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Le somptueux Cardinal à poitrine rose

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Voilà un oiseau plutôt rare chez moi. En 40 ans, je ne l’ai aperçu qu’à 46 reprises. Avant l’apparition du couple hier, j’avais vu le mâle le 24 mai 2009.

Voici des images respectables du mâle, mais la femelle ô la la. Elle est si farouche que, se nourrissant sous le larmier de la galerie avant, elle disparaît dès qu’elle entend fermer la porte arrière, ce qui signifie pour elle l’apparition prochaine de l’ogre. Aussi je fus contraint de l’attraper à travers la vitre. Cela dit, pour en avoir une idée plus claire, voyez ici même le petit, tout le portrait de sa mère.

Ne soyez pas surpris, on a si longtemps nommé cet oiseau Gros-bec à poitrine rose !

* * *

Tour d’horizon de ce qu’on a dit de ce bel oiseau, beaucoup aimé.

L’appelant Gros bec à gorge rose, voici ce qu’écrit James M. LeMoine dans Ornithologie du Canada, tome 2 (1861) : « Ce Gros bec est beaucoup plus rare que le précédent [le Gros-bec errant], en cette section de la province [LeMoine habite Québec]. Sa livrée est d’une grande magnificence. […] Il possède une voix forte en mélodieuse à un haut degré. Ses habitudes sont à peu près les mêmes que celle du Gros bec des pins. Il aime davantage les buissons solitaires. […] On peut dire que le Gros bec à gorge rose et le Roi des oiseaux (le tangara Vermillon) sont les deux oiseaux du Canada dont le plumage est le plus éclatant, le plus riche. »

Dans Les oiseaux du Canada (1883), Charles-Eusèbe Dionne y va de ce propos : « Voilà un oiseau qui figure fort bien dans une volière; le beau rouge carmin qui recouvre sa poitrine contraste agréablement avec le noir et le blanc dont il est revêtu. Il possède en outre un joli ramage qui le place au premier rang parmi les oiseaux chanteurs. Il n’est pas commun et se tient dans les grands bois. La femelle niche dans les buissons […] ».

Dans Les oiseaux de la province de Québec (1906), Dionne ajoute : « Le Gros-Bec à poitrine rose habite l’est des États-Unis, à l’ouest jusqu’aux prairies; il niche depuis le centre des États-Unis et l’Ohio, au nord, jusqu’au Manitoba et à la Nouvelle-Écosse. En hiver, il se voit au sud, jusqu’à Cuba, l’Amérique centrale et le nord de l’Amérique méridionale. […] Cet oiseau fréquente la lisière des forêts, le bord des ruisseaux, des rivières et des lacs entourés d’arbrisseaux. Il se fait remarquer par la beauté et l’ampleur de son chant. Il se nourrit de graines, de baies, d’insectes et de vers. »

Dans Les oiseaux de l’Est du Canada (1920), P. A. Taverner revient sur la beauté de sa vêture et de son chant : « Le gros-bec à poitrine rose est un des plus beaux et des meilleurs chanteurs. Il préfère les fourrés très touffus, séparés par des espaces dégagés et de grands arbres. Il fréquente les fourrés le long des rivières, les lisières de bois qui confinent à des terres défrichées, des palissades recouvertes de végétation et quelquefois des vergers. »

Et voilà Taverner qui réfléchit sur la grande utilité de cet oiseau : « Valeur économique. Si le nombre des gros-becs à poitrine rose pouvait se multiplier beaucoup dans les fermes, le fléau des doryphores des pommes de terre ne tarderait pas à disparaître. Cet oiseau est un des rares spécimens de son espèce qui mange les vers blancs et qui les prend soit quand ils sont adultes, soit à l’état de larves. Un dixième du contenu des estomacs examinés se composait de ces vers blancs de pommes de terre, et la dite espèce est tout aussi active contre d’autres insectes non moins pernicieux. Il pourrait être difficile d’augmenter le nombre des gros-becs à poitrine rose, mais il pourrait l’être moins de conserver ceux que nous avons, de les protéger contre une destruction qui peut s’éviter, et de voir à ce que de bons coins à nid soient ménagés dans ces endroits de la ferme ou du bois dont on ne tire aucun parti. Quand on se met en train d’exécuter des projets de bonnes cultures et d’élimination de places perdues, il faudrait avoir soin de laisser subsister de petites plantations d’arbrisseaux où pourraient s’aller réfugier ces oiseaux qui, privés de ces lieux de refuge, seraient condamnés à disparaître. La conservation de ces oiseaux ferait plus que compenser les pertes minimes qu’ils pourraient occasionner. »

Claude Mélançon, dans Charmants Voisins (1940), manque de mots pour célébrer cet oiseau. Extraits. « C’est en mai, quand il nous revient de l’Amérique centrale, du Mexique ou du sud des États-Unis, que le mâle Gros-bec nous régale de ses notes chaudes et pleines de sentiments. Il chante alors son droit de possession sur le territoire qu’il a délimité pour la femelle qu’il attend, mais à nos oreilles profanes il exprime surtout la vie gonflée de sève et le soleil vainqueur. Sa compagne arrivée, il mêle son chant à ses caresses, l’en régale quand elle est sur le nid. Lorsqu’il remplace la couveuse, il chante encore pour lui-même (fait rare chez les oiseaux) et adresses ses roulades aux étoiles. Quelquefois, il entonne sa chanson vers midi, à l’heure où la plupart des oiseaux se taisent […] Fait curieux le mâle est un peu ventriloque : lorsqu’un oiseau de proie apparaît dans son ciel, au lieu de se taire il baisse la voix et semble la faire venir d’un endroit fort éloigné de celui où il se trouve. La sérénité de son caractère suffisait déjà à rendre le Gros-bec sympathique, mais il a d’autres qualités : c’est un excellent époux, un bon père de famille et un grand ami des cultivateurs. Certes, il mange quelques pois, quelques insectes utiles, mais en retour il détruit quantité de mouches qui s’attaquent aux pieds de concombre, mange des boisseaux de bibites à patate (Doryphora decemilineta), et donne leurs larves à ses petits. […]»

Dans Les oiseaux nicheurs du Québec, Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional (1994), sous la direction de Jean Gauthier et Yves Aubry, Richard Pelletier et Diane Dauphin sont les auteurs du texte de quatre pages sur le Cardinal à poitrine rose (Pheucticus ludovicianus, Rose-breasted Grosbeak). Que retenir ? « Curieusement, tout comme lui, elle [la femelle] chante au cours de la saison de reproduction, mais son chant est plus court et plus doux […]. Les oisillons ont un développement tardif et sont nourris par les deux parents. Leur alimentation se compose surtout d’insectes, par exemple de chenilles, comme la Livrée d’Amérique et la Livrée des forêts [des chenilles à tente], et de coléoptères, notamment de taupins, de buprestes et de chrysomèles. […] Le Cardinal à poitrine rose niche depuis le nord-est de la Colombie-Britannique jusqu’à Terre-Neuve, ainsi que dans le centre et le nord-est des États-Unis, y compris dans les Appalaches. Au Québec, il niche principalement dans les secteurs de la forêt feuillue et de la forêt mixte. […] Au Québec, l’aire de répartition du Cardinal à poitrine rose est plus étendue qu’elle ne l’était auparavant. […] Le développement agricole et urbain a […] transformé le paysage naturel, entraînant une déforestation importante dans certaines régions. Contrairement à d’autres espèces forestières, le Cardinal à poitrine rose a su profiter de cette transformation et exploiter les nouvelles ouvertures qui ont alors été créées. […] »

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11 commentaires Publier un commentaire
  1. MC Lapierre #

    Quel magnifique spécimen dont j’ignorais même l’existence ! Et que dire de vos photos sinon qu’elles sont superbes. Merci pour le régal !

    18 mai 2016
  2. Jean Provencher #

    Merci, chère Vous, merci beaucoup ! Il est vraiment très beau. C’est un choc en le voyant. J’espère que Vous et vos élèves vous portez fort bien.

    18 mai 2016
  3. Ode #

    Je ne sais pas où réside MC Lapierre, mais moi, j’ai surtout le plaisir de l’observer à la maison de campagne de mes amis de St-Fidèle dans Charlevoix à ce temps-ci de l’année et même plus tard en été !

    18 mai 2016
  4. Esther #

    Un couple est venu chez moi à deux reprises ces derniers jours… DES années que je n’avais pu les observer ! Ils sont vraiment magnifiques… J’ai remarqué qu’ils viennent tôt le matin dans les mangeoires, autour de 7h.

    19 mai 2016
  5. Francine Lessard #

    Bonjour!

    C’est drôle que vous en parliez car depuis au moins une semaine j’en observe plusieurs à tous les jours. Je n’en avais jamais vus en 4 ans depuis que nous sommes à St-Malachie.
    C’est vrai que c’est un choc! Ils sont si beaux et pas si farouches, j’ai pu les voir d’assez près. J’ai aussi observé beaucoup de bruants à couronne blanche.

    Bonne journée!

    19 mai 2016
  6. Jean Provencher #

    Mes Bruants à couronne blanche ne sont pas encore là.

    19 mai 2016
  7. MC Lapierre #

    Nous allons à merveille cette semaine et malgré la fin d’année scolaire qui s’annonce, notre énergie est à son meilleure. Il est certain que de contempler de si belles créatures est un bon remontant ! Je ne crois pas pouvoir en apercevoir à Montréal Madame Ode, mais je ne suis pas une experte.

    19 mai 2016
  8. Ghislaine Doré #

    Hier, à l’heure du souper, nous avons eu une surprise fort agréablede… un cardinal à poitrine rose est venu tout bonnement se désaltérer dans notre bain d’oiseaux de notre jardin de fleurs à Terrebonne.
    Il faut dire que l’aménagement du terrain avec ses arbres fruitiers sauvages, ses conifères et ses fleurs vivaces a été voulu et conçu pour attirer plusieurs espèces d’oiseaux. Un bain d’oiseaux et une fontaine où l’eau s’écoule en permanence deviennent des points d’intérêt et de rassemblement, chacune des espèces attendant son tour pour boire ou prendre un bon bain… Un spectacle dont on ne se lasse jamais.
    Tout au long de l’année, la cour est fréquentée par différents volatiles (cardinal, carouges à épaulettes, chardonnerets, ménates, étourneaux, merles, jaseurs d’amérique,colibris, hirondelles, joncos et j’en passe) ceux-ci trouvent chez nous leur nourriture. Nous ne les nourrissons pas de façon artificielle puisque toutes les plantes du jardin sont des vivaces qui se reproduisent d’année en année et nous ne faisons pas le ménage des ilôts de fleurs avant l’hiver, laissant ainsi les graines sur les plants et permettant à nos petits oiseaux de se nourrir pendant la saison froide.
    Hier, donc, nous étions là au bon moment…la magie ne se reproduira peut-être plus…c’etait un première en 10 ans!
    Ghislaine Doré, Terrebonne
    8 juillet 2016

    9 juillet 2016
  9. Jean Provencher #

    Merci infiniment de ce témoignage précieux, chère Madame Ghislaine. Il faut nous rendre tous et toutes à l’évidence, vous avez eu toutes les bonnes raisons du monde d’aménager ainsi votre lieu de vie si important.

    Et je suis certain que d’autres moments étonnants vous attendent. Chez moi, un milieu très humble, je me répète souvent que ça n’a de cesse. La vie, la Vraie, est tellement généreuse. Elle file son cours simplement, à travers son quotidien, échappant des événements à celles et ceux qui savent veiller… et prendre soin.

    9 juillet 2016
  10. Christiane #

    Fait un mois que le couple viennent se nourrir la première semaine je ne voyais que la femelle ensuite seulement le mâle toute la semaine toute la journée il venait se nourrir et aujourd’hui j ai vu 2 femelles et je ne vois plus le mâle….ou est passe le mâle
    es-ce qu il déserte le nid

    23 juin 2018
  11. Jean Provencher #

    Je ne saurais dire, chère Madame Christiane. Malheureusement, je ne connais guère les mœurs de ce bel oiseau. Je ne serais pas porté à m’inquiéter cependant. Par expérience d’observations des oiseaux de nos vies quotidiennes en saison, il arrive qu’ils s’absentent, mais pour un court temps seulement.

    23 juin 2018

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