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Un homme-cheval !

baptiste beland

Le 6 décembre 1884, le journaliste du quotidien de Québec Le Canadien trouve tout à fait indigne qu’une foule, dans le faubourg Saint-Roch, encourage un homme qui joue le rôle d’homme-cheval. Il écrit :

Chaque jour apporte à la curiosité publique son contingent de nouveautés plus ou moins intéressantes ou malsaines. C’est pourquoi nous avons été témoin jeudi soir, à St-Roch, d’une scène dégradante à l’extrême. Cela surpasse l’imagination, il est vrai, mais n’en est pas moins arrivé.

Apercevant vers huit heures, près de la halle Jacques-Cartier, un rassemblement nombreux, nous nous sommes approché.

En abordant le groupe, les bras nous sont tombés, tant ce que nous voyions était inouï. On était en train d’atteler sur un de ces petits sleighs de course un individu qu’on nous a dit se nommer Beaumont, et qui, moyennant une gratification de 25 sous, devait faire faire à deux jeunes gens une promenade jusqu’au parc à bois, au Palais, et revenir. La tête de l’homme cheval était encapuchonnée dans une de ces couvertures à l’usage des chevaux.

Tout à coup, l’attelage s’ébranla aux acclamations de la foule, et, une demi-heure après, il était de retour. Le pari était gagné et l’enjeu fut payé sur place.

Nous aimons croire que cette scène ignoble n’a pas été admirée par tous ceux qui en ont été les spectateurs. Ce que nous avons déploré, c’est qu’il ne se soit pas trouvé là des gardiens de la paix pour empoigner ceux qui flattent les passions des êtres dévoyés, par l’appât de quelques deniers, et leur font ainsi commettre des actions dégoûtantes.

 

Cet homme-cheval du nom de Beaumont n’est pas passé à l’histoire. Mais il s’en est trouvé deux autres plus connus. Le plus célèbre est bien sûr Alexis Lapointe (1860-1924), dit le Trotteur, originaire de La Malbaie, dans Charlevoix, fabricant de fours à pain, coureur à pied et figure populaire.

Plus récemment, on retrouvait dans la région de la Beauce un autre homme-cheval, Jean-Baptiste Béland (1904-1996), de bonne condition physique, qui participait à des carnavals ou des fêtes populaires, se déguisait en cheval et promenait les amateurs dans un sulky.

La photographie ci-haut est celle de Baptiste Béland justement et on la retrouve sur le site consacré au patrimoine de Beauceville.

Béland touchait aussi à la sculpture sur bois. Mon ami René, de Saint-Édouard de Frampton, a le souvenir qu’à l’âge de 12 ans, au tout début des années 1960, il reçut de lui, en cadeau, un petit cheval de bois.

4 commentaires Publier un commentaire
  1. Esther #

    Oh boy… Ce journaliste avait la morale et les principes dans les hautes sphères ! Un petit doigt en l’air pour boire le thé, peut-être ? Décidément, il s’insurgeait de bien peu de choses, voire, inutilement… Mais, oui, autre temps autres moeurs !

    4 décembre 2014
  2. Jean Provencher #

    En effet, chère Esther. Il prenait la mouche pour bien peu !

    4 décembre 2014
  3. Jacques Girard #

    M. Béland qui se faisait appeler Pony Fast était une attraction pour les pistes de course de campagne de la grande région de Québec (Neuville, Portneuf, St-Charles, St-Léonard,etc) où il se produisait et faisait faire de tours aux spectateurs.. Il poussait pas mal plus loin que M. Beaumont puisqu’il avait un mord dans la bouche!

    5 décembre 2014
  4. Jean Provencher #

    Ô merci beaucoup, Monsieur Girard !

    5 décembre 2014

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