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Le braillard

Au fil des ans, j’ai retrouvé cette histoire-ci dans plusieurs paroisses du Québec, en particulier en territoire de colonisation. Cette fois-ci, elle se passe en Gaspésie. Rappelez-vous ce texte d’Arthur Buies qui disait que les campagnes québécoises sont friandes de merveilleux.

Le héros est l’abbé Charles-François Painchaud (1782-1838), un missionnaire qui, embarqué sur son petit bateau conduit par le capitaine Isaïe Boudreau, de Carleton, doit aller de mission en mission sur les côtes gaspésiennes. Et, parlant de Painchaud, l’hebdomadaire de Rimouski, Le Progrès du Golfe, raconte ce fait dans ses éditions du 5 et du 12 janvier 1906.

Il a laissé une relation des péripéties de son voyage, rendu célèbre par le fait d’avoir fait cesser la légende du « Braillard à la Madeleine ».

Un jour qu’il se trouvait retenu à cet endroit [Rivière-Madeleine] par la tempête, dit son biographe, il fut à même d’entendre les plaintes et les cris du «braillard». Voyant l’effarement des gens, il eut comme une inspiration subite que ces lamentations devaient provenir de quelque cause physique ordinaire. Comme il était brave, il dit à ceux qui l’entouraient : «Laissez-moi aller seul dans la direction du braillard et je vous promets que je vais l’apaiser.» Il mit une hache à la ceinture de sa soutane et s’enfonça dans la forêt. Plus il s’avançait, plus les gémissements étaient distincts.

Enfin il arriva à l’endroit même d’où partaient les clameurs insolites et terrifiantes. M. Painchaud ne se laissa pas dominer par la peur, comme tant d’autres, moins audacieux, auraient fait à sa place. Le phénomène lui apparut bientôt dans son étrange simplicité. Deux arbres inclinés l’un sur l’autre, en forme de X, ne semblaient former à leur point d’entrecroisement qu’un seul tronc, tant ils étaient rapprochés. Lorsque le vent les secouait un peu fortement, ils frottaient l’un contre l’autre; d’où ces bruits, tantôt criards, tantôt plaintifs, suivant la violence de le tempête et la direction du vent.

Monsieur Painchaud s’en revint tout glorieux de son exploit, qui lui avait coûté plusieurs heures de marche, et quand les gens l’aperçurent haletant, baigné de sueurs, ils crurent d’abord qu’il n’avait rien vu. Mais, jugez de leur étonnement et surtout de leur joie, lorsque M. Painchaud leur eut dit: «Mes amis, vous n’entendrez plus jamais le braillard, je viens de lui faire bonne justice !»

Et il leur montra sa hache d’une façon très significative. De fait, il avait eu le soin d’abattre l’un des deux arbres qui, depuis des années, avaient été la terreur des marins, et des habitants de la Gaspésie.

 

Plusieurs paroisses québécoises ont vécu une crainte pareille venue de deux arbres qui frottaient l’un sur l’autre, quelque part en forêt. Et plus il faisait tempête, plus le braillard se plaignait et plus les humains avaient peur.

4 commentaires Publier un commentaire
  1. alain gaudreault #

    Ces cris qu’on entend quelques fois en forêt on enfin une explication, d’aucun pensait qu’il s’agissait du cri du sasquatch ou de la manifestation du wendigo.Il y a beaucoup de légende qui sont née de l’imagination de nos ancêtres.Les longue soirée d’hiver etait propice a l’invention de ses histoires a dormir debout!

    18 janvier 2013
  2. Jean Provencher #

    Ne me dites pas, cher Monsieur Gaudreault, que vous entendez vous aussi le braillard dans votre beau coin de pays, au Lac ! Faudrait ramener dans ce monde le missionnaire Painchaud avec sa hache.

    P.S. Qu’est-ce que le sasquatch ou le wendigo ? Des diables quelconques ?

    18 janvier 2013
  3. Pierre Robitaille #

    Sur ma Minigo tant aimée (île d’Orléans, l’ensorcelée), j’ai déjà vécu un tel phénomène qui est, somme toute, assez fréquent.. Il suffit qu’un arbre partiellement déraciné par le vent prenne un congénère comme soutien et le tour est joué. Les voilà discutant allègrement du vent qui les secoue: frottements, grincements, craquements, étranges plaintes; tout ça bien amalgamée génère des contes à pousser debout!
    L’effet sonore, je le confirme, peut-être saisissant!
    Et l’effet est décuplé la nuit et par grands froids…

    18 janvier 2013
  4. Jean Provencher #

    Ah, cher Pierre, tu as donc connu, toi aussi, deux arbres qui voulaient être violon !

    18 janvier 2013

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