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Le mot Shawinigan

Au Québec, le nombre de noms de lieux d’origine amérindienne et inuite abonde. Québec, Chicoutimi, Rimouski, Kuujjuak, Chisasibi, Yamaska, Yamachiche, Saguenay, Coaticook, Chibougamau, Natashquan, Macamic, Mascouche, Kamouraska… On n’en finirait plus. Dans son Dictionnaire illustré. Noms et Lieux du Québec, publié en 1994, la Commission de toponymie du Québec dénombre 10 441 toponymes de cette origine, soit près de 10% de l’ensemble des noms de lieux du Québec. Qui habite le pays n’y porte même plus attention tant ces noms évoquent tout de suite un lieu bien précis, parfois quotidien.

D’où vient le mot Shawinigan ? Celui qui signe L’Abbé N. Caron, dans Le Trifluvien du 27 décembre 1898, y va de cette réponse.

Lorsque j’écrivais mes Deux voyages sur le Saint Maurice, j’allai prendre des renseignements dans une famille qui avait passé de longues années au milieu des Algonquins appelés Têtes de boule. Parmi ces bonnes gens, je trouvai une vieille Sauvage qui, malgré ses quatre-vingts ans, paraissait encore pleine de force et d’intelligence. Je profitai donc de la bonne occasion qui s’offrait à moi pour poser la question suivante :

— Dans la langue algonquine, comment nommez-vous la chute de Chawinigane ?

La vieille me répondit immédiatement : Achawénégame, en appuyant très fortement sur la syllabe ; et le chef de la famille donna une marque d’assentiment, comme pour dire que c’était bien cela.

— Mais Achawénégame, continuai-je, qu’est-ce que cela veut dire ?

— Cela veut dire crête.

— Et pourquoi ce nom de crête ?

— Parce que les Sauvages étaient obligés de monter sur une crête de rocher, quand ils faisaient le portage de la chute.

Je me souviens alors de ce rocher que le Saint-Maurice contourne quand il va former la chute de Chawinigame, et je me dis à moi-même que le nom donné par les Sauvages est véritablement bien trouvé.

Je me rappelai aussi que dans ma jeunesse les gens instruits disaient plutôt Chawinigame, ce qui se rapproche encore plus du terme algonquin.

Voulant cependant avoir quelque chose de bien positif, je dis à mes interlocuteurs :

— Vous savez que nous autres, nous disons Chawinigane; le mot ainsi prononcé n’a-t-il pas un autre sens que le terme Achawénégame ?

Ils me répondirent tous les deux à la fois : C’est la même chose.

Depuis cette conversation que je rapporte aussi fidèlement que possible, je suis demeuré convaincu que Chawinigane est un mot algonquin, que ce mot veut dire crête, et que lui chercher péniblement une autre étymologie, c’est perdre son temps et ses peines.

 

La photographie de la rue commerciale de Shawinigan Falls fut prise par P. F. Pinsonneault vers 1900. La carte postale datée du 8 septembre 1905 est adressée à Aurette Cotnoir, de Saint-Germain-de-Grantham, de la part de Henri, de Roxton Falls. Elle est déposée à Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Montréal, Fonds Laurette Cotnoir-Capponi, Cartes postales, cote : P186, S9, P352.

4 commentaires Publier un commentaire
  1. Les missionnaires français écrivaient CHAOUINIGANE, puis l’orthographe s’est vraisemblablement adaptée en CHAWINIGANE. C’est seulement avec l’arrivée de la Shawinigan Power and Water qui construisit le barrage, que le l’orthographe du mot s’est anglicisée. Il y a beaucoup d’autres cas. Sur le sujet, c’est intéressant de parcourir la thèse de Francine Adam. À la page 55, elle cite Eugène Rouillard (géographe) qui fait référence, comme vous, à l’Abbé Caron. Le lien :
    http://www.theses.paris-sorbonne.fr/These.Francine.ADAM.pdf

    Merci pour cet article,

    Christiane Loubier

    11 janvier 2014
  2. Jean Provencher #

    Ô, chère Christiane, merci beaucoup ! Il m’aurait fallu chercher bien longtemps pour arriver à votre commentaire, si riche d’informations !

    11 janvier 2014
  3. RaoulC #

    «Les missionnaires français écrivaient CHAOUINIGANE, puis l’orthographe s’est vraisemblablement adaptée en CHAWINIGANE. C’est seulement avec l’arrivée de la Shawinigan Power and Water qui construisit le barrage, que le l’orthographe du mot s’est anglicisée. »

    Et n’essayez surtout pas de demander à la Commission de toponymie qu’on revinne à une graphie française. Au mieux, on vous renverra poliment, au pire vous passerez pour un raciste (antianglais, antiamérindien, etc.)

    19 mai 2015
  4. Jean Provencher #

    Merci beaucoup, cher Monsieur RaoulC. J’ignorais.

    19 mai 2015

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