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«Grand émoi au marché Bonsecours à Montréal»

Tout comme les simples mortels, le professeur Hermann doit pourvoir à sa subsistance. Mais c’est un homme méticuleux et, pour faire son marché, il ne s’en rapporte à d’autre qu’à lui-même. Mais aussi quel marché il fait.

Nous le rencontrions ce matin au marché Bonsecours, alors que nous faisions notre promenade accoutumée pour connaître le prix du beurre, des œufs et autres produits.

Le professeur était en train d’examiner un panier d’œufs, demandant au marchand s’il les garantissait fraîchement pondus. Le commerçant jurait ses grands dieux que plus délicate marchandise ne pouvait être trouvée en ville, mais M. Hermann, qui paraît être naturellement sceptique, prit un œuf, le cassa et, au grand ébahissement du marchand, y trouva deux pièces de 25 cents.

À peine avions-nous tourné les talons que le marchand cassa une demi-douzaine d’œufs avec l’espoir qu’ils avaient été pondus par le poule aux œufs d’or; mais notre homme fut déçu, et, vraiment, nous ne pouvions trop le plaindre, car n’ayant pas su apprécier la valeur de la petite représentation que venait de lui donner le fameux magicien, il avait cru devoir réclamer le paiement de l’œuf brisé.

Plus loin, M. Hermann contemplait de magnifiques volailles; comme il en demandait le prix, en même temps qu’il les tâtait pour en reconnaître la qualité, 3 pièces de $1 en surgirent.

Devant tel autre qui lui vantait sa marchandise, il cassa un œuf, puis le remit en parfait état, rien qu’en le cognant sur le nez d’un enfant qui passait.

De la poche d’un promeneur qui ne paraissait pourtant pas rouler sur l’or, il tira de nombreux dollars, avec autant de facilité que le caissier d’une de nos banques sort les pièces de son tiroir.

Mais celui qui se montra le plus surpris, ce fut un brave homme que le professeur accosta, palpa en tous sens, ausculta, et du gilet duquel il extirpa un lièvre vivant. Et aussi cet autre qui n’avait jamais touché une carte de sa vie, il resta stupéfait quand M. Hermann lui eut révélé l’existence d’une douzaine de paquets de cartes dans ses poches.

Tous ces tours, exécutés avec une habileté consommée et le plus grand naturel, ameutaient les curieux, les marchands désertaient leurs boutiques, les visiteurs remettaient leurs achats à plus tard pour le mieux voir. Le bruit qu’un magicien ne pouvait rien toucher sur le marché sans en tirer de l’argent se répandait comme une traînée de poudre et la foule des curieux devint si considérable qu’il fallut bientôt quitter la place, afin de ne pas interrompre la circulation devenue très difficile.

Le professeur Hermann devait, du reste, éprouver une certaine satisfaction, puisque, au lieu de dépenser ses fonds au marché, comme nous le faisons tous, il en rapportait d’assez fortes sommes cueillies au hasard, sur les produits offerts en vente.

Le magicien eut ensuite l’amabilité de réunir les journalistes qu’il avait rencontrés au cours de sa promenade et de les emmener à l’hôtel Richelieu où il leur donna une petite représentation, dont le programme, quoique improvisé, comprenait des tours absolument nouveaux, pour l’exécution desquels aucun mécanisme n’intervenait et qui prouvait l’habileté extraordinaire du fameux professeur.

Prenant la montre du représentant de la «Patrie», il la confia à un autre journaliste en lui demandant de l’envelopper dans son mouchoir, tandis que, remettant un paquet de cartes à un autre de nos confrères, il le priait d’y choisir une carte, puis de la replacer dans le paquet.

Quand cela fut fait, il passa les doigts sur les cartes et toucha ensuite la montre.  Dans cette dernière, on trouva une carte de petite dimension, une réduction du Roi de Trèfle, dont l’original avait disparu du paquet, sans que celui-ci eut quitté ses mains.

Dire toutes les merveilles accomplies par le magicien célèbre dépasserait de beaucoup l’espace dont nous disposons, nous préférons d’ailleurs laisser à nos lecteurs la surprise de celles qu’ils seront à même de constater chaque soir aux représentations de l’Académie. Nous ajouterons seulement que M. Hermann est un parfait gentilhomme, un charmant causeur qui nous a vivement intéressés en évoquant quelques souvenirs des voyages à travers le monde et en nous racontant certains épisodes des nombreuses représentations qu’il a données devant des têtes couronnées.

 

La Patrie, 2 mai 1901.

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