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L’Angélus de Millet

Un tableau connu universellement est L’Angélus du peintre Jean-François Millet produit en 1857. Le 3 août 1889, dans sa chronique hebdomadaire paraissant dans Le Monde illustré, le journaliste Léon Ledieu annonce à ses lecteurs que l’œuvre vient de changer de mains à Paris.

Puisque je vous parle d’argent, et que tout est calme chez nous par ces jours de grande chaleur, je ne puis faire autrement que de vous dire quelques mots de ce fameux tableau de Millet, l’Angelus, qui vient d’être vendu en France plus de cent mille piastres.

Cette vente a occupé Paris pendant près de quinze jours, ce qui est énorme, en ce temps d’exposition et de surexcitation qui règne chez nos cousins de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce tableau, qui ne contient que deux personnages, est, du reste, très beau.

 

….« L’Angelus, toile maîtresse où deux paysans, baignés dans les pâleurs du couchant, s’inclinent pleins de frissons mystiques au son pénétrant d’une cloche qui tinte la prière du soir au moustier estompé dans l’horizon, qui saphire et force à méditer sur l’influence encore toute puissante de la tradition religieuse sur les populations rurales. Avec quelle minutie et quelle largeur tout ensemble ces deux grandes silhouettes du laboureur et de sa servante se dressent sur la glèbe encore chaude !

« La tâche est terminée, la brouette est là, pleine de la récolte de la journée, ils vont regagner la chaumière pour le repos de la nuit. La cloche a sonné le couvre-feu du travail, et tout à coup ces deux animaux noirs, comme dirait La Bruyère, se dressent sur leurs pieds et, immobiles, ils attendent, comptant les coups de la cloches, comme ils l’ont fait hier, comme ils le feront demain, dans une attitude trop naturelle pour n’être pas coutumière, que le rite soit accompli pour reprendre le sentier qui mène au village.

«Le ciel cotonneux et mélancolique qui surplombe le paysage participe lui-même du recueillement général qui domine le tableau. La scène est admirable et vise plus loin que le sujet; on sait que l’artiste n’est pas seulement un peintre, mais que, vivant ardemment au milieu des passions et des problèmes de son temps, il sait en prendre sa part et en transporter la portion qu’il a saisie sur sa toile…

«Le peinture ainsi comprise cesse d’être un pur spectacle, elle s’élève et prend un rôle moralisateur, éducateur; le citoyen passe dans l’artiste et avec un grand et noble tableau nous avons une leçon de morale sociale et politique.»

 

Je vous donnerai en cent à deviner le nom de celui qui décrit ainsi ce tableau, qui représente un homme et une femme récitant l’Ave Maria en plein champ.

C’est [Léon] Gambetta qui a écrit ces lignes — un peu négligées sans doute — en 1873, alors qu’il venait de voir l’Angelus à Bruxelles.

Quant au prix payé, il est évident qu’il est excessif, et je connais nombre de toiles du même Millet, et de Breton, qui sont supérieures à l’Angelus, mais il y avait lutte entre deux enchérisseurs, un Américain et le gouvernement français, et c’est ce qui explique le résultat étonnant de cette vente.

 

Ce tableau célèbre se trouve aujourd’hui au Musée d’Orsay, à Paris.

L’illustration provient de la page Wikipédia qui lui est consacrée.

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