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Du poète chinois I Men (1907-1967)

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François Cheng parle de son langage à la fois subtil et puissant, et d’une vision poétique très personnelle. «Dans les années 50, malgré ses contributions à la cause révolutionnaire, il fut l’objet de violentes critiques pour ses vues sur la création poétique. Il meurt dans le silence et la solitude, laissant de nombreux textes inédits.»

 

 

N’aie pas peur

 Le tonnerre n’est que le rire de joie du géant.

Et dans ta vie si pleine, enfant, ne ris-tu pas

Souvent ? Et d’un rire si sonore ? —

N’aie pas peur !

 

L’averse n’est que les larmes du géant

Jaillies de son trop-plein d’émotion.

Lorsque tu te réveilles sous ma main caressante,

Ou que tu caresses toi-même, enfant,

Une pomme parfumée à toi offerte,

N’as-tu pas aussi les yeux emplis de larmes,

Non point larmes de douleur, mais de reconnaissance ?

N’aie pas peur !

 

Le vent sème ses pas confus de bonheur,

L’éclair agite ses bras dansants de gaieté.

Et toi, enfant, n’as-tu pas ta danse à toi,

Lorsque, voulant attraper un duvet de saule

Ou un reflet de la ronde lune

Ou que simplement mû par ton corps

Tu t’élances à pas rythmés ou précipités ?

N’aie pas peur !

 

N’aie pas peur,

Tu restes encore dans mes bras calmes et fiables.

Je n’ai pas peur, car je suis passé par les orages et les déserts;

Je n’ai pas peur, car tu dois passer par les déserts et les orages !

(1946)

 

François Cheng, Entre source et nuage. Voix de poètes dans la Chine d’hier et d’aujourd’hui, Paris, Éditions Albin Michel, 2002, coll. «Spiritualités».

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