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Extraits de Notes de chevet, de Sei Shônagon

couverture sei shonagonOn considère les Notes de chevet de Sei Shônagon comme l’un des deux chefs-d’œuvre de la littérature japonaise des 9e au 12e siècles. Cela dit, on possède très peu de renseignements sur la vie de l’auteure.

La dame serait née vers 965. Au début des années 990, elle est admise au Palais impérial où elle entre au service de Sadako, jolie princesse de 15 ans qui, à la même époque, devient l’épouse de l’empereur Ichijô.

En lui montrant un jour une grosse liasse de papier, l’impératrice lui demande ce qu’il faudrait écrire là-dessus. Et Shônagon lui répond qu’elle en fera un makura, qu’on pourrait traduire par «Notes sur l’oreiller» ou «Notes de chevet».

En classant cette documentation éparse et en y ajoutant le fruit de ses observations attentives, l’auteur créera cet ouvrage absolument étonnant, déstabilisant, Notes de chevet. Le rythme du livre, par exemple, est fréquemment brisé. Ainsi, à travers de longs textes, on y trouve soudain des énumérations, des listes qui tiennent d’une fraîche naïveté ou d’une grande sagesse. On dirait que, dans une grande urgence de vivre, la dame compile pour ne rien perdre et pour assurer la suite du monde.

Voici des exemples.

Choses qui ne font que passer

Un bateau dont la voile est hissée.

L’âge des gens.

Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver.

 

Choses qui tombent du ciel

La neige, La grêle.

Je n’aime pas le grésil; mais quand il s’y mêle de la neige, toute blanche, c’est joli.

La neige est merveilleuse lorsqu’elle s’est accumulée sur un toit fait avec l’écorce du thuya.

Lorsque la neige a déjà commencé à fondre, ou quand il n’en est pas tombé beaucoup, elle entre dans tous les interstices des tuiles, et on voit le toit, noir ici, et ailleurs tout blanc. C’est ravissant !

J’aime les ondées et la grêle quand elles tombent sur une maison couverte de planches.

J’aime aussi la gelée blanche sur un toit de bois ou dans un jardin.

 

Choses que l’on ne peut comparer

L’été et l’hiver. La nuit et le jour. La pluie qui tombe et le soleil qui brille. La jeunesse et la vieillesse. Le rire et la colère. Le noir et le blanc. L’amour et la haine. La renouée et l’arbre à liège. La pluie et le brouillard.

On n’aime plus une personne, c’est toujours la même, et il vous semble cependant que c’est une autre.

Dans un jardin planté de nombreux arbres toujours verts, des corbeaux dormaient, quand vers le milieu de la nuit, ils s’éveillent en tumulte, effrayés et troublés. L’alerte est transmise d’arbre en arbre, et les corbeaux croassent, d’une voix altérée par ce brusque réveil. Tout cela, qui diffère de leur aspect désagréable du jour, est bien joli.

 

Choses qui font battre le cœur

Des moineaux qui nourrissent leurs petits.

Passer dans un endroit où l’on fait jouer de petits enfants.

Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d’encens.

S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.

Un bel homme, arrêtant sa voiture, dit quelques mots pour annoncer sa visite.

Se laver les cheveux, faire sa toilette, et mettre des habits tout embaumés de parfum. Même quand personne ne vous voit, on se sent heureuse, au fond du cœur.

Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison.

 

Ces textes sont extraits du livre de Sei Shônagon, Notes de chevet, Paris, Gallimard/Unesco, 1966. Traduction et commentaires par André Beaujard.

4 commentaires Publier un commentaire
  1. Silvana #

    Je ne connaissais pas. Un must à n’en pas douter.

    9 juillet 2015
  2. Jean Provencher #

    Cette dame prenait plaisir à bâtir des séries. Un peu comme l’autiste aime le faire. Et comme moi-même aime le faire. C’était un travail très particulier. Sans compter faire le ménage dans cette masse d’informations qu’on lui avait confiée.

    9 juillet 2015
  3. Melinda Vörös #

    Oh oui! Comme vous, mon cher Jean! “…dans une grande urgence de vivre, la dame compile pour ne rien perdre et pour assurer la suite du monde…”

    Dieu merci vous êtes là pour nous attirer l’attention à des trésors:-)
    Prenez soin de vous comme aux trésors partagés!

    16 juillet 2015
  4. Jean Provencher #

    C’est vraiment un livre étonnant, chère Melinda, déstabilisant. Je Vous embrasse.

    16 juillet 2015

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