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Le travail secondaire

Vous arrive-t-il d’avoir un travail d’appoint ? Histoire d’arrondir vos fins de mois. De pouvoir plus facilement joindre les deux bouts. Ou de vous payer un désir secret. À l’été 1905, la journaliste « Edna » pose la question au public lecteur de l’Album universel. Nous nous arrêtons aux réponses qu’elle a retenues, car celles-ci colorent la vie de l’époque. Voici ce qu’elle écrit le 8 juillet 1905.

Une petite enquête, que nous avons instituée sur l’art de se faire des revenus supplémentaires au moyen du travail dit « à côté », c’est-à-dire du travail accompli en dehors des occupations régulières, nous a valu, parmi un bon nombre de réponses, les suivantes, qui nous paraissent des plus intéressantes :

Une jeune fille de Montréal nous écrit ceci : « En réfléchissant un peu, on reconnaît qu’il y a un grand nombre de manière de se procurer du travail supplémentaire chez soi. Pour ma part, je me suis fait de jolis petits revenus avec un simple appareil de photographie. Il arrive souvent que mes voisins me paie pour prendre un instantané de leur bébé, jouant sous les arbres du jardin ou de la façade de leur maison, ou d’un coin de verdure dans lequel ils vont camper, l’été. Mon kodak prend des photographies de 3 ¼ par 3 ¼. Je développe et j’imprime moi-même. Mes photographies, imprimées et montées sur carton, me coûtent environ trente-cinq cents la douzaine, et je puis facilement les vendre soixante-quinze cents, ce qui me donne un profit de plus de cent pour cent. »

Une autre correspondante emploie ses heures de loisir à la fabrication de travaux de « fil tiré » sur toile. Elle a exécuté ainsi dans l’espace de quelques mois une nappe, un centre de table et douze serviettes de table, en toile fine et travaillés avec le plus grand soin. Ces objets ont été estimés par le marchand chez qui elle les a placés à une valeur de quatre-vingt-dix dollars; ils ont été rapidement vendus à ce prix, et notre amie s’est trouvée à la tête d’un profit net de $75.00, le coût de la matière première de son travail, et la commission payée pour la vente formant une somme de $15.00. L’an dernier, cette même personne, avec de petits morceaux de soie de diverses formes et de diverses couleurs, avait réussi un dessus de lit de la plus belle et de la plus originale apparence. Les morceaux étaient retenus ensemble à l’aide de points de fantaisie exécutés avec de la soie à broder. Ce dessus de lit, une fois doublé et ouaté, revenait à peu près à six dollars; un marchand de nouveautés de la ville qu’habite notre correspondante l’a vendu pour elle au prix de quarante-cinq dollars. « J’aime beaucoup, continue la même jeune fille, exécuter le point brésilien, très facile et joli. Ce travail est des plus profitables. J’ai fait ainsi trois petits cols-rabats, qui m’ont coûté, à moi, vingt-cinq cents chacun, et que j’ai vendus deux piastres. Une couturière à la mode, que je connais, me trouve pour ces articles des placements faciles et avantageux. »

Une autre jeune fille nous écrit en ces termes : « Pour me procurer une fantaisie qui me tenait à cœur, je désirais gagner quelque argent, le printemps dernier. Toute jeune, j’avais appris à faire des fleurs en papier imitant beaucoup la nature. Or, à l’approche de Pâques, au temps où les bouchers parent leurs échoppes de multicolores bouquets artificiels, je fis le tour de toutes les boucheries de la ville avec des échantillons de mon travail, que je faisais valoir, et j’obtins assez de commandes pour réaliser un profit net de $35.00 en deux semaines. Et cela, sans négliger mes autres occupations, la fabrication des fleurs en papier me prenant que fort peu de temps. »

Une dame nous apprend qu’elle gagne régulièrement cinq dollars par semaine rien qu’en vendant du beurre et des œufs provenant de la ferme d’une de ses amies, qui demeure à la campagne. Cette amie, dont le mari est à la tête d’une très grande exploitation rurale, envoie régulièrement à la ville, et à l’adresse de notre correspondante, les produits de sa laiterie et de sa basse-cour, celle-ci les lui paie au prix du marché, et les revend avec un profit raisonnable à une clientèle riche, qu’elle connaît et qu’elle sait absolument fiable.

D’autres correspondants se font de petites rentes en collectant les loyers pour certains propriétaires, qui, pour une raison ou une autre,  ne peuvent eux-mêmes s’occuper de ce soin.

Un homme connu nous raconte qu’étant gamin, il s’avisa, un jour de pluie, de vendre des parapluies près d’un carrefour très fréquenté. En une journée, il en vendit une douzaine, au prix de un dollar le parapluie; la douzaine lui en avait coûté quatre, de sorte qu’il se trouva à réaliser un profit net de huit dollars.

Enfin, il est une infinité de manières de se procurer du travail « à côté », soit par l’entremise des amis, soit par sa propre initiative. Telle jeune fille qui possède une machine à écrire fera le soir des copies de rôles pour les théâtres; telle autre exécutera des travaux au crochet ou à l’aiguille, qu’elle vendra à ses connaissances riches ou qu’elle fera vendre par les grands magasins moyennant une petite commission; une autre donnera une heure de leçons de français ou de musique en revenant de son travail, le soir, ou même chez elle, après souper, ce qui, au bout de la semaine, lui rapportera une jolie petite somme.

Il y a ainsi une foule de menues occupations qui sont assez payantes et qui ne requièrent que peu de temps et peu de pratique. Nos voisines, les Américaines, ont à merveille cet art de se procurer ce qu’elles appellent de la « pin money », c’est-à-dire de faire du travail « à côté ».

 

L’illustration provient de l’ouvrage de la Congrégation Notre-Dame, L’économie domestique à l’école primaire, IIIe et IVe années, Québec, L’Action sociale, 1934. Ouvrage approuvé par le Comité catholique du Conseil de l’instruction publique, le 23 septembre 1925.

4 commentaires Publier un commentaire
  1. sylvie pontbriand #

    Que de débrouillardise et créativité.Parlerions-nous de travail au noir aujourd’hui ???? L’ouvrage des dames de la Congrégation est-il visible et consultable à quelque part? Je me passionne pour le quotidien et le grand savoir faire féminin .

    18 août 2012
  2. Jean Provencher #

    Ah, chère Vous, j’aime ce texte, il donne vraiment, je trouve, la couleur d’une époque au quotidien. Quand on mentionne qu’une jeune fille tape le soir, à la machine à écrire, des copies de rôles pour les théâtres, il faut savoir qu’en 1897 0u 1898, à Montréal, un groupe de jeunes cherchent à fonder une troupe de théâtre et est à la recherche de pièces à jouer. Or, lorsque quelqu’un du groupe déniche un livre pertinent, on n’a aucun moyen (comme le photocopie aujourd’hui) pour reproduire à l’intention de chacun des membres le texte de la pièce.

    Il y a aussi cette jeune fille qui fabrique des fleurs de papier et fait la tournée des boucheries avant Pâques. À l’époque, il était coutume de fleurir les viandes, dans les boucheries ou aux marchés publics à quelques jours de Pâques. Et cette fille, intelligente, a mis ainsi à profit son talent.

    Travail au noir ? Peut-être bien. Sans doute travail non déclaré à quelque gouvernement que ce soit. Et vous avez-vu, on parle de travail «à côté», aujourd’hui dit «side line».

    Pour l’ouvrage des dames de la Congrégation, c’est l’un de mes bouquinistes qui me l’avait prêté. J’ai un besoin fou d’images pour ce site internet, il le sait, et me prête ainsi à l’occasion des livres, qu’il croit qu’ils me seraient utiles, pour que je puisse numériser des images intéressantes qui y apparaissent. Je peux m’informer pour savoir s’il l’a vendu.

    18 août 2012
  3. sylvie pontbriand #

    À mon tour de vous remercier du complément d’information généreusement donné. J’aime l’histoire avec un petit h . Pour la référence au bouquin ci-haut nommé, ma demande était s’il pouvait être consulté”internetement”! J’apprécie énormément le soin des images illustrant vos articles et comprend le travail de recherche qu’il y a derrière le plaisir que vous nous procurez.
    Merci cher vous !

    19 août 2012
  4. Jean Provencher #

    Merci, merci à vous, chère Vous. J’ignore si cet ouvrage des dames de la Congrégation fut numérisé et mis en ligne. Je vais quand même m’informer à mon bouquiniste; qui sait, le petit livre pourrait peut-être être disponible pour une poignée de dollars. Si oui, je vous reviens par courrier interne.

    19 août 2012

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