laver du péché. Dorénavant, le 2 février, les chrétiens fêteront la Chandeleur. Et les courses aux flambeaux dans les rues sont remplacées par les processions aux chandelles à l’intérieur des églises.

Voici ce que j’écris dans mon ouvrage Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent.

Dans la vallée du Saint-Laurent, les paroissiens se rendent d’abord à l’église pour la bénédiction des cierges. Chacun apporte les siens. «Monsieur le curé allait vite, raconte un témoin [Jean Garnier].  Nous avions peine à suivre… Nous pouvions comprendre que l’on bénissait les cierges pour l’usage des hommes, contre les maladies du corps et des âmes, contre les dangers de la terre et des eaux. Cela se faisait au nom de la sainte Vierge Marie, au nom de la splendeur de l’Esprit-Saint. On y parlait aussi du vieillard Siméon, que nous étions tentés d’identifier avec le deuxième chantre du jubé, de Moïse, de ténèbres éclairés par la divine Lumière venue en ce monde pour l’enseignement des nations.» Les cierges bénis, puis allumés, on défile dans l’église de chaque côté de la nef au chant de l’antienne Lumen ad revelationem gentium. Le curé, flanqué des enfants de chœur, ouvre la marche. Suivent les hommes et les femmes. Et après la procession, la messe.

Les cierges de la Chandeleur sont apportés à la maison et gardés précieusement. Durant l’année, ils fournissent protection, comme les rameaux, l’eau bénite et le crucifix. Quelqu’un tombe-t-il malade, faut-il veiller un mort qu’on allume un cierge de la Chandeleur. Quand survient l’orage, que le tonnerre gronde, on fait de même. Le cierge de la Chandeleur préserve du malheur.

Ce jour-là, on mange des crêpes, une vieille tradition venue de France, signalée déjà à la fin du 14e siècle.

Au début du 20e siècle, on ne fête déjà plus la Chandeleur le 2 février. On reporte la fête au dimanche suivant. Voyez ce qu’en dit le journal montréalais La Presse, le 1er février 1900 : Dimanche prochain, dans toutes les églises catholiques de l’univers, on célébrera la solennité de la Purification de la Sainte-Vierge. On fera aussi la bénédiction solennelle des cierges. Cette fête de la Chandeleur est une des plus anciennes des solennités célébrées par la Foi Catholique. Elle fut instituée par le pape Gélase 1er, en mémoire de la présentation de Jésus Christ au Temple et de la Purification de la Sainte-Vierge. Son nom lui vient des cierges que le clergé et les fidèles portent à la procession de ce jour… La Chandeleur était autrefois une fête d’obligation, mais, depuis un certain temps, la cérémonie a été remise au dimanche ultérieur. Et il ne faut pas oublier que : “À la Chandeleur, la neige est à sa hauteur“.

À la paroisse Jacques-Cartier, à Québec, on fête aussi la Chandeleur le dimanche suivant le 2 février. Le Soleil du 1er février 1909 écrit : La fête de la purification de la Ste-Vierge sera célébrée avec pompe dimanche prochain [le 7 février] à l’église paroissiale. À cette occasion, on bénira les cierges et chandelles, puis on fera la procession dans l’église.

La citation de Jean Garnier est extraite de son article Chandeleur dans Le Canada français, volume 15 (1927-1928), p. 424s. Merci à mon ami Jean Perron pour la photographie des deux cierges. Tout en haut, sur la boîte, on peut lire : L’article rêvé pour perpétuer cette tradition d’allumer un cierge bénit aux heures d’épreuves et de danger. Dispose-t-on, encore aujourd’hui, de pareils paratonnerres ?

Merci à mon ami Jean Perron pour la photographie.

17 commentaires Publier un commentaire
  1. Jean-Marcel Tremblay #

    J aime, j ai 72 ans et me souvient tres bien des cierges que ma mere avait toujours pres d elle dans sa chambre…xx.

    2 février 2012
  2. Jean Provencher #

    Tout à fait, cher Monsieur Tremblay. Chez moi, les deux cierges étaient conservés précieusement dans le tiroir du bureau dans la chambre de mes parents. Bien sûr, il était défendu de leur toucher sans la permission d’un de mes parents.

    2 février 2012
  3. A la chandeleur nous mangeons toujours des crêpes!
    Et lorsque j’ai du vider la maison de mes parents j’y ai trouvé des cierges benis de la chandeleur!
    Je les ai gardé en souvenir, si la tradition s’est perdue les cierges eux resteront!

    2 février 2012
  4. Jean Provencher #

    Merci d’être là, chère Vous, à témoigner. Et expliquez à d’autres d’où ça vient, de quoi il en retourne. Aujourd’hui, à l’épicerie Moisan, la dame d’origine française, qui me servait aux fromages, connaissant la Chandeleur et les crêpes, était gênée, la pauvre, d’avoir oublié que nous étions à la Chandeleur. Et j’ai expliqué à sa copine yougoslave ce qu’était la Chandeleur. Mais, d’abord, lorsque je lui ai posé la question, elle m’a répondu “Le 2 février, mais c’est l’anniversaire de mon mari ! » J’aimais.

    Je l’ai annoncé aussi à mon bouquiniste Bernard qui, Québécois fort jeune, n’en savait rien. Je lui ai répondu: «Ah, on sait bien, tu es en état de péché mortel de ne pas avoir fréquenté les églises.» Nous nous marrions.

    2 février 2012
  5. Nicole D. #

    Grâce à vous je suis revenue dans l’temps… ce soir, souper aux crêpes à la lueur de la bougie. Ça réconforte le corps et l’esprit. Merci de nous remémorer de bons souvenirs. Et je parie qu’il y en aura d’autres !

    2 février 2012
  6. Jean Provencher #

    Dieu que vous me faites plaisir, chère Nicole !

    2 février 2012
  7. josee jacinthe #

    Religieuses ou simplement traditionnelles, ces vieilles fêtes plutôt oubliées sont parfois si créatives qu on aurait envie de se les réapproprier.

    Merci de nous les rappeller !

    2 février 2012
  8. Jean Provencher #

    Une manière d’en garder traces, chère Madame Josée, serait peut-être justement d’imaginer, le soir de la Chandeleur, un souper aux crêpes à la lueur de bougies, comme l’évoque ici Nicole D. dans les commentaires.

    3 février 2012
  9. Nous sommes le 2 février 2014.

    J’ai mangé des crêpes et j’ai relu votre article de 2012, si intéressant. Merci

    Christiane

    2 février 2014
  10. Jean Provencher #

    Merci, chère Christiane. Bravo d’avoir pensé célébrer la Chandeleur de cette manière. Qui donc fête encore la Chandeleur ?

    2 février 2014
  11. gwen #

    Il y a quelques années, lors d’un voyage dans le Bas du Fleuve, j’ai visité la très belle église de l’Islet. La dame qui nous a fait visiter se rappelait bien la fête de la Chandeleur: Outre les liturgies pour bénir les cierges, elle se souvenait qu’il y avait à cette occasion une levée de fond assez particulière pour la fabrique. Les paroissiennes préparaient des tartes, des galettes et des gâteaux, qui étaient présentés avec beaucoup de cérémonie lors d’une assemblée dans la salle paroissiale. On les mettait alors en vente à la criée, et les jeunes hommes se faisaient une fierté d’être les plus offrants lorsqu’il s’agissait des créations des jeunes dames qu’ils admiraient! Est-ce que d’autres se souviennent de cette coutume?
    Gwen

    1 février 2015
  12. Jean Provencher #

    Appel à tous, appel à toutes! Personnellement, je ne connaissais pas cette coutume bien agréable. Vous qui tombez sur ce message de Madame Gwen, cette coutume vous dit quelque chose ? Merci de nous informer.

    Merci à Vous, chère Gwen.

    1 février 2015
  13. Blanche Gagnon #

    Mon père me rappelle chaque année de manger des crêpes à la Chandeleur pour s’assurer d’avoir assez d’argent pour toute l’année. Je me questionnais sur l’origine, alors merci! Et je vais perpétuer cette vieille tradition, et mes enfants également, j’espère.

    3 février 2016
  14. Jean Provencher #

    Ô merci beaucoup, chère Madame Gagnon !

    3 février 2016

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