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Une histoire d’éléphant à Bruxelles

L’arrivée du télégraphe a permis l’instantanéité de l’information sur la Planète. En septembre 1901, par exemple, on assiste à l’agonie, d’heure en heure, pendant huit jours, du président américain William McKinley, victime d’un attentat, et de son remplacement par Teddy Roosevelt. Grâce au télégraphe, les journaux racontent tout dans le moindre détail. L’information est désormais instantanée. En ce sens, la radio, la télévision et l’internet, qui viendront par la suite, n’ont rien inventé; ils ont plutôt favorisé la diffusion la plus large de l’information, en entrant dans les foyers, ce que n’avait pu faire le télégraphe.

En 1900, les journaux reçoivent donc constamment des textes du monde entier et les livrent souvent sans commentaire. Et, comme la publicité n’est pas encore réglementée, il faut les lire avec prudence. Sans avertissement aucun, on glissera, par exemple, entre deux dépêches qui semblent véridiques, une histoire à dormir debout pour aider à vendre un produit.

Voyez cet article du journal montréalais La Patrie du 3 septembre 1903 ayant pour titre Un éléphant au cabaret.

 

Il en est arrivé “une bien bonne” aux environs de Bruxelles. Un cornac [celui qui est chargé des soins et de la conduite d’un éléphant] parcourait les rues d’un faubourg de cette ville avec un éléphant. Tout à coup, une envie formidable lui vint de boire un verre. Il laissa son éléphant au milieu de la chaussée, en ayant soin de lui recommander d’être sage et en lui jurant qu’il ne resterait pas longtemps. On sait que ces animaux sont fort intelligents et qu’il faut leur parler amicalement pour en avoir raison; ils paraissent d’ailleurs fort bien comprendre la parole.

L’éléphant docile demeura pendant quelque temps calme et tranquille, jouissant de la curiosité des badauds; puis le cornac prolongeant outre mesure sa station dans le cabaret, la bête se mit à s’agiter. Elle avait soif ! D’abord, on la vit piétiner, bâiller, s’énerver, puis, en fin de compte, crier, hurler. Soudain, n’y tenant plus, elle poussa la porte et fit mine d’entrer. Mais la porte était trop basse. Arrêtée par les épaules, elle n’en continua pas moins ses perquisitions; et, ne voyant personne, elle allongea sa trompe et sans plus de façon s’empara d’une bouteille du fameux cognac Gabriel Dubois, de préférence à quatre ou cinq autres marques qui se trouvaient à sa portée.

Pourquoi cette prédilection ? Comment la réputation de ce fameux brandy était-elle venue jusqu’à elle ? Elle faisait certainement preuve d’une grande sagacité en laissant tomber son choix sur le meilleur et le plus en vogue de tous les cognacs importés, celui qui a reçu l’approbation de l’Académie de Médecine de Paris et dont notre populaire concitoyen, M. A. O. Fiset, 1604, rue Notre-Dame, est le seul dépositaire pour le Canada.

 

Wow ! Le publicitaire, concepteur et rédacteur de cette dépêche glissée tout bonnement entre un article sur l’ouverture des classes à Saint-Paul de l’île-aux-Noix et une histoire de meurtre à l’île Bourdon, avait vraiment, mais vraiment, l’imagination fertile. Une pure publicité finalement ! Avec l’impression pour un lecteur de s’être fait avoir !

 

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