Le disque fut enregistré au studio Son à Montréal à l’été de 1988. La musique originale est de Michel Provencher. J’ai bien hâte d’entendre cette création et je ne manquerai pas de l’écouter au moment où je suis sur la route.
Ne faites pas de saut ; le coin du livre a sans doute été ronger par des souris à ma maison de campagne.
Satprem semble s’être fait un ami, Gregory, du temps où il était en Guyanne. Mais ce peut être seulement un ajout lorsqu’il a écrit L’Orpailleur. Dans le nuit, à deux heures, il cause avec Gregory, qui lui l’appelle Job.
Et c’est la paix, Job, tu sors du drame, tu vois les choses de loin…
Oui, je sais. J’ai fumé l’opium aux Indes, longtemps, comme pour me noyer. J’ai essayé d’autres drogues aussi, qui m’ont fait rêver, qui m’ont donné la paix… je ne sais pas ce que je n’ai pas essayé dans cette putain d’existence. L’opium surtout, merveille noire — mensonge noir. Qu’est-ce que ça change tout cela ? dis-moi ? J’ai dû me désintoxiquer : malade à crever, comme une bête. Oh! ce n’est pas moi qui voulais; Toute ma vie j’aurais bien fumé l’opium, c’était l’autre, dedans. J’avais besoin d’autre chose — besoin, tu comprends. […]
C’est curieux, Job, chaque fois que je te regarde, je vois deux destins autour de toi, ou deux possibilités, et l’une est comme l’ombre de l’autre — après tout, c’est peut-être comme cela pour la plupart des hommes. Et c’est très net, très clair en toi.
Gregory ne me quitte pas des yeux.
… comme si c’était dans ton coin d’ombre le plus épais que se trouvait la plus forte possibilité de lumière. Je ne sais pas m’expliquer… mais je vois bien. Le remède avec le mal toujours.
Et puis,je ne sais pas pourquoi je m’occupe de toi, tu es têtu comme une mule et tu t’aimes énormément.
Mais non ! Je ne m’aime pas, j’ai un démon dedans, et il tire sans arrêt, alors je voudrais bien… c’est peut-être lui, d’ailleurs qui me force à grimper, sinon je coulerais au fond du trou. C’est cela, je suis toujours en train de sortir d’un trou, et ça n’en finit pas.
Par la suite, Satprem évoque Buchenwald, le camp de concentration des Allemands.
Et je cherchais partout une seule chose à saisir, une seule, et j’étais cet enfant saccagé, et j’avais tout perdu. Ah! que restait-il à perdre, que ce temps désaffecté où s’obstinait encore la faim, la peur, le froid — une monstrueuse absence ? Que restait-il ?
Je m’enfonçais, m’enfonçais dans cette aube gelée, à travers des années mortes et des années, comme au fond d’un même abîme, comme au travers d’un songe du temps à rebours du temps, vingt années. […] Et toutes les années vaines glissaient de mes mains froides, comme le sable d’une grève sauvage aux doigts de mon enfance, et lentement, lentement aux creux de ma mémoire, vacillaient quelques paillettes fragiles, si fragiles que ce n’était rien, et c’était tout.
Satprem, L’orpailleur, Éditions du Seuil, 1960. Ce sont ici de courts passages pris dans les pages de 151 à 155, de ce roman de Satprem. Je vais revenir sur ce livre. Si jamais vous voyez ce roman chez quelque libraire, ne manquez pas l’occasion.
Ce livre de White, La Figure du dehors, nous dit, entre autres, qu’il n’y a rien de religieux dans le Tao ou le Bouddha. Voyez ce qu’il écrit.
Notez qu’il n’y a rien de « religieux » dans tout cela. Si l’on parle de Tao, si l’on parle de Bouddha, ce n’est que par commodité, non par révérence (si la commodité devient une convention bien établie, c’en est fini du pouvoir que recèle le mot « Tao » et de la vacuité que recouvre le mot « Bouddha»).
Ce discours (et le discours est nécessaire au moins en tant que doigt montrant la lune, bien qu’il ne soit jamais la lune elle-même) s’accompagne toujours de mise en garde : ne jamais faire de Bouddha ni du Tao une obsession. « Ne t’arrête pas là où Bouddah n’est pas. Et si tu vas là où il est, ne t’y attarde pas. »
Le Bouddha le meilleur est un Bouddha discret, un Bouddha qui se dérobe — qui s’efface devant le « visage originel ». Être homme du Tao (la voie) ou de la « Bodhi (la lumière) ce n’est pas avoir le crâne bourré de Tao ou de Bouddha (comme d’un rhume de cerveau culturel ou d’une grippe religieuse). C’est avoir saisi ce que Bodhi-dharma a appelé « une vacuité sans fond et rien de sacré) capable de voir (cette vacance de l’esprit n’est pas synonyme d’inattention) et de vivre, sans encombrer son esprit ni le projeter sur le monde.
« C’est seulement quand on a nulle chose, écrit Teshan, qu’on est vacant et au-delà de la pensée, vide et merveilleusement vivant. »
C’est d’un tel état de vacance que peut naître l’action spontanée, ou l’acte créateur, ou, comme je préférerais l’appeler, l’activité profonde de l’homme, qui n’a rien en commun avec l’agitation du moi superficiel.
Kenneth White, La figure du dehors, Paris, Éditions Grasset et Fasquelle, 1978, p. 166s.
Et voici Bouddha, une pièce fabriquée en Indonésie, retrouvée à Québec.