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Le retour du peintre Henri Beau

Après quinze ans d’absence, étudiant et travaillant à Paris, le peintre montréalais Henri Beau (1863-1949) revient au pays. La Patrie nous annonce son retour le 5 septembre 1903.

Henri Beau, le peintre, est revenu au pays, et probablement pour s’y fixer d’une manière définitive, cette fois. Il arrive de Paris avec un grand tableau que lui a commandé, il y a deux ans, l’honorable M. Gouin, pour la salle du Conseil législatif, à Québec. Cette toile, flanquée de deux panneaux qui sont les portraits de Jacques Cartier et Montcalm, représente Champlain remontant le Saint-Laurent et s’arrêtant devant Québec.

M. Beau était en Acadie, au collège Memramcooke, où il venait de placer son fameux tableau d’Évangéline, lorsqu’il reçut de l’honorable ministre de la colonisation la commande de cette autre entreprise importante. Il dut donc repasser en France pour étudier son sujet d’après les documents rares, pour trouver dans les bibliothèques et les musées de l’État l’évocation précise des marins découvreurs de Louis XIII.

Ce tableau n’est pas complètement terminé. Il y manque encore “l’air du pays”. C’est ce que M. Beau vient chercher, après avoir campé ses gens à leur place et les avoir vêtus selon l’histoire.

Cette œuvre nouvelle de M. Beau ne peut pas être jugée maintenant, pour la bonne raison, comme nous venons de le dire, qu’il y manque l’atmosphère dans laquelle vit le sujet, le coloris du ciel canadien qui doit nationaliser l’œuvre, le fini enfin de l’artiste.

Et c’est dans ce coup de pouce que l’auteur se révèle, que M. Beau sait envelopper la moindre de ses toiles d’une personnalité étonnante.

Ce grand mérite de la personnalité fait remarquer M. Beau entre la plupart des peintres canadiens. Il a une sainte horreur du convenu, des combinaisons faciles pour obtenir un effet; il voit la nature avec ses yeux et non avec ceux de ses voisins ou de ses maîtres, et il peint comme il voit.

C’est cette consciencieuse fidélité d’interprétation qui donne à tous les essais de M. Beau une note adoucie, comme estompée, qui le fait reconnaître entre tous.

Cette ambition qu’a M. Beau d’être personnel, de peindre autrement que tout le monde, d’éviter le truquage, de faire une œuvre à lui, de “ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul”, lui attire, comme à Cyrano, comme aux travailleurs épris de l’art pour l’art, comme aux artistes véritables dont l’ardeur fait trop déprécier la besogne des trafiquants, beaucoup d’envieux et beaucoup de critiques.

On dira que M. Beau ne sait pas dessiner, qu’il voit de travers, que son pinceau barbote, que l’auteur se noie dans l’impressionnisme, etc.

Pour répondre à ces critiques, M. Beau se fera simplement décerner une médaille à l’Exposition Universelle de 1900, il recevra les Palmes Académiques et se fera admettre au Salon de 1894; et il verra les collectionneurs les plus difficiles, les Beaugrand, les Fréchette, les de Martigny, les Villeneuve, les Marien, les Try Davis et les McLennan se disputer ses toiles…

M. beau n’a à regretter rien de ce qu’il a fait; il se rappelle les leçons de Gérôme; il a l’encouragement de penser qu’il n’a pas perdu les quinze années qu’il a passées dans la capitale de l’art. Il a raison d’avoir maintenant foi en l’avenir et d’installer son chevalet au beau milieu de notre population.

Henri Beau est un de ces piocheurs, un de ces travailleurs, un de ces penseurs d’art qui imposent le respect et l’admiration. Il a de nous l’un et l’autre. Nous lui souhaitons la bienvenue et le succès.

Le tableau apparaissant si-haut, propriété aujourd’hui du Musée national des beaux-arts du Québec, est cette œuvre commandée au peintre, afin d’orner la salle du Conseil législatif.

Cela dit, Henri beau s’est permis plusieurs libertés. Le 3 juillet 1608, Samuel de Champlain et ses compagnons, qui ont laissé leurs navires à Tadoussac, sous la garde de François de Pont-Gravé, arrivent à Québec en barque. À droite de Champlain, nous apercevons un religieux, alors que les premiers d’entre eux, des Récollets, s’amènent en 1615. À l’avant-plan, à gauche, on y voit un couple et deux enfants. Or, la première famille arrivée à Québec, celle de Louis Hébert et Marie Rollet, accompagnés de leurs trois enfants, se présente au printemps 1617. Et que font donc là ces glaces à la dérive sur le fleuve le 3 juillet 1608 ? Champlain n’en a jamais fait mention !

Pour plus de détails sur la carrière d’Henri Beau, voir sa biographie par Michel Champagne dans l’Encyclopédie canadienne http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=f1ARTf0000594

 

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