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Lettres d’un observateur d’oiseaux de Saint-Hilaire

En mars 1902, Gustave Ouimet, un amant des oiseaux de Saint-Hilaire-de-Rouville [devenu Mont-Saint-Hilaire], écrit à son ami, l’ornithologue James MacPherson LeMoine. Ce grand bourgeois habite la villa Spencer Grange à Sillery.

La première lettre est datée du 13 mars.

Cher Sir James, je viens causer ornithologie avec vous. Savez-vous que nos charmants amis — les oiseaux — reviennent ici, au printemps, bien avant ceux qui s’arrêtent, en mars, aux environs de Québec.

Ici “Margot” [surnom donné à la Corneille d’Amérique] quelquefois passe l’hiver avec nous. J’en ai remarqué deux ou trois en 1899; l’année dernière, trois ou quatre passèrent l’hiver, à ma connaissance, à Belœil. Elles nous reviennent en février, quelquefois en janvier, et en assez grand nombre.

J’ai vu ce soir trois gros vols d’outardes.

Le 25 février, par un beau soleil d’hiver, aigrelet et rose, qui illuminait nos campagnes, je remarquai dans nos arbres une abondance d’oiseaux gris, que malheureusement je ne pus identifier. Ils poussaient des cris joyeux et s’amusaient à enlever des larves sur les branches. Jadis, ils revenaient chaque année à la même époque, ou à peu près; mais je ne les revois plus.

Les Pinsons de Pin sont ici depuis quatre jours; ils jasent gaiement au sommet de nos arbres

Il y a longtemps que le Grimpereau est venu me rendre visite. Chaque année, je note dans mes cahiers le retour de la gent ailée.

Ce qui m’a fait penser de vous entretenir d’un sujet qui nous intéresse tous les deux, à juste raison, c’est votre lettre du 1er novembre 1901, à M. Kirby, que je viens de lire dans le “Journal d’Agriculture”. Je voudrais me transporter à tire-d’aile vers Spencer Grange pour vous conter bien des choses. Je suis persuadé que le Niverolle de Wilson et tous les autres oiseaux que vous mentionnez dans votre lettre à M. Kirby nous arrivent ici à la fin de mars, s’il y a signe de printemps comme aujourd’hui; dans tous les cas, la grande majorité est déjà arrivée…

 

La seconde lettre de Gustave Ouimet est datée du 16 mars.

Cher Sir James, comme vous, j’attache une grande importance à l’arrivée et au départ des oiseaux, êtres mystérieux, aimables et savants. Ils lisent dans le grand livre de la nature, mieux que nous ne saurions le faire. Ce sont les prophètes des saisons.

Au printemps, le sultan du poulailler fait entendre son coque-ri-co strident et vibrant : indice de la nouvelle saison qui s’approche.

Avant-hier, j’avais un Pic chevelu dans mon bocage. Quel festin il a fait ! Je fais une guerre sans merci aux Moineaux; on confectionne de délicieux pâtés de ces mauvais garnements…

Au commencement de mai, cent Goglus chantent à ravir au sein des prairies environnantes de notre propriété. Ils partent de bonne heure et sont suivis de près par les Pinsons et les Sizerins, lesquels ne séjourneront ici que jusqu’à la fin de juillet pour voyager de village en village — par étapes de trois milles en trois milles : pas un visible en septembre.

Le Chardonneret demeure plus longtemps. Le Rossignol canadien (pinson chanteur) niche ici; il s’apprivoise : je suis en si bons termes avec un ménage de Rossignols et de Chardonnerets que je puis m’approcher des nids sans les déranger; mes enfants leur donnent des miettes de pain et du millet. Je ne regrette qu’une chose : je ne puis nommer la grande variété des oiseaux qui nous entourent. Les Hirondelles sont plus nombreuses que par le passé, surtout depuis que nous avons déclaré la guerre aux Moineaux; elles nichent sous le toit de mes bâtiments, les babillardes !

On voit de belles choses à ciel ouvert; la vie à la campagne a un charme tout particulier. J’observe chaque jour davantage et j’y puise de jour en jour des enseignements nouveaux.

L’oiseau est poète, musicien et bon père de famille. Il aime défendre ses droits. Il est quelquefois voleur — comme la Pie; il n’est jamais menteur.

Il est vigilant, travailleur. Il tient de l’homme. L’inconstance de son cœur quelquefois le porte à « changer de garnison ».

Assez pour aujourd’hui, cher Sir James.

 

Ces deux lettres sont reproduites dans le journal Le Soleil, édition du 30 mai 1902.

Cette nichée de Merles d’Amérique [Turdus migratorius, American robin] fut photographiée l’an dernier sous le patio de mes amis Annie Charest et Yves Laroche, à Dosquet.

Un commentaire Publier un commentaire
  1. Jean Provencher #

    Bien oui, le diable ! Moi, tu le sais, cher Claude, j’aime les moineaux. Comme les autres d’ailleurs.

    29 mars 2012

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