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Le grand penseur français revient sur la nostalgie qui frappe ses contemporains

J’aime beaucoup Michel Serres, historien des sciences et philosophe, né à Agen en 1930. D’ailleurs, j’ai eu le plaisir un jour de le rencontrer dans le RER à Paris alors que nous étions côte à côte. J’allais rajouter « car il prend le transport en commun comme tout le monde ». Chic monsieur.

Dans le quotidien  Le Monde, édition du 12-13 août 2018, Nicolas Truong a recueilli ses propos sur la nostalgie que les populations vivent en ce moment. « Ah c’était le bon temps ! » Extraits.

J’ai tellement entendu cette réflexion dans la bouche de mes contemporains ! Nombreux sont ceux qui pensent que c’était mieux avant, avec l’alimentation traditionnelle, le biologique pur… Or, c’est entièrement faux ! Je suis assez vieux pour me souvenir exactement du gradient qui a été parcouru en matière de santé, d’éducation, d’alimentation. Aujourd’hui, on se représente le monde à feu et à sang, mais ce n’est pas vrai. La seconde guerre mondiale a fait des dizaines de millions de morts et aujourd’hui, la violence ne fait que baisser. […]

La médecine soignait autrefois, mais tout à coup, elle s’est mise à guérir. Notre rapport au microbe et à la maladie a complètement évolué. Du coup, l’espérance de vie a bondi, on a gagné entre trente et quarante ans en un siècle. Mais ça a profondément changé la société. Quand mes arrière-grands-parents se mariaient, statistiquement, ils se juraient fidélité pour quelques années, aujourd’hui, on parle de soixante ans. Ce n’est plus le même mariage. […]

J’ai eu la chance d’habiter quarante-sept ans dans la Silicon Valley et de pouvoir voir et comprendre les changements informatiques. Dans mon  parcours, j’ai essayé de faire le tour complet des sciences, de l’esthétique…. Et en continuité avec la tradition philosophique qui voulait que chaque philosophe soit passé partout. Donc, aujourd’hui, je peux vous expliquer qu’un algorithme n’est rien d’autre qu’une suite d’instructions. La recette de la tarte Tatin est un algorithme ! Or, si les gens savaient cela, ils n’auraient pas aussi peur.

 

Michel Serres, « Ce n’était pas mieux avant, mais ça pourrait être pire après ! », Propos recueillis par Nicolas Truong, Le Monde (Paris), édition du 12-13 août 2018, p. 22.

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