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«Le vote des femmes»

hubertine auclert

Ah, voici une pièce fort intéressante à mettre au dossier de l’histoire du vote des femmes au Canada. Le journal La Patrie en fait sa une le 3 novembre 1885. Malheureusement, l’article n’est pas signé.

Une grave réforme est sur le point de se produire dans Ontario.

Le premier lundi de janvier prochain, un nombre considérable de femmes aura pour la première fois dans cette province le droit de vote pour les élections municipales et pour les syndics d’école.

On a bien ri et bien plaisanté en France cette pauvre Hubertine Auclert qui s’est laissée traîner au tribunal, saisir, poursuivre et tailler à merci pour avoir refusé de payer des taxes qu’elle n’avait pas eu la liberté d’accepter par la voix d’un représentant de son choix; elle n’avait peut-être pas tellement tort et probablement, rira bien, qui rira le dernier.

La question du vote féminin n’a pas été si loin d’être acceptée par les jeunes libéraux de la province d’Ontario; il s’en est fallu juste de deux voix, à la dernière convention libérale, pour qu’il ne soit sage de considérer sérieusement cette question dans son développement.

Quelle serait l’influence du vote féminin sur le vote et sur l’électorat ?

Les femmes voteraient-elles ?

Comment voteraient-elles ?

Voilà les questions qui se présentent.

Pour notre part, nous sommes hautement d’avis que l’influence des femmes sur le vote serait surtout de faire un triage dans les rangs des éligibles.

Le triage se ferait en ce sens que le caractère moral du candidat sera beaucoup plus discuté par les femmes qu’il l’est par des hommes. Celles-ci ne se contenteront pas de juger des aptitudes commerciales ou administratives du candidat; il faudra, pour qu’il justifie leur choix, qu’il fasse preuve de certaines qualités de délicatesse, de politesse, de tenue, peut-être même quelque fois d’apparence, qui peuvent avoir pour effet de relever nos représentants au milieu de la société dont ils contrôlent les destinées.

Sur l’électorat, leur influence se ferait aussi avantageusement sentir.

Nos mœurs électorales souvent un peu rudes, nos réunions souvent un peu tumultueuses, l’abord des polls souvent troublé pourraient prendre, par suite de leur présence, un calme, une décence qui seraient à désirer.

Les femmes voteraient-elles ? Nous le croyons, nous pensons même qu’elles voteront beaucoup et nous l’espérons, pour les raisons que nous venons d’indiquer. Peut-être se feront-elles un peu prier d’abord, par retenue, mais vous les verriez bien vite user de leur droit et bien en user.

Pour qui voteraient-elles ?

Là-dessus, il nous est impossible de donner notre avis.

Souvent femme varie et bien fol est qui s’y fie.

Nous dirons cela plus tard.

En attendant, place aux électrices de la province d’Ontario.

 

La photographie ci-haut provient de la page Wikipédia consacrée à la féministe française Hubertine Auclert (1848-1914). Prise en 1910, elle est déposée à la Bibliothèque nationale de France.

2 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    “(…)nous sommes hautement d’avis que l’influence des femmes sur le vote serait surtout de faire un triage dans les rangs des éligibles.” 129 ans plus tard, qu’en pensons-nous ? Les femmes ont fait et continuent de faire leur place dans ce monde toujours à prédominance masculine. Pour le meilleur et pour le pire.

    21 novembre 2014
  2. Jean Provencher #

    Il faut, chère Vous, que ça continue, c’est certain !

    22 novembre 2014

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