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Contribution à une histoire québécoise de l’ours

Un jour, quelqu’un nous donnera une histoire de l’ours au Québec. Quels étaient nos agissements à son égard ? Que signifiait-il pour nous ? Comment le représentait-on ? Qu’en disait-on ? Et encore. Tournant les pages de mon aide-mémoire chronologique fabriqué à partir de ma consultation à ce jour des journaux québécois anciens, voici en vrac ce qui apparaît.

Lévis. «Un  cultivateur de la Beauce est arrivé à Lévis ce matin avec deux ours qu’il a été assez heureux de tuer. Il devait traverser à Québec pour y vendre la dépouille de maître Martin.» Le Quotidien (Lévis) 10 janvier 1895

«Si le douzième de février, le soleil apparaît entier, l’ours étonné de la lumière se va remettre dans sa tanière, et l’homme ménagé prend soin de faire resserrer son foin, car l’hiver ainsi que l’ours séjourne encore quarante jours.» L’Écho des Bois-francs, 18 février 1899

Saint-Roch d’Orford. «Deux cultivateurs de cette localité, MM. J. B. Davignon, fils, et J. B. Boudreau, ont fait une chasse fructueuse il y a quelques jours. Ils ont tué une ourse et deux oursons dont ils ont vendu les dépouilles $25.00. Comme ces messieurs ont droit, en outre, à la prime de cinq piastres offerte pour chaque tête d’ours, c’est donc une quarantaine de piastres que va leur rapporter cette belle chasse.» Journal de Waterloo, 15 mars 1894

Victoriaville. «Cette semaine, à l’occasion de la mi-carême, les écoliers de l’Académie des Rvds Frères ont fait une Mascarade dans la ville; rien n’était plus joyeux de voir ces jeunes gens sous divers costumes, marcher en procession dans les rues de la ville. […] Nos jeunes élèves se sont rendus au couvent, au collège et chez Mr. J. O. Legendre, et finalement chez Mr Z. Auger où tout se termina par une fête à la tire. Voici les noms de ceux qui formaient ce cercle d’amusements : Jos Poirier, Syrien; Lucien Laurendeau, Émigré; O. Gaudet, Pompadour; A. Vigneault, Bohémien; A. Houle, Habitant; W. Drouin, Paysan; J. Poliquin, Algonquin; H. Hamel, Négresse; C. Tourigny, Sauvage; C. Poitras, Nègre; N. Gouin, Chinois; D. Poisson, Porte-drapeau; L. Hamel, Villageois; H. Piché, Italienne; E. Auger, Huron; J. Boulanger, Espagnol; J. Bte Poliquin, Fillette; E. Dussault, Ours; A. Auger, Boer. 1er Prix, J.-Bte Poliquin.» L’Écho des Bois-Francs, 16 mars 1901

Saint-Cuthbert. «La récolte du sucre est abondante cette année et nous espérons bien en récolter une livre à la coulisse. Un cultivateur a été témoin d’un combat entre un renard et un ours à propos de sucre et chose plus remarquable encore c’est le renard qui l’a emporté.» La Patrie, 1er avril 1902.

À Québec. «Le Sardanian [premier vapeur arrivé à Québec d’Europe le 30 avril avec 613 passagers] nous a amené une tribu bien intéressante, six familles turques, quatre ours et cinq singes, en tout 44 individus, tant têtes que hommes, femmes et enfants. Ces nomades sont vêtus, ou plutôt affublés de haillons multicolores, les enfants de vieux habits trop grands et les femmes de restes de fichus de tous les pays. La plupart d’entre eux ont été élevés en France et parlent un français très pur. Leur intention est sans doute de donner des exhibitions dans les rues.» Le Quotidien (Lévis), 2 mai 1895

À Québec. «Les Turcs accompagnés d’ours et de singes et qui sont arrivés d’Europe dernièrement se sont réfugiés dans le bois Gomin.» Le Quotidien (Lévis), 7 mai 1895

À Montmorency. Une visite du parc du Sault Montmorency, du parc du Kent House, organisée pour plusieurs journalistes de Québec. Le gérant est un certain Baker. Le tramway électrique s’y rend et la compagnie de l’Électrique a ouvert ce parc aux abords du Kent House. Et quelle vue. «Le panorama qui se déroule devant nos regards du haut de cette colline est unique au monde : la chute Montmorency roule avec fracas ses eaux écumantes, le St-Laurent coule tranquillement à vos pieds, l’île d’Orléans surgit plus loin comme une corbeille de fleurs; la ville de Lévis se dresse encore plus loin, avec son collège superbe, sa magnifique église, son superbe couvent, ses élégants cottages et ses forts imposants, et dans le fon du tableau, le vieux Québec, avec sa citadelle incomparable, ses édifices somptueux et tous ses souvenirs historiques. Jamais le touriste ne peut jouir d’un coup d’oeil aussi ravissant et aussi féerique. Maintenant dirigeons nos regards sur le Kent House et ses environs. Cette vieille résidence du duc de Kent a été transformée en une élégante hôtellerie, ombragée d’arbres touffus et entourée d’une verte pelouse, que sillonnent un grand nombre d’allées macadamisées. […] À l’extrémité ouest du Parc Montmorency, on rencontre une véritable ménagerie : dans un enclos, il y a deux orignaux, cinq chevreuils, un ours et plusieurs outardes; dans un autre, cinq buffles.» Le Soleil, 23 mai 1902, p. 8

Portneuf. «M. Ford, de Portneuf, arrive d’une excursion sur les lacs en arrières du comté de Portneuf. Il rapporte que les ours et les caribous abondent sur les bords des lacs Montauban et Nicholas. La perspective pour les chasseurs est fort alléchante et ils peuvent être certains qu’ils ne reviendront pas bredouille lorsque la saison de la chasse sera ouverte.» Le Quotidien (Lévis), 22 août 1894

«Depuis hier est ouverte la saison de la chasse. […] Voici le temps où la chasse de tel ou tel gibier est permise. Caribou — Du 1er septembre au 1er février. Chevreuil et orignal — Du 1er septembre au 1er janvier. Pour les comtés d’Ottawa et Pontiac, du 1er octobre au 1er décembre. Vison, loutre, martre, pékan, le renard et le loup-cervier — Du 1er novembre au 1er avril. Lièvre — Du 1er novembre au 1er février. Ours — Du 20 août au 1er juillet. Rat musqué — Du 1er avril au 1er mai. Bécasse, bécassine, les pluviers, courlis, les chevaliers et les maubèches — Du 1er septembre au 1er février. Perdrix grises et de savane — Défense de vendre et d’exposer en vente aucune perdrix grise ou de savane, avant le premier jour d’octobre 1903. La Perdrix blanche ou le ptarmigan — Du 1er novembre au 1er février. Macreuses, sarcelles, canard sauvage de toute espèce — Du 15 septembre au 1er mars (excepté : Harles ou becs-scies, huards, goélands). Dans la partie de la province située à l’est et au nord des comtés de Montmorency et de Bellechasse, les habitants peuvent chasse en toute saison de l’année, sauf entre le 1er juin et le 1er août, mais pour leur nourriture seulement, les oiseaux mentionnés dans le paragraphe précédent. Il est permis de prendre au filet, du 1er septembre au 1er mars, mais il est défendu de tuer en n’importe quel temps les oiseaux percheurs, tels que : les hirondelles, les tritris, les fauvettes, les moucherolles, les pies, les engoulevents, les pinsons (rossignols, oiseaux rouges, oiseaux bleus, etc.. ), les mésanges, les chardonnerets, les grives (merles, flûtes des bois, etc.,), les roitelets, les goglus, les mainates, les gros-becs, l’oiseau-mouche, les coucous, etc., excepté les aigles, les faucons, les éperviers, et autres oiseaux de la famille des falconidés, les hiboux, le pigeon-voyageur (tourte), le martin-pêcheur, le corbeau, la corneille, les jaseurs, (récollets), les pies-grièches, les geais, les pies, les moineaux, les étourneaux. Il est permis de chasser, tuer ou prendre le chevreuil en se servant de chiens, du 20 octobre au 1er novembre. Nul ne peut chasser, tuer ou prendre vivants durant une saison de chasse plus d’un orignal, deux chevreuils et deux caribous. La chasse au castor est prohibée jusqu’au 1er novembre 1905. Il est défendu de chasser, prendre ou tuer, en tout temps, les faons, jusqu’à l’âge d’un an, des caribous et des chevreuils; ainsi que la femelle de l’orignal, en tout temps. Il est défendu d’enlever les œufs ou nids d’oiseaux sauvages, en tout temps de l’année.» Le Soleil, 2 septembre 1903, p. 1

Tewksbury. «Un cultivateur de Tewksbury est arrivé lundi de la semaine dernière à Québec avec un ours de belle taille qu’il a tué à cet endroit, samedi soir, au moment où il dévastait un champ d’avoine. Il a dit être associé avec quelques compagnons qui font une guerre sans merci à ces carnassiers qui fréquentent ces endroits en assez grand nombre. Ils tendent des pièges aux bons endroits et quelquefois ils les tuent sur place comme samedi soir. Les chasseurs connaissent les lieux fréquentés par les ours. À un certain endroit, au bord d’un ruisseau ils ont mis une affiche pour avertir les gens que c’est là que vont s’abreuver les ours quand ils ont dévasté des champs de grains. L’année dernière, les cultivateurs en ont tué ou pris au piège 49, Ils se risquent quelquefois à enlever les oursons, ce qui est une aventure fort dangereuse. La dépouille de l’animal a été vendue à M. J. B. Laliberté.» L’Étoile du Nord, 5 septembre 1889

Barnston. «On écrit de Barnston, dans le comté de Stanstead, que lundi de la semaine dernière un cultivateur du nom de Parker Ellis était à cueillir du maïs dans son champ, lorsqu’il vit venir à lui, évidemment pour lui engendrer chicane, un ours d’une forte taille. Ne se sentant pas de force à lutter seul contre le roi de nos forêts, il alla chercher du renfort et plusieurs voisins vinrent à la rescousse armés de fourches, de faulx et de râteaux; il n’y avait pas un seul fusil dans tout le voisinage. L’un des combattants s’approcha assez près pour avoir peur et tourna les talons et les autres firent assez de bruit pour décider Maître Martin à regagner son royaume du pas d’un héros qui ne craint ni les fourches, ni les faulx.» L’Écho des Bois-Francs, 10 octobre 1896

À Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. «Les ours donnent du fil à retordre dans certaines paroisses du Nord, de ce temps-ci. La semaine dernière, maître Martin a fait la capture de deux veaux dans un champ, à quelques pas de la résidence d’un cultivateur, à Ste-Catherine, dans le comté de Portneuf.»

Yamachiche. «Les ours continuent à sa montrer un peu partout. On en a tué un ces jours derniers à Yamachiche.» Le Trifluvien, 26 octobre 1889

Voici dans Le Soleil de Québec l’annonce d’une compagnie de Toronto offrant en vente un Teddy Bear. « “Teddy” fait fureur dans les villes. Les enfants l’emportent à l’école et même les demoiselles âgées le portent avec elles quand elles vont prendre une marche ou en voiture ou au théâtre.» Le Soleil, 5 décembre 1908.

À Montmorency. «Les glissoires russes au Sault Montmorency seront ouvertes au public aujourd’hui. M. J. W. Baker, le populaire gérant, n’a rien négligé pour les préparatifs des sports carnavalesques qui auront lieu pendant cette saison. Trois grandes glissoires parallèles avec le Kent House ont été érigées pour le public amateur de ce genre de sport. Un autre amusement qui sera beaucoup apprécié par le public qui se rend en si grand nombre au Kent House, c’est une équipe de chiens du Labrador dressés par Gallien, et attelés à un “cométique” et les chiens, sous le commandement de leur maître, dans un instant dévoreront l’espace faisant ainsi faire une promenade sensationnelle aux voyageurs. Il est très amusant aussi de visiter la ménagerie de MM. Holt & Renfrew. On peut y admirer dans leurs quartiers d’hiver de magnifiques orignaux, chevreuils, buffles, renards, ours, castors, etc., etc. À part cela, on peut se rendre aux chutes naturelles, comme en été, car un beau chemin y est entretenu pour le public. En un mot, le Kent House est sans contredit l’endroit où l’on peut s’amuser le plus pendant la saison d’hiver. M. Baker, un homme qui s’y entend, a tout organisé pour l’avantage du public. des rafraîchissements sont servis dans l’hôtellerie et des salons sont mis à la disposition des dames et messieurs. De magnifiques salles aussi y sont aménagées pour bals, réunions intimes, dîners, etc.» Le Soleil, 13 décembre 1902.

Joliette. «Depuis une quinzaine de jours, nous avons une température à faire éclore les ours blancs. Le thermomètre a toujours été à plusieurs degrés au-dessous de zéro.» La Gazette de Joliette, jeudi 29 décembre 1892

À Lévis. «Un brave montreur d’ours se repose actuellement chez nous de ses courses à travers le pays, se la coulant douce avec le petit pécule qu’il a amassé le long des routes. On pourrait croire que, pendant ses jours d’inactions, ses compagnons sauvages se lèchent la patte, voilà encore une impression à détruire. Ce repas problématique peut bien convenir aux ours de la forêt, mais, chez les martins civilisés, les ours qui ont fait un cours, la léthargie hibernale est inconnue. Ils prennent leurs trois repas par jour et on peut le constater en leur rendant une visite domiciliaire chez M. U. Bégin, à l’hôtellerie duquel le gascon Poncelle est descendu avec ses deux pensionnaires.» Le Soleil, 27 décembre 1906.

 

L’illustration est extraite du livre d’Elsa Beskow, Les aventures de Pierre et de Charlotte, ouvrage traduit et adapté par Michel Sineux, publié aux Éditions Bonnier en 1979. Sur ce livre qui m’a séduit, voir cet article.

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