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“La rage du moment”

Nous nous imaginons souvent que tout a commencé avec nous, que la vie des générations des temps passés avait un caractère vieillot que la nôtre n’a pas, que ces populations ne connaissaient pas, par exemple, des solidarités générationnelles du type des nôtres.

Voyez ce que nous rapporte La Patrie du 5 janvier 1900. Cet article, ce trop court article, s’intitule La rage du moment. Le bracelet monogramme.

Les bracelets d’argent — ou d’or — sont en grande demande. Ils sont achetés par des jeunes filles, qui, après les avoir portés, demandent à leurs amis de graver leurs initiales sur la surface du bracelet, qui passe mains en mains jusqu’à ce qu’il soit recouvert de monogrammes. Un bracelet ordinaire peut porter environ vingt-cinq noms.

Généralement, une jeune fille achète deux bracelets. L’un est pour les noms d’hommes, l’autre pour les noms de femmes. Le bracelet masculin se porte au bras gauche, et le bracelet féminin sur le bras droit.

Trop court article, vraiment. J’aurais tant aimé pouvoir lire le témoignage d’une jeune fille de 1900 au sujet du bonheur de ces bracelets. Qu’elle nous entretienne de la solidarité, de la complicité féminine entre elles, que nourrissaient ces bracelets.

Jamais nous ne voyons apparaître dans la presse québécoise de 1900 le terme adolescent, un vieux mot de la langue française qui, selon Le Petit Robert (2007), remonte à 1327. Peut-être faudra-t-il la création du terme anglais teenager en 1946 pour que le mot adolescent trouve sa place dans le vocabulaire d’alors. En 1900, on ne parle que de jeune fille et non d’adolescente.

Cela dit, bien sûr, il fallait assurément être fille de riches pour pouvoir se procurer ces bracelets d’or ou d’argent. N’empêche, ces adolescentes de l’époque devaient sûrement prendre plaisir à cette mode nouvelle.

Vantardise entre elles, me direz-vous ? Peut-être. Mais, allons, soyons bon joueur. Rappelez-vous l’histoire du Teddy Bear du 4 décembre dernier. La publicité apparaissant dans Le Soleil du 5 décembre 1908 ne dit-elle pas : Teddy fait fureur dans les villes. Les enfants l’emportent à l’école et même les demoiselles âgées le portent avec elles quand elles vont prendre une marche ou en voiture ou au théâtre.

Adolescents, nous en avons eu de ces solidarités entre nous. Moi, j’avais une guitare de Presley, au grand dam de mes parents.

Et n’y a-t-il pas, aujourd’hui, toute une variété de bracelets portés pour toutes les causes imaginables ?

L’image ci-haut est celle accompagnant ce court article du journal La Patrie, le 5 janvier 1900.

 

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