Skip to content

«Quelques belles résidences montréalaises»

Vous arrivez à Montréal, une ville que vous ne connaissez pas. Vous êtes à la recherche des belles résidences de la ville. Ne paniquez pas. Pierre Baudoin vous explique comment vous y prendre dans L’Album universel du 22 juillet 1905.

Il est vrai, écrit-il, il existe des guides, des livres spéciaux ayant pour mission de piloter le nouveau débarqué, mais c’est là du vieux jeu, peu pratique, surtout dans un pays où parfois quelques mois suffisent, comme cela arrive à Montréal, à transformer tout un quartier par des démolitions, que suivent d’immédiates reconstructions très modernes.

Le mieux, donc, est de se renseigner auprès des gens de l’endroit, et de se procurer le plan de la ville. Une petite opération pratiquée sur ce dernier suffit à en pénétrer rapidement les mystères immobiliers. Avec un crayon bleu, on marque les quartiers «chics»; avec un crayon rouge, le quartier, ou les quartiers ouvriers, et le tour est joué.

Notre voyageur n’a, alors, qu’à s’inspirer d’une orientation très facile, les villes américaines étant bâties en damier, et, sans nulle crainte de s’égarer, il visitera tout ce que la ville a d’intéressant, en fait de monuments, de places publiques, de théâtres, etc. […]

Et qu’on n’aille pas croire que ce qu’elle [la ville de Montréal] a de beau est l’apanage unique d’une certaine partie de la population (la partie anglaise est riche), il n’en est rien, et si le lecteur veut nous suivre un moment, nous lui signalerons des rues, des avenues du quartier anglais, et du quartier canadien-français, qui rivalisent à tous les points de vue. […]

On peut diviser Montréal en quatre grandes parties correspondant aux points cardinaux, savoir :
Partie sud : le grand quartier des affaires, sis aux bords du Saint-Laurent, et s’étendant depuis Hochelaga jusqu’à Sainte-Cunégonde.
Partie nord : s’étendant de la rue Mont-Royal jusqu’au nord, toujours par delà le Mile-End.
Partie ouest : elle comprend Westmount, et le quartier à l’ouest de la rue Bleury.
Partie est : c’est le quartier canadien-français par excellence, il s’étend à l’est de la rue Bleury. […]

Parlant des perspectives remarquables de Montréal, nous signalerons en particulier : l’ouest des rues Sherbrooke et Dorchester; la partie de la rue Saint-Denis qui va de la rue Sainte-Catherine à la rue Mont-Royal, et aussi une partie de l’avenue Delorimier. Ce sont là, en effet, des enfilades de beaux et riches immeubles, dont s’honorerait n’importe quelle grande ville du monde. […]

Ce n’est pas que chez nous on fasse des prodigalités en architecture particulière, que l’on construise très haut et très grand, non, mais le cachet de nos demeures, tour à tour riches et confortables, se réclame d’un exclusivisme qu’on ne connaît guère ailleurs, presque chaque immeuble étant habité par une famille.

L’ouest des rues Sherbrooke et Dorchester, comme aussi la jolie banlieue contiguë de Westmount, sont aux mains, en presque totalité, de la haute finance anglaise de Montréal. Là, les rues sont bien tenues, bordées d’arbres superbes, et les habitations séparées. Le style de la construction anglaise y domine. Tout de suite, en parcourant ce quartier, on se sent dans un milieu «chic». Et, si l’extérieur des immeubles indique la richesse, le luxe et le confort, on peut être persuadé que leurs intérieurs ont toutes ces qualités à un degré encore plus élevé.

 

Cette photographie de belles résidences rue Saint-Denis, au coin du carré Saint-Louis, à Montréal, est parue dans L’Album universel du 8 juillet 1905. On la retrouve sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, au descripteur «Rue Saint-Denis (Montréal, Québec)».

No comments yet

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS