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Un peu d’histoire de Pointe-Claire

Filons vers Pointe-Claire, une place de villégiature à 25 kilomètres à l’ouest de Montréal. Dans L’Album universel du 1er juillet 1905, Adalbert Chalifour propose cet article : «La Pointe-Claire, nid de fraîcheur et d’ombre».

Très claires, en effet, ces deux pointes jumelles de la paroisse de Saint-Joachim, lesquelles, telles deux sentinelles, s’avancent, unies par une étroite langue de terre, dans les eaux claires, elles aussi, du magnifique lac Saint-Louis. Et là-bas, sur la rive du lac, débouchent les canaux de Beauharnois et de Soulanges, deux artères semant sur leur parcours l’abondance et la prospérité.

Situé sur une pointe de quelques arpents, le village de la Pointe-Claire semble s’être placé là pour mirer dans les eaux limpides du lac la beauté champêtre de ses maisons et surtout la majesté imposante de son église, dont la flèche élancée porte bien haut dans les airs le signe de la Rédemption.

On eut difficilement s’imaginer une place si ravissante. Aussi, Pointe-Claire, depuis quelques années, est-elle devenue un  lieu de villégiature fort à la mode. Les facilités de communication avec cette intéressante localité sont si grandes, qu’il n’est point étonnant de voir nombre de citoyens les plus en vue de la métropole aller chercher dans ses parages, et l’oubli des tracas d’affaires, et surtout l’air pur et vivifiant, qui devient de plus en plus rare au sein de l’agglomération toujours grandissante de la cité de M. de Maisonneuve.

Une quinzaine de milles seulement séparent la Pointe-Claire de Montréal; par le chemin de fer du Grand-Tronc, ligne Vaudreuil, les touristes s’y rendent d’heure en heure, en moins de quarante minutes. Le coût du voyage, aller et retour, ne dépasse pas trois quarts de piastre.

Aussi, depuis quelques années, voit-on de nombreuses et superbes villas surgir partout comme par enchantement : c’est que nul ne visite ce petit paradis terrestre sans éprouver un vif désir de s’y fixer au moins durant la belle saison.

Citons en passant les villas superbes suivantes : la Bellevita, celle de M. Desjardins; la jolie résidence de la famille Legault, antique demeure qui compte, dit-on, plus de cent ans d’existence; l’hôtel Schetagne, où ceux, qui n’ont pas la bonne fortune de posséder un chez soi à la Pointe-Claire, trouvent tout le confort désirable.

Dans un but humanitaire et charitable, M. le curé de la Pointe-Claire fit élever à la Grande-Anse, il y a quelques années, une jolie chapelle dans laquelle les étrangers fixés un peu loin de l’église peuvent remplir leurs devoirs de chrétiens. […]

L’origine de la Pointe-Claire est presque aussi ancienne que celle de Lachine et de Sainte-Anne, et remonte vers l’an 1670. Les premiers Français qui foulèrent ce sol vierge furent les missionnaires. Des prêtres Sulpiciens de Montréal jugèrent à propos d’y faire construire un fort qui porta le nom de «Fort de la Présentation».

Dans ces temps de guerre presque continuelle, où les colons ne défrichaient leur terre que le fusil à la main, le fort était le refuge assuré en cas d’alerte. C’est dans cette enceinte que tous se réunissaient dès que les voiles de la nuit s’étendaient sur la terre. Les sauvages, continuellement à l’affût, constituaient un danger permanent, et malheur à l’imprudent ou au téméraire qui, le soir, osait s’aventurer au loin; sa chevelure ne tardait point à servir d’ornement à quelque sanguinaire Iroquois. Plusieurs colons attaqués, même en plein jour, ne durent leur salut qu’à la rapidité de leur course vers l’enceinte fortifiée, où les Indiens n’osaient le poursuivre. Aussi, lors du grand et terrible projet des Iroquois d’anéantir la colonie, Pointe-Claire dut-elle à son fort d’éviter le sort terrible que les sauvages devaient faire subir à Lachine.

Dix ans plus tard, la paix ayant été signée, une centaine de colons quittèrent Montréal pour aller se fixer dans les environs du fort de la Pointe-Claire, tant pour se livrer à l’agriculture que pour faire le commerce des pelleteries. Leur premier soin fut d’élever une solide construction qui leur tiendrait lieu tout à la fois et de moulin et de fort. La prudence ordonnait de se défier constamment, malgré la paix, des farouches Iroquois, dont la soumission fut toujours plus apparente que réelle.

De nombreuses maisons de colons ne tardèrent pas à s’échelonner un peu partout, surtout après l’érection civile de la Pointe-Claire en paroisse, en l’an 1713, sous le patronage de Saint-François de Sales, pour prendre enfin le nom de Saint-Joachim de la Pointe-Claire, lors de l’érection d’une nouvelle église, qui devint la proie des flammes, en 1881, et fut remplacée par l’église actuelle, si coquette et si majestueuse tout à la fois.

Le premier curé de la Pointe-Claire fut M. Pierre Lesueur. Au nombre des vingt prêtres qui lui ont succédé, mentionnons M. Jos. Norbert Provencher, qui devint le premier évêque de Saint-Boniface, et tout spécialement M. Ed. Charles Fabre, le prédécesseur de Mgr Bruchési sur la chaire épiscopale de Montréal.

Les Frères de Sainte-Croix dirigent à la Pointe-Claire, depuis 1897, un établissement très florissant; ils comptent parmi leurs nombreux élèves plusieurs pensionnaires étrangers.

Au couvent de la Congrégation Notre-Dame, les jeunes filles reçoivent une éducation et une instruction de premier ordre.

La paroisse compte, de plus, une demi-douzaine d’écoles élémentaires, dirigées par des institutrices.

L’affabilité toute canadienne des habitants ne manque pas d’impressionner vivement les étrangers qui, de plus en plus nombreux, visitent chaque année la Pointe-Claire.

 

Source de l’illustration : L’Opinion publique, 22 juillet 1880.

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