Skip to content

La rentrée des oiseaux d’avril

Déjà, en mars, nous avons vu revenir la corneille, l’outarde et la variété des oiseaux noirs. Mais que fait donc le Merle d’Amérique (Turdus migratorius, American robin) ?

À Trois-Rivières, le 7 mars 1902, le journaliste du Trifluvien s’en inquiète. On n’a pas encore signalé le premier « Robin » ou rouge-gorge. S’il ne se dépêche pas, disait hier un malin, le second arrivera avant lui.

Et, de fait, le journaliste nous confirme deux semaines plus tard, le 21 mars, que c’est bien le deuxième qui est rentré avant l’autre. Comme on devait s’y attendre, écrit-il, c’est le second Robin qui est arrivé le premier devant le public. Le vrai premier n’ose pas se montrer; il est enrhumé. Un membre de la société protectrice des animaux lui a envoyé des claques et un bonnet de nuit.

Dans notre histoire, le merle a eu plusieurs noms. Rouge-gorge, Grive, Grive erratique.  Le biologiste W. L. McAtee, dans sa publication Folk-names of Canadian birds (Ottawa, National Museum of Canada, bull. no 149, 1957), parle aussi de Grive rouge et de Roi, en français bien sûr.

Chose certaine, le 23 mars 1895, selon le Quotidien, il est déjà présent à Lévis. Tout indique le retour du printemps si longtemps désiré. La température est superbe et le soleil radieux. Les grives ont déjà fait leur apparition. Le 25 mars 1903, Le Soleil le signale à Cap-Saint-Ignace. Le rossignol [Bruant chanteur] et le merle ont fait leur apparition et commencent à faire résonner leurs sons harmonieux.

Quoi qu’il en soit, laissons délirer le correspondant du journal Le Soleil à Kamouraska, du nom de Reitelepp (!). Il intitule son papier du 12 avril 1900 Potins de Kamouraska. Grand cri du cœur.

Le printemps, le joyeux printemps s’annonce, saluons-le ! Alleluia, le carême s’en va, le printemps revient avec ses plaisirs enchanteurs, chantons un joyeux alleluia.

Voici Pâques, un soleil ardent, un radieux et printanier Phébus, par ses chauds rayons, fait lentement disparaître, sous l’effet de ses chauds rayons, l’énorme quantité de neige que nous ont apporté les tempêtes du dernier rigoureux hiver. Libre, débarrassé de l’immense champ de glace qui le retenait prisonnier, le majestueux St-Laurent laisse voir sa nappe liquide, ses vagues bleues, limpides comme aux beaux jours de l’été. Bientôt, notre havre sera sillonné par de légères chaloupes, lesquelles toutes pimpantes et coquettes dans leur fraîche toilette, s’élanceront noblement sur la vague avec leurs petites voiles blanches enflées par les brises printanières…

Au soir, quand le soleil empourpre la mer au loin, des canots montés par une jeunesse folâtre et gaie couvriront la baie, et les voix des promeneurs enverront aux échos voisins les joyeuses chansons canadiennes…

L’ennuyeuse corneille, vieille braillarde, est revenue en bandes nombreuses habiter nos cieux. Bientôt les merles, les rossignols, tous nos oiseaux chanteurs à l’aube matinale, aux premiers rayons d’un brillant soleil, salueront de leurs joyeux chants, de leurs notes gaies, l’apparition de l’astre radieux. Nos bocages, nos grands bois, reverront leurs charmants petits habitants ailés.

Le bourgeon naît, la sève est en ébullition. L’érablière canadienne, avec sa rustique cabane à sucre, attend les gourmets. Le sirop est délicieux, la tire excellente, et quel plaisir de la manger dans le grand chaudron, au moyen de la traditionnelle palette de bois. Quel festin ! Sardanaple ne l’égalait pas en saveur !!! Le vert feuillage paraîtra, puis le gazon fleuri…

C’est la vie qui se ranime dans toute la nature, c’est l’espérance qui renaît dans le cœur de l’homme. « Christ resurrexit, Alleluia, chantons le joyeux cantique de Pâques, le chant de gloire, de reconnaissance, d’espérance.»

Messieurs les citadins, avez-vous parfois entendu, à cette saison-ci, sur les plages de Kamouraska ou de l’île Verte, s’élever au loin sur la mer, quand le soleil a disparu derrière les hautes Laurentides, des cris prolongés, étranges, indescriptibles, formant un concert bien disgracieux ???? L’auteur de ce tintamarre est l’outarde qui, comme d’habitude, nous est arrivée ce printemps en bandes nombreuses. Certes, j’admets avec vous que ces cris de l’outarde n’ont rien de joyeux, même d’harmonieux, mais ils n’en sont pas moins charmants pour le tympan de nos hardis chasseurs… Quelle rude besogne que cette chasse ! La tempête souffle, la neige tombe, la mer gronde, l’outarde chassée par le vent s’élève dans l’air en voiliers, comptant de nombreux individus. Elles cherchent un abri, et oublient à cette heure toute leur prudence habituelle…

Les chasseurs l’attendent au passage; accroupis dans des trous creusés dans la glace, ils se confondent par leur blanc costume avec la neige qui les entoure, et échappent par là à l’œil investigateur de l’outarde. Le fusil en arrêt, ils attendent là des heures nombreuses, souvent leur attente est déçue, et nous reviennent le soir tout penauds… Par contre, une troupe de gibier des grèves vient-elle à se montrer, lentement les fusils s’élèvent, et pif ! paf ! les malheureuses victimes frappées par le plomb cruel deviennent un trophée glorieux pour le chasseur, un mets qui fera dans quelques heures les délices d’un fin gourmet.

Et notre Reitelepp kamouraskois, bavard, de poursuivre ainsi longuement son propos. Et il le termine par ces mots : Les amateurs de chair de corneilles trouveront un cuisinier très habile pour la préparation de ce mets délicieux dans le personnage d’un vieux navigateur du village. Avis, écrivez, je vous donnerai l’adresse gratuite.

 

Le merle d’Amérique apparaissant ci-haut est du sculpteur Jean-Yves Bouchard (1931-2006), originaire de Causapscal, dans la vallée de la Matapédia, et qui vécut longtemps à Québec [Charlesbourg].

2 commentaires Publier un commentaire
  1. ST-Joseph,Lac Huron.

    Oiseaux du printemps

    Chez nous les premiers oiseaux du printemps ne sont pas les merles d`Amérique…De fait ils sont pratiquement des résidents permanents. On les apercoit tout l`hiver mangeant des petits fruits dans les arbustes des banlieues. Ils ont un comportement différent de ceux d`avril cependant. Meme si les pelouses restent sans neige une grande partie de l`hiver on ne les voit pas sautiller sur les pelouses,ils vivent en bandes souvent d`une vingtaine d`individus et ils ne chantent pas. Arrivent les premiers rayons de soleil chauds et les journées qui rallongent et ils reviennent à leur état plus connu de cueilleurs de vers de terre. Les males recommencent à chanter et les femelles,qui ont une gorge rouge un peu plus délavée,enquetent pour des emplacements de nids. On voit les premiers nids apparaitre à la mi-avril et ils peuvent avoir deux ou trois nichées par an. Non les premiers précurseurs du printemps dans le sud de l`Ontario sont des oiseaux qui vivent au sud de la frontière. A la campagne ce sont les alouettes cornues(Eremophila alpetris) qui s`observent dès février le long des routes en petites bandes.Ils nichent très tot au printemps et il n est pas rare qu`ils nichent en avril et qu`une bordée de neige tardive recouvre leur nid.Le pluvier kildir(Charadrius vociferus) est aussi un bon candidat aussitot que la neige est fondue.Mais c`est ausi un oiseau de la campagne et les gens de la ville n`en sont pas toujours conscients.Pour les citadins la présence des quiscales(Quiscalus quiscula) et leur cri « de corde à linge »est un signe indéniable que l`hiver agonise et que le printemps est à nos portes. Ils arrivent au début de mars et on les voit partout dans les arrière-cours,les parcs cherchant de la nourriture sous les feuilles. Ils sont aussi des pirates des mangeoires,très agressifs et ils font fuir tout oiseau qu`ils considèrent des compétiteurs. Ils peuvent vider une mangeoire en une heure. Ils utilisent toujours la meme stratégie. Un oiseau sur le perchoir qui,avec son bec ,fait sortir le plus de graines possible et les autres à terre qui se gavent en vitesse. Leur gorge est d`un beau violet/bleu métallique

    6 avril 2012
  2. Jean Provencher #

    Quoi vous dire, Jacques. J’aime les oiseaux et, pour moi, chacun a droit de vie. J’ai des amis incapables, par exemple, d’apercevoir soudain les Quiscales bronzés au printemps et de «digérer» leurs concerts d’oiseaux noirs. Je m’acharne à leur répéter que ça ne dure que quelques semaines. Et puis, que voulez-vous, nous ne pouvons pas tous être des Raoul-Jobin ou des Emma-Albani !

    Je me rappelle encore de l’été 2009, alors que je tenais un courte chronique hebdomadaire sur les oiseaux de notre quotidien à la radio de Radio-Canada à Québec. L’une d’entre elles a porté sur le Moineau domestique, que j’aime beaucoup, à qui je m’adresse d’ailleurs lorsque je le croise, reprenant son chant. Quelques jours plus tard, me rendant au lavoir de mon quartier, poche de linge sur l’épaule, un homme, livide, peau vitreuse, promenait sans doute les dernières heures de son cancer. Alors que nous avions deux moineaux à nos pieds qui faisaient leurs affaires, cherchant des graines à picorer, celui-ci m’arrête, ému, pour me dire « Voyez ces petites bêtes, monsieur. J’ai bien aimé ce que vous avez dit à leur sujet à l’émission de madame Martin. » Je fus heureux, Jacques. Et lui, cet homme, à quelques heures sans doute de partir, il était content que quelqu’un, à la radio publique, ait rendu hommage à cet oiseau, qui fut beaucoup mal aimé.

    6 avril 2012

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS

Current ye@r *