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Faut-il croire aux éclairs de chaleur ?

L’Album universel, hebdomadaire montréalais, reproduit à ce sujet le 15 août 1903 un article du rédacteur scientifique Henri de Parville (1838-1909), sans doute paru précédemment dans une publication française.

Les sujets scientifiques appellent souvent la discussion, et l’on a vu des gens se brouiller parce que leur opinion n’amenait pas la conviction chez leurs contradicteurs. Une lectrice nous écrit à propos des éclairs de chaleur. Il y a débat sur leur existence. Elle est seule à soutenir, contre plusieurs personnes instruites, qu’il n’y a pas d’«éclairs de chaleur», et elle s’adresse à nous pour savoir où est la vérité.

Le problème, ainsi posé, serait difficile à résoudre nettement. Il faudrait définir ce que l’on veut désigner par «éclair de chaleur», ce qui ne se comprendrait guère, bien certainement, la réponse est négative. La chaleur ne produit pas d’éclair. Si, au contraire, il s’agit de ce que les physiciens et même le commun des mortels nomment «éclair de chaleur», il n’est pas douteux que le phénomène soit réel. Mais ces éclairs sont, comme les autres, dus à la même cause électrique.

Précisons. À la suite des journées chaudes, on voit assez souvent, à l’horizon, des lueurs rapides. Ce sont ces lueurs qui sont connues sous le nom d’éclairs de chaleur. Elles sont simplement dues à des orages lointains, dont le bruit ne parvient pas jusqu’à nous. Nous n’entendons pas le bruit, à cause de la distance; mais nous distinguons l’éclair. Par conséquent, la lectrice qui nous consulte a encore raison ici de dire qu’il n’y a pas d’éclairs de chaleur spéciaux, de phénomène différent de celui qui produit l’éclair des orages. C’est identiquement la même chose à la distance près. L’éclair de chaleur est un éclair ordinaire pour le lieu où l’orage éclate. Et cela se sait depuis Sénèque, qui, le premier, donna l’explication des éclairs de chaleur.

Les éclairs de chaleur sont souvent les précurseurs de l’orage. L‘orage poursuit sa marche dans une certaine direction. Nous voyons, au loin, étinceler les premières lueurs, et, si le trajet se continue de notre côté, les lueurs prennent de l’intensité, puis on distingue la série des éclairs. On pourrait définir l’«éclair de chaleur» : un éclair éloigné dont on ne perçoit pas le bruit de la décharge orageuse. Ces éclairs sont réfléchis jusqu’à nous par l’atmosphère. Le bruit du tonnerre ne s’entend pas, ordinairement, à plus de vingt-cinq milles, alors que les détonations du canon peuvent se distinguer à cent vingt milles et plus, selon les circonstances. Il existe des nuages orageux à plus de huit milles de hauteur. Le son se réfléchit un peu de tous côtés dans les couches d’air et se transmet très mal jusqu’au sol. Aussi, souvent, on voit l’éclair et l’on n’entend pas le tonnerre.

Il ne semble donc pas qu’il existe des éclairs non accompagnés de tonnerre. Aussi, encore une fois, et comme conclusion, les éclairs de chaleur ne sont que des éclairs ordinaires aperçus à grande distance. La lueur peut se voir à plus de cent milles. On voit et l’on n’entend rien. Et, pour assurer la conviction, il nous suffira de dire que des observateurs ont pu distinguer, à soixante lieues de distance, la lueur de quelques grammes de poudre que l’on brûlait à l’air libre pour faire des signaux, tandis que la rondeur de la Terre empêchait de voir la flamme elle-même.

 

Source de l’illustration de cet éclair de chaleur : http://www.flickr.com/photos/stoto98/2736715114/

9 commentaires Publier un commentaire
  1. Colin #

    Cet article, très bien fait, donne très certainement une explication irréfutable.
    Je compte régulièrement le temps qui s’écoule entre la vision des éclairs et le bruit du tonnerre. Cela ne peut bien se faire que lors d’épisodes où les coups de foudre sont très espacés.
    J’estime que l’on n’entend rien tant que l’orage est à plus de 30 à 35 km au grand maximum.
    Par contre, lors de l’offensive des Ardennes menée par les troupes allemandes fin 1944, mes parents (je n’avais pas l’âge pour pouvoir me souvenir du phénomène),m’ont toujours affirmé que l’on entendait le bruit du canon, alors que nous sommes, là où j’habite, à environ 100 km du lieu de cette offensive.

    9 février 2015
  2. Jean Provencher #

    Comment vous remercier, cher Monsieur Collin, pour votre précieux témoignage. Il me faut vous dire que ce billet sur les éclairs de chaleur est l’un des plus fréquentés sur mon site. Aussi vos mots nourrissent notre réflexion à toutes et à tous. Merci beaucoup.

    9 février 2015
  3. Colin #

    En complément de mon premier commentaire, je pourrais ajouter que mon père (maman était terrorisée par les éclairs) nous avait dit, alors que nous étions très jeunes que ces éclairs de chaleur n’étaient que des orages lointains, sur la plaine de Metz, située pratiquement plein Nord d’où je résidais (et réside à nouveau).
    Nous voyions généralement une bande de nuages dans cette direction, qui barrait tout l’horizon.
    En 2013 ou 2014, j’ai observé depuis le sommet de la côte du Muschelkalk un très bel orage loin vers l’Ouest, avec de grosses masses nuageuses : l’orage était bien plus loin que la première barrière nuageuse et le ciel était illuminé au dessus de cette première “barrière”.

    9 février 2015
  4. Jean Provencher #

    Si chanceux êtes-vous, cher Monsieur Collin ! J’aurais bien aimé y être !

    9 février 2015
  5. Colin #

    La côte du Muschelkalk que je cite dans ma précédente contribution est la dernière côte des célèbres auréoles des étages géologiques des ères tertiaires et secondaires du Bassin Parisien (que tous les petits français apprenaient à l’école en cours de géographie) avant les Vosges.
    Elle culmine aux environs de 315 m dans la région de Blâmont, au sud est du département de Meurthe et Moselle et offre, entre Blâmont et Baccarat plusieurs très beaux points de vue aussi bien sur les Vosges [du massif du Fossard (819m) au dessus de Remiremont jusqu’au au Schneeberg (960m), qui domine la plaine d’Alsace , juste au sud du col de Saverne].

    Pour regarder les orages vers le Sud (les Vosges, magnifique panorama de Remiremont au Schneeberg, avec le trapèze caractéristique du Donon, 1009 m , le deuxième sommet des Vosges gréseuses après le Rocher de Mutzig qui culmine à 1010 m), la dépression prévosgienne des marnes du Moshelkalk (les argiles de Pexonne) offre un beau dégagement.

    Pour regarder les orages vers le Nord, les argiles du Keuper forment également une plateau peu élevé offrant de vastes points de vue depuis la Côte du Muschelkalk, connue aussi des géologues et géographes sous le nom de Côte Lorraine.

    Je suis effectivement très bien placé, là où je réside, pour observer les orages sans risques : je les vois venir de loin, et même de très loin.

    Je pourrais même envoyer un panorama des Vosges gréseuses par le web. Il suffurait de m’indiquer comment procéder.

    17 février 2015
  6. Jean Provencher #

    Encore merci, cher Monsieur Colin. Je vais vous envoyer un mot au sujet de ce panorama.

    17 février 2015

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