Skip to content

Le naufrage de la Marie-Louise devant Trois-Pistoles

ville de trois pistolesLe 16 novembre 1906, lors d’une violente tempête dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, la goélette Marie-Louise fait naufrage près des îles Rasades à proximité de Trois-Pistoles. Le matelot McDonald, qui s’en tire, raconte l’événement à l’hebdomadaire de Rimouski, Le Progrès du Golfe, le 14 décembre.

Au début de la tempête, dit M. McDonald, nous étions près de l’île du Bic où nous comptions avoir un sûr abri; mais la violence des vagues et du vent se rendirent maîtres de nous [sic] en peu d’instants. Les haubans du grand mât se brisèrent, la chaîne du gouvernail cassa.

De notre mieux, nous travaillâmes pour réparer nos avaries. Le mât tournait de tous côtés; bientôt on touchait sur les rochers, en bas des Trois-Pistoles. Le vieux Couillard, qui commandait la goélette et qui avait, à part moi, son fils comme équipage, perdit la tête. Cultivateur, ayant seulement fait un peu de cabotage, il se croyait alors près de la côte Nord.

Or, on était sur les rochers Rasades, près de la côte des Trois-Pistoles, en bas de l’île aux Basques. Les vagues inondaient le bateau.

Le matin, à l’aube, le fils du père Couillard s’élança dans l’onde en furie pour se rendre aux rochers. Après en avoir fait le tour, il se plaça vis-à-vis de la goélette qui était à demi chavirée sur le bord du récif.

La marée montante augmentait le danger. Le père Couillard était tout à fait désespéré et ne comprenait plus rien. Tous deux nous étions trempés jusqu’aux os et transis. Je proposai au père Couillard de lui attacher une corde autour du corps et de le lancer à son fils, mais il refusa. Il était fou !

Il n’y avait pas de temps à perdre : la petite goélette était violemment ballotée et les objets sur le pont roulaient d’un côté et de l’autre. J’imaginai un plan pour me sauver de la mort, car le vieux semblait vouloir me retenir à bord pour courir à une mort certaine.

Je lui dis : «Je vais m’attacher avec une amarre, envoyez un bout à votre garçon, et il me tirera à terre.» Il s’opposa, mais je détachai une amarre qui sert à mettre une voile de haut appelée «gaffe», et je tâchai de la dépasser en entier du haut du mât en tirant de mon côté. Le vieux retenait l’autre extrémité.

Vingt fois, les flots faillirent m’emporter. J’imaginai une ruse. Je dis au vieux : «La goélette part, on va partir.» On courut à l’avant. Je fis mine de travailler; mais je pensais à mon affaire. La goélette étant remplie d’eau chargée pesamment, il n’y avait pas de danger qu’elle partit.

Je courus en arrière, aux haubans, où était mon amarre abandonnée quelques instants auparavant : je m’attachai en un clin d’œil, je donnai un coup désespéré, la cheville retenant l’autre bout se rompit — et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’avais lancé le bout au jeune Couillard qui nous attendait sur le rocher pour nous secourir.

À peine avais-je lancé ce câble, que le vieux s’élança sur moi. Il était à environ quatre pieds [un peu plus d’un mètre] de moi pour me saisir et nous entraîner tous deux à la mort.

Je ne crois pas que le jeune Couillard avait saisi le bout du câble lorsque je m’élançai à la mer sans savoir où j’allais, je sentis tirer l’amarre. J’étais au pied du jeune Couillard, mon sauveteur.

On fit signe au vieux de s’attacher comme moi. Il refusa. La goélette, en peu d’instants, chavira et le vieux disparut dans les vagues. On le vit ensuite s’en aller à la dérive à la surface des flots. Nous étions fous de douleur, son fils et moi, de ne pouvoir le secourir.

Les heures du jour et de la nuit étaient bien longues sur ce rocher désert, où il ne restait, à marée haute, qu’un espace d’environ 9 à 5 pieds [sic] pour nous tenir en attendant du secours.

Dans le cours de la journée, une goélette passa près de là et l’on vit qu’il y avait des naufragés sur le rocher. La goélette atterrit dans le havre des Trois-Pistoles et, le lendemain, aussitôt que le calme se fut quelque peu rétabli, de généreux et courageux sauveteurs vinrent nous cher.

 

Ci-haut le village de Trois-Pistoles vers 1927. La photographie provient de Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts, Gestion des levés et de la cartographie intégrés, Photographies aériennes, Compagnie aérienne franco-canadienne, cote : E21, S110, SS1, SSS1, PN47-40.

No comments yet

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS