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La vie de l’ancêtre Sébastien

riviere aux anesTous les Provencher d’Amérique descendent de Sébastien Provencher et de son épouse Marguerite Manchon. Malheureusement, leurs lieux de naissance en France sont encore inconnus. Toutefois, l’Association des Provencher d’Amérique croit plausible que Sébastien, né en 1634, vienne de Pithiviers, à 90 kilomètres au sud de Paris, dans la vallée de l’Essonne, et Marguerite, né en 1637, d’Artenay, commune de la Beauce, à 33 kilomètres de Pithiviers.

Le premier document mentionnant Sébastien en Nouvelle-France, daté du 6 juin 1661, nous le présente comme étant fermier à l’emploi du seigneur Pierre Boucher, de Trois-Rivières. L’année suivante, le 15 mai 1662, il obtient une concession «de deux arpents de front sur 40 de profondeur» dans la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine, propriété des Jésuites. Le 22 janvier 1663, il épouse Marguerite Manchon.

Sébastien et Marguerite vivront sur leur terre pendant de nombreuses années. Marguerite décède quelque part en 1688.

* * *

Contribution maintenant aux années qui suivent pour l’ancêtre Sébastien.

Me voici dans quelques documents se rapportant à Sébastien, notre ancêtre, dont le Dictionnaire généalogique des familles Provencher en Amérique (1660-1990) de Gérard E. Provencher (1991), l’Inventaire des biens meubles et immeubles de Sébastien Provencher et de feue Marguerite Manchon (Jean Cusson, notaire, # 386, 20 avril 1691, ANQ-TR) et l’Inventaire des biens de feu Sébastien Provencher et de feue Catherine Guillet sa femme (Jean-Baptiste Potier, notaire, 4 février 1711, ANQ-TR). Le dictionnaire de Gérard E. Provencher affirme que Sébastien serait né en 1634 et Marguerite Manchon, sa première épouse, en 1637.

Cela dit, à la lecture de cette documentation, on constate tout de suite l’importance dans la vie du couple de la famille de Jacques Massé, dit Beaumier, né vers 1647 à Cholet, diocèse d’Angers, dans le Maine-et-Loire, et de son épouse Catherine Guillet, née, semble-t-il, à Lachine, en Nouvelle-France, le 8 février 1656. Des six enfants de Sébastien, deux de ses fils, Louis et Sébastien, épouseront deux filles du couple Massé-Guillet, Simone et Marie-Anne. Le troisième fils de Sébastien, Jean-François, épousera Marguerite Moreau, nièce de Catherine Guillet. Leur sœur Catherine Provencher, elle, épousera Louis Massé, du couple Massé-Guillet.

Bien plus, le 14 mai 1691, Sébastien l’ancêtre, devenu veuf, épousera Catherine Guillet devenue veuve, le jour même où son fils Louis épousera Simone Massé, fille de Catherine. Et, neuf mois plus tard, à deux jours d’intervalle, l’une et l’autre des femmes accoucheront d’un enfant Provencher. Donc dès le départ, les familles Provencher-Manchon et Massé-Guillet se trouvent intrinsèquement liées.

Il est difficile de discourir longuement sur le premier inventaire, celui du 20 avril 1691. Le notaire Cusson le tient trois ans après le décès de Marguerite Manchon. Si on cherche à décrypter un aspect de la vie quotidienne comme l’alimentation, par exemple, le travail est difficile, car les produits périssables, comme le lard, la graisse et le beurre, sont bien sûr disparus. Tout de même, la présence de quatre bovins, d’un cochon et d’une truie, de 15 poules et d’un coq permet de croire qu’on consomme des viandes de bœuf et de porc, ainsi que des volailles et des œufs.

Le blé froment nous dit que, comme les ancêtres français et comme nous aujourd’hui bien sûr, Sébastien, Marguerite et leurs enfants sont des mangeurs de pain. D’autre part, à la table, la fourchette est encore absente, on mange avec sa cuiller et son couteau de poche, comme les personnages les plus riches de la colonie. Originaire de Turquie, ayant passé par l’Italie, la fourchette (dont le nom signifie petite fourche, qui sera à deux dents d’abord) arrivera quelques années plus tard. D’ailleurs, en 1711, dans l’inventaire des biens de Sébastien et Catherine, voilà huit fourchettes.

Que dire encore de ce premier inventaire ? Que les deux amoureux, qui s’épouseront en secondes noces trois semaines plus tard, sont propriétaires de deux maisons : l’une, vieille, dit-on, mesurant 25 pieds de long par 16 de large, et une autre « faite à la gasparde », longue de 37 pieds et large de 13. Une maison à la gasparde est formée de murs intérieurs de lattes de bois sur lesquelles on a appliqué un plâtre ou un crépi à base de glaise. La grange et l’étable à proximité des maisons possèdent aussi des murs à la gasparde.

À noter que les deux maisons sont entourées de pieux de cèdre. Cela vient sans doute du fait qu’on craint encore les incursions iroquoises. Une année et demie auparavant, dans la nuit du 4 au 5 août 1689, à Lachine, lors d’une attaque surprise en pleine nuit, les Iroquois avaient massacré 24 personnes, fait 72 prisonniers et détruit une cinquantaine de fermes. Originaire de Lachine, Catherine avait peut-être encore de la parenté habitant l’endroit. Et, à la vérité, ce n’est qu’avec la signature de la Grande Paix de Montréal en 1701 que disparaîtra la crainte des Iroquois.

Cela dit, nous ignorons la date exacte et la cause du décès de Sébastien l’ancêtre et de Catherine Guillet. Peut-être meurent-ils de la maladie de Siam, aussi appelée fièvre jaune, une très grave épidémie apportée par les bateaux arrivés de France ou des Antilles qui se répand dans toute la colonie à l’hiver 1710-1711. L’épidémie a sans doute d’autant plus de prise sur la population que celle-ci est affaiblie de l’année qu’elle vient de vivre : printemps 1710 de sécheresse, grandes gelées de mai, été au climat désastreux, invasion de chenilles qui mangent le lin et le blé, pénurie de foin pour les animaux, rareté du beurre.

Chose certaine, le notaire Jean-Baptiste Potier, cette fois-ci, dresse un inventaire des biens de Sébastien et de Catherine le 4 février 1711. La présence de nombreux animaux — cinq bœufs, sept vaches, un taureau, deux génisses, quatre cochons et une truie — laisse croire que le décès est récent, car on n’a pas encore dispersé ce cheptel magnifique. Et, quand le notaire ajoute que les cohéritiers sont en train de battre le grain, il s’agit sans doute du fruit du travail de Sébastien au champ au cours de l’année 1710, aidé d’un domestique du nom de LeMerle. Et Sébastien n’était pas en retard pour le battage, car le grain ne se bat bien que par temps froid.

L’examen des dettes passives laisse croire que les deux décès sont survenus à peu d’intervalle l’un de l’autre, car des sommes sont dues au chirurgien Duguay « pour ses peines et soins, et médicaments qu’il a fournis aux défunts », à un certain Rochereau pour les cercueils des défunts, à l’église du Cap-de-la-Madeleine pour leurs funérailles et au bedeau de la paroisse pour les deux fosses funéraires.

L’inventaire nous dit que Sébastien et Catherine habitaient sans doute dans la maison appartenant à Sébastien avant son mariage, car celle-ci revient aux enfants de son premier mariage. L’autre concession, comportant « de vieux bâtiments qui y sont construits », revient aux enfants de Catherine avant son mariage avec Sébastien.

Par ailleurs, l’examen de la grande variété des outils propriété de Sébastien laisse croire qu’il était fort habile dans le travail du bois. Il possédait également tout ce qu’il faut pour le travail de la terre. Avec sa traîne à bœufs, sans doute allait-il bûcher son bois sur la partie de sa terre en bois debout. La paire de raquettes et le fusil permettent de penser qu’il s’y rendait aussi chasser le petit gibier en hiver.

Et le notaire ne signale aucun outil, comme un rouet ou un métier, qui aurait pu laisser croire que Catherine fabriquait elle-même les tissus de lin ou de laine mentionnés dans l’inventaire. Sans doute trouvait-elle alors, aux alentours, ce qu’il lui fallait pour la confection des vêtements. Et puis les poules et le coq signalés en 1691 sont maintenant disparus. Là aussi, on s’approvisionnait assurément chez des voisins.

Et le couple, prévoyant, ne laissait pas de dettes, bien au contraire. Il en coûtera, par exemple, 56 livres pour payer le chirurgien et leurs funérailles à leur décès, alors qu’on trouvait dans une cassette, se trouvant dans une chambre, la somme de 49 livres en argent. Et c’est sans compter la valeur de tous les biens qu’ils laissaient. Seulement les cinq bœufs et le taureau valaient, selon le notaire Potier, 338 livres ! Des bêtes manifestement bien en santé.

* * *

J’aime savoir que l’ancêtre des Provencher, décédé à l’hiver 1710-1711, a laissé son nom au lieu qu’il habitait. Plus de quarante ans après sa mort, l’ingénieur français Louis Franquet le confirme. Au début des années 1750, la France, craignant une guerre prochaine avec les Anglais, envoie ce dernier au pays pour visiter les postes importants de la colonie et faire rapport sur l’état des fortifications.

Le 24 juillet 1752, Franquet prend le bateau à Québec en direction de Montréal, un bateau mené par 13 rameurs. Ce navire, sans doute à faible tirant d’eau, ne se lance jamais en plein milieu du fleuve et longe plutôt les rives. Quand le vent d’ouest s’élève, on débarque et on s’y met à plusieurs pour tirer l’embarcation au moyen de câbles tout au long des rives; on dit alors qu’on «tire à la cordelle». Le 27 juillet 1752 au matin, Franquet quitte Champlain, où il a passé la nuit avec ses rameurs. Entre Champlain et Cap-de-la-Madeleine, près d’une rivière qui s’appelle rivière aux Ânes, il signale un endroit nommé Provenché.

Voici le texte de Franquet. «Embarqué à cinq heures et demi du matin, passé devant le débouché du ruisseau mentionné cy-devant, marché à la cordelle, jusqu’à l’endroit nommé le bois brûlé; au delà reprit la rame, et plus loing vu le débouché de la rivière aux Ânes. […] Le fleuve vis-à-vis la dite rivière est considéré large de trois quarts de lieue, et à peu près vis-à-vis de l’autre côté du fleuve est le village sauvage de Bécancourt, enfoncé de deux lieues dans les terres et dont il sera fait mention cy-après. À 200 toises au delà de la dite rivière aux Ânes, est un endroit nommé Provenché. On remit à la cordelle ; passés devant le Cap de la Magdeleine, au sommet duquel est bâti l’église de la paroisse de ce nom.» (Voyages et mémoires sur le Canada, Montréal. Éd. Élysée, 1974, p. 14s.

La photographie ci-haut est celle de la rivière aux Ânes, qui délimitait Cap-de-la-Madeleine et Champlain. Il est permis de se demander si ce n’était pas la limite à l’Est de la terre de l’ancêtre Sébastien.

13 commentaires Publier un commentaire
  1. Nicole #

    Bonjour M. Provencher,
    Je trouve votre site très bien fait. J’y trouve beaucoup de sujets qui me passionne. La mère de mon mari est une Provencher et son ancêtre est Sébastien. De retrouver un peu de son histoire , c’est extraordinaire.
    Je suis passionnée de généalogie. Depuis que j’ai commencé avec mes sœurs, je découvre la petite histoire de nos ancêtres et cela à réveiller ma curiosité. Un fois embarquer dans la généalogie on ne peut plus s’en passer.
    Alors ici je trouve l’histoire, des oiseaux, des textes sur des sujets qui trouvent une résonnance chez moi.
    Merci de votre générosité, merci de nous faire partager tout ce savoir.
    Bonne journée.

    22 mars 2013
  2. Jean Provencher #

    Bien Chère Nicole, comment vous remercier ! Vous faites mon jour !
    Très belle journée à vous aussi.

    22 mars 2013
  3. Lise #

    Bonjour, Votre site est tres interressant.
    Je suis une PROVENCHER dont mon ancetre est Sébastien Provencher. J aime bien la généalogie . Merci

    20 novembre 2013
  4. Jean Provencher #

    Bonjour bonjour, chère Cousine. Bienvenue !

    20 novembre 2013
  5. Sebastien Provencher #

    Je connaissais un peu l’histoire de mes origines et je trouve fort intéressant de voir un site dédier au Provencher. Sébastien fut le nom que mon père ma donné a ma naissance du au premier Provencher

    22 juillet 2014
  6. Jean Provencher #

    Cher Sebastien, votre père a fait exactement ce que j’ai fait au moment de la naissance de mon fils en 1968, lui donner le nom de Sébastien, à la fois en hommage au premier, à l’ancêtre audacieux qui a traversé en 1660, et pour assurer la suite du monde.

    Salut à vous, cousin !

    22 juillet 2014
  7. Jocelyn Ducharme #

    Quel bonheur de vous lire! Je crois appartenir à la descendance de Jean-François Provencher, fils de Sébastien. Mes parents ont fait l’achat d un terrain en bordure du fleuve, à Champlain…et c’est faisant un peu de recherches que je me rend compte qu’ils sont revenus, par accident, tout près d’où notre ancêtre s’est probablement installé! Est il possible de localiser de façon contemporaine exactement où se trouve « Provenché »?

    7 janvier 2015
  8. Jean Provencher #

    Ah, je suis content, cher Vous, de rencontrer enfin un Ducharme descendant de notre ancêtre ! Car tous les Ducharme ne descendent pas de Sébastien.

    Nous avons localisé le terrain où habitait Sébastien, tout près à l’ouest de ce ruisseau illustré ci-haut, du côté nord de la route 138. Aujourd’hui, bien sûr, il n’y a plus de trace du lieu, mais je me fie à ce petit cours d’eau, qui était peut-être la limite Est de son terrain. De son vivant comme après son décès, on en est venu à dire que cet endroit, comme je vous dis délimité par ce ruisseau, était «Provenché». Puis l’appellation s’est perdue.

    Pour la photographie ci-haut, je suis sur le petit pont qui enjambe ce ruisseau, qui avait peut-être les allures d’une petite rivière à l’époque.

    7 janvier 2015
  9. Lise Provencher #

    Tres beau site.Je suis une Provencher et mon ancetre Sébastien.
    J aime bien la généalogie ,ayant eu des renseignements écrits sur des Provencher .

    22 juin 2015
  10. Jean Provencher #

    Nous descendons tous de notre cher Sébastien. Les Provencher d’Amérique n’ont qu’un seul ancêtre. Et peut-être, chère cousine, trouverez-vous dans cette page quelques-uns de votre famille proche, qui sait ?

    22 juin 2015
  11. Louis Laplante #

    Bonjour,

    Très intéressant comme informations!
    Présentement, je fais MA généalogie et le couple Sébastien Provencher et Marguerite Manchon y figure.

    Par contre, j’ai des informations qui semblent aller à l’encontre des vôtres. Effectivement, selon le «Lafrance» (généalogie Québec), Marguerite Manchon serait décédée en 1688 (s 28 janvier 1688 Cap-de-la-Madeleine.)

    Dans ces circonstances, cela signifierait que l’inventaire de 1711 a été fait après le décès de Marguerite. Donc, selon moi, il ne faudrait pas parler d’ « inventaire des biens de Sébastien et de Catherine» mais bien ceux de Sébastien.

    Avez-vous de l’information au sujet des parents de Sébastien et Marguerite?

    Toujours selon mes informations, les parents de Sébastien auraient été Sébastien et Catherine Bretonnet alors que les parents de Marguerite auraient été Nicolas et Marie Baratin. Pouvez-vous m’éclairer?

    Sébastien (fils) aurait été baptisé vers 1634 (Saint-Salomon; Pithiviers; France).
    Marguerite, elle, aurait été baptisée le 28 mars 1637 (Saint-Victor; Artenay; France.) et enterrée le 28 janvier 1688 au Cap-de-la-Madeleine.

    26 juin 2016
  12. Jean Provencher #

    Bien bonnes questions que vous posez, cher monsieur Laplante. Mais avant l’apparition de Sébastien dans nos terres en 1661, nous marchons dans le flou. Certains mentionnent des noms de lieux — Pithiviers, d’Artenay — par exemple, et proposent diverses dates. Mais j’attends encore de voir les documents (et non d’entendre les suppositions) avant de vraiment me prononcer. Bien sûr, j’espèrerais que ce soit fort clair, mais ma formation d’historien m’oblige à être très rigoureux et non à affirmer des espérances. Certains membres de l’Association des familles Provencher d’Amérique sont même allés en France, mais ils furent obligés d’admettre à leur retour que leurs recherches ne les avaient pas sortis du flou.

    Ne lâchez pas et prévenez-nous si vous mettez la patte sur des documents officiels en France.

    Et je rajouterais qu’il nous faut être bien prudents devant les avancées diverses qu’on trouve sur internet.

    26 juin 2016

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