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Le chien du pauvre

Sculpture de bois polychrome, de Berchmans Charest

Un poème de Enr. Fuentes.

Quoi ! pour mon chien, l’on me demande
Quarante sous……plutôt mourir !
Pourquoi cette nouvelle amende ?
Gens du Trésor, laissez-vous attendrir.

Invalide et courbé par l’âge
Je ne saurais gagner mon pain;
Sans un liard et sans ouvrage
Je vis de misère et de faim.

Quand je souffre mal et famine,
De moi, qui donc seul a pitié ?
Seul au monde, quand je chemine
Qui me donne son amitié ?

Qui me caresse quand je pleure ?
Qui me réchauffe quand j’ai froid ?
Quand la faim crie en ma demeure,
Qui sans plainte souffre avec moi ?

Tous deux nous marchons vers la tombe
Bonne bête……il faut nous quitter,
Pauvre vieux, et……que je succombe !
À la rivière te jeter !

Voici la corde….et puis la pierre.
Et voici l’eau,…… marchons !……ici;
Ne me dis rien….à la rivière;
Un coup de pied….et c’est fini !

Mais comme il lui passait la corde,
La bête lui lèche la main;
Du malheureux, le cœur déborde.
Non ! dit-il, nous mourrons demain !

Non ! j’aime mieux payer leur taille,
Mon pain paiera le droit nouveau;
Corbleu ! j’ai vu bien des batailles,
Je ne serai jamais bourreau.

Quoi ! pour un chien l’on me demande
Quarante sous……plutôt mourir !……
Nous paierons la nouvelle amende;
Gens du Trésor, qu’on ne peut attendrir.

 

Le Sorelois, 12 décembre 1882.

Voir aussi l’hommage du poète Gérald Godin à son chien Clodomir.

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