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Paris s’éveille

Cet article du quotidien montréalais La Patrie, du 8 février 1887, venu assurément de la presse française, rappelle, bien sûr, tout à fait la chanson de Jacques Dutronc, Paris s’éveille.

Entre sept et huit heures, des Batignolles, de Montmartre, de la Villette, de Grenelle, s’opère la grande descente dans Paris des travailleurs et des travailleuses.

Les ouvriers lourds, puissants, pleins de santé, avec des pantalons pittoresquement rapiécés, et les mains aux poches.

Les petits employés, les petits ronds de cuir, les petits commerçants, les petits chefs de bureau, les petits célibataires au poil gris, les vieux caissiers, les petits barbous à cache-nez, tous ceux qui s’assoient dans les fauteuils couverts de vert maroquin, et ceux qui stagent derrière des grillages de fer comme dans des volières, et ceux qui grognent, très insolents, à l’abri des guichets vite ouverts puis refermés, et ceux qui à peine courbent sur de grands livres à armatures de cuivre, et ceux qui, décorés de la Légion d’honneur pour une action d’éclat ignorée se tiennent debout, en redingote noire et cravate blanche, à la porte de grands magasins de nouveautés, et ceux qui disent : «Et avec ça, madame ?» et tous ceux en effet dont la vie s’écoule toujours pareille devant les cartons verts, entre une chapelière et une horloge pneumatique, parmi les grattoirs, les plumes et les couteaux à papier, au grésillement de sonneries ministérielles.

Tous dévalent paisiblement, ainsi que des promeneurs ayant un but déterminé, fatal. Quelques-uns font des gestes et se parlent.

Les petites ouvrières filent d’un pas plus hâtifs, roses de froid, isolées ou par groupes. Quelques-unes lisent en marchant leur feuilleton quotidien. La marchande de journaux, blottie en son kiosque, souffle sur sa chaufferette et plie les feuilles encore humides, sentant les nouvelles fraîches. Les marchandes ambulantes poussent devant elles leurs voitures bondées de légumes, de fruits ou de fleurs; les dernières boutiques retardataires s’ouvrent, les fiacres sont en station, Paris est réveillé.

 

L’illustration montre la place de la Concorde, dit-on, à Paris. Cette image du peintre, illustrateur et architecte anglais Thomas Allom (1804-1872) est extraite de l’ouvrage Europe illustrated: its picturesque scenes and places of note, described by John Sherer, superbly embellished with steel engravings by Turner, Allom, Bartlett, Leitchm and other eminent artists. First series. France, Belgium, and the Rhine, The London Printing and Publishing Company Limited, 1876.

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