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Et vient le temps des chapeaux de paille

Dans les campagnes, lors des grandes chaleurs, tous portent le chapeau de paille de forme conique à larges bords. Celui du cheval est percé de deux trous pour laisser passer les oreilles. Au début de juin, les fermières se présentent aux marchés des villes et offrent leurs chapeaux de paille pour l’été. Il faut d’ailleurs payer un bon prix pour un beau chapeau de paille.

Le 5 juin 1905, le correspondant de La Patrie à Québec écrit : «Les marchés étaient un peu plus pourvus hier. Les œufs et le sirop d’érable étaient en abondance et maintenaient leurs prix tout de même. Les chapeaux de paille qui viennent de faire leur apparition dans nos foires sont à la hausse; les prix sont d’une manière générale du double de ceux de l’an dernier. »

Parlant de chapeau de paille, certains jours d’été à Montréal, il fait si chaud qu’on songe maintenant sérieusement à inviter les pompiers à porter le chapeau de paille plutôt que la casquette règlementaire. La Patrie du 9 juin 1905 le laisse entendre.

 

Sur une banquette de la salle des commissions des incendies à l’hôtel de ville, le reporter de La Patrie trouva ce matin un carton portant le nom d’un chapelier connu de la ville. La curiosité le poussant, il ouvrit le carton et y découvrit un chapeau de paille bleue et blanche, à la calotte un peu élevée, aux bords de moyenne largeur et un peu relevés sur les côtés.

Est-ce un chapeau de pompier ? demanda-t-il en riant au sous-chef, qui était là.

C’est un chapeau de pompier, fut-il répondu. Voyez-vous, pendant les chaleurs de l’été, une casquette de drap à la visière de cuir est un peu lourde à porter et cependant nos hommes n’ont que cela à se mettre sur la tête.

Au feu le casque de cuir est indispensable, mais au poste à quoi peut bien servir une casquette, quand il fait chaud à en tordre son linge ?

La commission ne s’est pas encore occupé de cette question, mais on espère qu’elle décidera de nous accorder cette innovation qui existe déjà dans plusieurs villes américaines.

Notre reporter approuva cette conclusion et rêvant à l’effet que produirait sur notre population, si attaché au balon [sic] et au panache, la vue d’un pompier en chapeau de paille.

Le tocsin sonne, prompts comme la foudre, les pompiers vêtus de caoutchouc, coiffés de cuir, sautent sur les voitures qui dévalent par les rues, au son du timbre d’alarme et au galop effréné des chevaux. L’un d’eux, cependant, n’a pas eu le temps de se costumer. En vareuse et en chapeau de paille bleue, il saute sur la machine en mouvement au risque de se casser les membres. Le vent emporte le chapeau, ou bien couvert d’eau, déformé par la fumée, ce couvre-chef devenu méconnaissable ne sera plus qu’un objet inutile et encombrant qu’on jette.

Mais le pompier n’en a cure. Il reviendra la tête nue, prêt à perdre un nouveau chapeau de paille bleue, quand se présentera l’occasion de courir bravement au feu.

 

Source de l’illustration : L’Album universel, édition du 9 août 1902. On la retrouvera à l’adresse suivante : http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/illustrations/accueil.htm

3 commentaires Publier un commentaire
  1. Mildred. #

    …Tantine Anita était modiste,je m’en souvient comme si c’était hier, j’escalade le tabouret de la salle de couture juste devant la machine à coudre, essayage du manteau et du chapeau que je porterai en mai 1953, j’ai presque quatre ans , ma mère m’a voué à la viergemarie, le manteau je le connais par coeur,c’ est celui de ma soeur ainée,turquoise pâle,j’aime bien la couleur,le chapeau est une création de ma tantine la modiste de la place,une tourmaline en paille turquoise pâle garni de fleurs mauves à coeur blansc,extra,j”adore,c’est mon premier chapeau à moi seule… j’ai oublié … cette année j’ai les mêmes fleurs mauve pâle dans les jardinières de mon balcon et mon vêtement est bleu turquoise pâle … belle été …je vous suivrai sur vox.

    12 juin 2012
  2. Jean Provencher #

    Vous sembliez si heureuse, chère Mildred. Et voilà que, cet été, c’est soudain le retour de ces couleurs pour vous. J’aime beaucoup quand la vie laisse passer du temps et du temps et, tout d’un coup, s’amuse avec nous en nous ramenant de cette manière, par exemple, un temps révolu, enfoui et heureux. Mais il faut avoir gardé notre talent d’observer, sinon cela survient et on ne s’en rend même pas compte.

    Je suis content d’être sur Vox avec cette chère Catherine-Eve.

    12 juin 2012

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