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Première victime de l’auto en ville

Le chirurgien-dentiste Henri-Edmond Casgrain est le premier à posséder une automobile à Québec. En mai 1897, il reçoit cette auto de France, fabriquée par la maison Léon Bollée, la première voiture du genre au Canada, au dire de La Semaine commerciale, un hebdo de Québec, qui ajoute : Elle excite à un haut degré la curiosité publique. Cette voiture, mue par un moteur à gazoline, possède trois vitesses : 5 milles, 9 milles et 18 milles à l’heure. Quand Casgrain met à l’essai cette dernière vitesse sur le chemin Sainte-Foy, en banlieue de Québec, son passager, le journaliste Ulric Barthe, constate que l’effet est vertigineux. L’historien Jean-Marie Lebel évoque ces faits dans la biographie de Casgrain à l’adresse : http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?id_nbr=7277.

Et voici qu’en 1908, une première personne meurt dans les rues de Québec, frappée par une auto. Le journal Le Soleil, du lundi 5 octobre 1908, nous raconte l’événement.

Le premier accident fatal causé par une automobile en cette ville a eu lieu hier après-midi. La victime est une jeune fille du nom de Eva Gagnon, âgée de 17 ans, fille de M. Jules Gagnon, domiciliée au No 80, rue Richardson [aujourd’hui rue de La Salle, dans le faubourg Saint-Roch].

La jeune fille, après avoir assisté à un office religieux à l’église St-Roch, se dirigea vers l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur où elle devait prier pour le repos de l’âme de sa tante qui y est morte samedi dernier [soit la veille du décès de l’adolescente].

La jeune fille suivit les rues St-Joseph et St-Vallier. En arrivant à la rue St-Bernard [dans le quartier Saint-Sauveur], elle ne remarqua pas une automobile qui arrivait à toute vitesse. L’auto était conduite par le fils de M. Cyr. Robitaille.

Mlle Gagnon allait traverser la rue quand elle aperçut l’auto qui s’en venait sur elle à une allure de six milles à l’heure. Elle s’arrêta pour laisser passer le véhicule. M. Robitaille et ses amis firent machine arrière, mais il était trop tard, la jeune fille roula sous les roues et fut écrasée.

La machine fut arrêtée et la jeune fille privée de sentiment fut transportée chez le Dr Eph. Bédard, où malgré les meilleurs soins elle expira quelques instants après.

On dit que personne ne peut être blâmé, car le chauffeur a fait tout son possible pour éviter l’accident.

Sur la photographie, nous voyons l’hôpital où se rendait prier Eva Gagnon.

5 commentaires Publier un commentaire
  1. josee jacinthe #

    au dela de la fascination exercée par la machine , c est la notion de fatalité qui me semble transparaître dans ce texte centenaire; pas d indignation, plutôt un constat tranquille, même si l incident se déroule à a ville.

    19 octobre 2011
  2. Jean Provencher #

    Tout à fait, chère vous. Et la jeune fille qui meurt le lendemain du décès de sa tante, alors qu’elle se rendait prier pour elle à l’hôpital du Sacré-Cœur. Fatalité, constat tranquille, dites-vous ? Absolument.

    19 octobre 2011
  3. Normand Lacombe #

    “…la jeune fille privée de sentiment…”
    Merci de nous plonger dans cette lecture centenaire… J’y trouve chaque fois, des figures de style aujourd’hui oubliées.

    20 octobre 2011
  4. Jean Provencher #

    Moi-même, j’aime beaucoup ces expressions, ces manières de décrire un événement maintenant complètement disparues. Parfois s’y cache une sagesse, parfois, une naïveté. Ou tout simplement une grande beauté de la langue. Sans doute qu’à l’époque, devenues banales à tant être répétées [en vertu du principe que l’habitude banalise tout], on ne s’y arrêtait plus. Mais aujourd’hui, avec le long recul venu de leur disparition, voilà soudain qu’elles s’éclairent, comme une lampe éteinte depuis des dizaines d’années que nous allumerions. Et l’on est un peu béat.

    21 octobre 2011

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